LIVRE CINQUIÈME
humain que répondent les affections et les pensées. Amour ou haine, science des dieux, projets, pressentiments, tout se passe dans la poitrine et la région de l'épigastre. C'est par là que les hommes de ce temps se sentent vivre et penser. Ils ne sentent pas leur tète, ils n'en parlent jamais. Ce n'est pas un personnage d'Homère qui dirait comme dans Gœthe : « La tête me tourne. La tète me fend. »
Ils ne connaissent pas les sentiments de tête, parce que tout répond chez eux au cœur, au grand sympathique.
Ce qui montre combien notre mot de phrénologie est impropre, puisqu'il prend le cœur pour la tête.
La manière de sentir des hommes d'Homère est celle de chacune des époques héroïques. Les hommes n'ont commencé à sentir par la tête que vers la fin des civilisations.
Ceci est plus évident encore pour les femmes. La Vénus de Milo et certainement Hélène, Briséis, Andromaque avaient le front petit, non pas seulement parce que cela semblait être le trait de la vraie beauté, mais parce que la vie se sentait alors dans la région du cœur. A mesure que l'encéphale s'est développé, le cœur a diminué d'énergie.
Parlons de la langue d'Homère.
Elle est très simple, si vous ne voyez que la construction de la phrase ; rien de plus transparent. D'autre part, à cette simplicité de la grammaire s'allie un vocabulaire d'une richesse infinie.
Le moindre objet a toute une famille de noms différents : langue technique du forgeron, du charron, du matelot, du laboureur. Chaque outil a sa dénomination populaire. Rien n'est méprisable de ce que l'œil embrasse, de ce que la main touche ; délace vocabulaire incomparable, où la langue des dieux, celle des héros et celle de l'artisan sont intimement unies. Dans la syntaxe, les marques d'un idiome naissant; point d'articles; l'infini tif qui sert d'impératif ; et, avec cela, la majesté d'un idiome qui puise à flots dans une antiquité première, Finfiniment grand et l'infiniment petit, associés dans le même vers. Tel objet a deux noms, l'un dans la langue des dieux, l'autre dans la langue des hommes ; et, sans doute Homère appelle langue des dieux, l'ancien idiome tombé en désuétude, que les Grecs ne parlent plus.
Ce qui nous rejette dans le vocabulaire contemporain de la première séparation des races • aryennes.