‹ Œuvres complètesChapitre 125 sur 204 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

tous reconnaissent que ce dénombrement date d'une époque antérieure aux Olympiades. Est-ce là seulement un cha i h; populaire? C'est la science d'un chef d'État, qui connaît ses voisins, les délimitations naturelles des tribus, le rapport des populations les unes aux autres, le nombre de vaisseaux, d'hommes de guerre que chacune peut fournir.

Comparez ce qu'est partout ailleurs, chez les autres peuples, la géographie dans la poésie populaire. Fantaisie, fables, rêves monslrueux. Ici, tout est précis, calculé; encore aujourd'hui, la science repose sur cette première science géographique de VIliade. Quand, en 1790, l'Assemblée constituante a divisé la France en départements, elle n'a pas marqué ses délimitations par des traits beaucoup plus nets, plus conformes à la nature des lieux, à la disposition des fleuves et des montagnes, qu'Homère en partageant en départements l'Hellade et l'Asie Mineure, dés l'entrée de son poëme.

Un tableau officiel, une statistique régulière, un cadastre sur l'ancien fond de l'âge de bronze, rien de plus extraordinaire.

Comment cela a-t-il été possible ?

Où cet aëde préhistorique trouvait-il ses informations ? Quelles pouvaient être ses sources pour rédiger ce rapport administratif sur le monde grec naissant ?

222 l'esprit nouveau

Personne des alexandrins et des modernes ne s'est posé cette question. Pour moi, je suis bien plus surpris de cet Homère statisticien que de l'Homère créateur, même quand il assied les dieux et les déesses sur les gradins de l'Ida, pour contempler la bataille suprême.

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