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LIVRE QUATRIÈME

césarienne, en détruisant les forces vives qui l'entouraient, s'était détruite elle-même. Le grand César, après avoir joué l'univers, fut joué à son tour. C'est ce qui m'empêche de le glorifier sans mesure.

Grande différence entre les conquêtes d'Alexandre et celles de César. Alexandre, en partant de la Grèce et marchant sur l'Indus, refoulait devant lui tout le monde barbare, asiatique. Il couvrait la civilisation grecque. César en détruisant la nationalité gauloise ouvrait le chemin aux Germains; il faisait le vide où allaient se précipiter les bar bares du Nord. Il leur livrait l'Occident.

Fausse histoire, fausse philosophie. On nous dit : Numance, Sagonte, et chez nous Gergovie, Alizé, et en Asie la dernière des nationalités vivantes, Jérusalem, ont eu tort de se défendre contre les envahisseurs il fallait se mettre à la discrétion de l'ennemi, dès la première sommation.

Et moi je demande quelle nation pourrait \ivre un seul jour, si ces maximes passaient des livres dans les actions. Le moindre inconvénient de cette manière de substituer à l'esprit de l'antiquité l'esprit de nos coteries est celui-ci : Il devient impossible de comprendre une seule journée du monde antique. La passion de l'indépendance nationale en était le fond ; elle est pour nos écrivains le crime des crimes. Il n'y a plus que des

révoltés dans l'histoire. Ceux qui capitulent sans coup férir, c'est la bourgeoisie honnête. Le transfuge qui conduit les ennemis et leur sert de machine de guerre, voilà l'homme sérieux, le véritable homme d'ordre.

« Hanan cherchait sous main à ralentir la fabrication des armes, à paralyser la résistance, en se donnant l'air de l'organiser. Hanan était bien ce que les révolutionnaires appellent un traître. » D'où il suit qu'un homme qui livre son pays à l'ennemi, n'est un traître que pour les révolutionnaires. Eux seuls ont conservé ces gros mots. Pour les gens de goût, trahir est-ce donc être modéré?

Les résistances nationales contre Rome ne sont que brigandage. Pourquoi ? Par ce grand motif humanitaire, disent-ils, que Rome avait raison de vouloir détruire toutes les nationalités vivantes. Rome seule avait le droit de vivre.

C'est un plaisir de voir comme ces subtilités se détruisent d'elles-mêmes. Avec un coup d'œil plus sûr, on eût reconnu que, si Rome subsistait, c'était précisément parce qu'elle était couverte par les peuples assis autour de la Méditerranée. Car enfin les barbares datent de loin ; les Germains, les Sarmates, les Huns, les Parthes vivaient déjà en foule dès les temps prospères de la République. Qui donc les empêchait d'ap-

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