‹ Œuvres complètesChapitre 124 sur 204 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Qu'est -ce donc que Y Iliade ? L'épopée de la fin de l'âge de bronze. Tout y est de cuivre ou d'airain, les armes, les instruments tranchants, les cuirasses. À peine trouvez-vous une pointe de flèche et une hache de fer. L'auteur de Y Iliade répète que le fer est rebelle à l'homme, qu'on ne peut le travailler.

Ce qui marque, d'ailleurs, l'âge de bronze, ce sont les sentiments, les passions de l'homme homérique. xJe reconnais cet âge dans l'acharnement du combat, dans les horribles blessures, dans la férocité des héros. Partout où l'homme rencontre l'homme étranger, il l'attaque, il le tue pour avoir son armure. Le dépouiller de son casque d'airain, de sa lance d'airain, de son glaive d'airain, voilà ce qu'il veut à travers la mêlée; car rien n'est plus rare dans une époque où le fer n'est pas encore extrait de la mine.

Après les armes, ce que l'homme de l'âge de bronze convoite, c'est la femme. Il lui faut enlever les femmes par la ruse et la violence. Voilà pourquoi l'enlèvement d'Hélène est partout au fond de Y Iliade. Hélène est la cause de la guerre de Troie. Briséis, enlevée à Achille, empêche le héros de combattre ; ressentiment implacable, besoin de vengeance, sans lesquels le poëme n'existerait pas. Que de prétendants pour une Pénélope !

220 l'esprit nouveau

N'est-ce pas là aussi le fond de l'existence des hommes de l'âge de bronze?

Ne sont-ils pas partout en quête de femmes qu'ils s'enlèvent les uns aux autres? Chasses qui se retrouvent dans chaque peuplade ; au fond des forêts, auprès des villages lacustres, partout il y a un Paris qui enlève une Hélène, un Ménélas qui s'arme pour la reprendre, une Briséis, dont un Achille tue le possesseur et qui la reçoit en don de sa peuplade, puis un Agamemnon qui ravit sa proie au ravisseur. Chaque coin de terre habité a sa guerre de Troie.

A ce point de vue, je puis dire que le sujet de Yïliade se retrouve partout dans l'âge de bronze. La bataille, que l'on fait durer dix ans, remplit toute une époque.

I Sur le fond de l'âge d'airain se détache un autre esprit qui tranche absolument avec la barbarie première. Rien ne m'étonne plus que le dénombrement des races grecques dans le second chant. Les commentateurs ont-ils été assez frappés de cette revue des peuples helléniques ? Quelle précision! Quelle netteté presque officielle! Chaque peuplade, chaque région marquée par un trait distinctif, qui se trouve être le plus conforme aux vraies notions de géographie et d'ethnographie.

Qu'il soit l'œuvre d'Homère ou d'un rhapsode,

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