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CHAPITRE III

HOMÈRE ET LH1ST01RE NATURELLE. — SA LANGUE, SON VOCABULAIRE, SA PHYSIOLOGIE.

Caractère qui renferme tous les autres : la poésie dans Homère n'est si grande que parce qu'elle est la réalité môme. Voilà ce que le dix-huitième siècle et Voltaire ont le plus méconnu. Ils ne reconnaissaient pas la vérité, l'éternel vivant sous la draperie pourtant si transparente du poëme. Ils croyaient n'avoir affaire qu'à des imaginations arbitraires. La vie et avec elle l'intérêt puissant de ces oeuvres leur échappaient. Aujourd'hui, au contraire, ces monuments nous apparaissent comme l'image fidèle des choses et des hommes qui ne sont plus. Il n'est peut-être pas un détail que le poète n'ait vu de ses yeux. Il Ta pris dans la réalité et l'a transporté tout vivant dans Ylliade ou YOdijSHre. Des anatomistes ont étudié les blessures décrites par Homère ; ils ont été étonnés de son exactitude.

On dit qu'il s'est trompé sur les mœurs du lion, en le faisant chasser avec un compagnon. Cela

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prouverait que le lion avait déjà disparu de la Grèce, la poésie ne troublant jamais dans Homère l'exacte vérité. D'autre part, en décrivant un arc, il le montre fait tout entier de la corne d'une chèvre sauvage et de la hauteur de plusieurs coudées. Quelle est la chèvre sauvage dont la corne atteint ces proportions ? C'est le bouquetin ; d'où l'on peut inférer que le bouquetin vivait encore en bandes nombreuses sur les degrés de l'Olympe. C'est ainsi que la poésie d'Homère, même dans ses inexactitudes, est un complément de l'histoire naturelle.

L'homme, à celte époque du monde, semble ouvrir pour la première fois les yeux à la lumière. Il embrasse chaque chose avec ravissement comme une révélation. Il touche chaque objet comme s'il en faisait la découverte ; il en suit tous les contours. On sent la surprise à chaque pas. Plus tard, l'homme sera accoutumé au spectacle de la terre et du ciel ; il passera sans s'étonner.

La poésie homérique contient ainsi cette première phase où tout est merveille, le dieu, l'homme, l'armure, le char, le vase ; cette manière de sentir se marque bien par la physiologie d'Homère.

Pour lui, le siège des opérations intellectuelles est, non pas dans le cerveau, mais dans la poitrine et le diaphragme. C'est à cette partie du corps

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