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GUERRE DES DIEUX

Y a-t-il eu jamais un siège de Troie ? Avant les dernières découvertes, j'étais disposé à conclure que cette guerre n'est rien que le combat éternel de la lumière et de l'ombre, du jour et de la nuit, qui fait le fond des premières épopées orientales.

Peu à peu, la lutte des ténèbres et de la lumière se serait transformée, dans le génie grec, en une guerre des Troyens et des Achéens. L'armée scintillante du jour aurait assiégé et dispersé l'armée de la nuit. Ce changement se serait fait d'une manière inconsciente dans l'imagination du poëte. La tradition religieuse lui aurait légué l'idée d'une bataille acharnée renaissant avec chaque aurore. Il remplit ce vague champ de bataille par ses visions de héros et de chefs de race, aux prises les uns contre les autres. Où les anciens chantres religieux n'avaient vu que la discorde des éléments, le rayonnement des au-

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rores matinales, le foudroiement des tempêtes, Homère voit les armes d'Achille et d'Hector scintiller au soleil. Tout résonne pour lui du cliquetis des glaives et des lances. Les flèches dardées par le soleil Indra deviennent des flèches véritables teintes de sang. Les chars d'Agni, de Varouna, des Marouts se transforment en chars retentissants dans la plaine de Troie. Ulliade ne serait que la mythologie primitive des Aryens et du Eig-Vèda, descendue et incarnée dans l'humanité grecque.

Le germe du poëme serait ainsi l'idée d'une bataille des dieux ; et les hommes de nos jours perdraient leur peine à chercher les vestiges de ce long siège, qui n'eut jamais d'autre réalité que dans les nues. Troie, c'est la nuit qu'assiège la lumière.

Telle est l'opinion que plus d'un critique soutient encore ; et, si l'on examine avec attention comment se produisent les grandes œuvres dans l'esprit humain ; combien le premier germe est insaisissable ; comme il se réduit quelquefois à un atome, à une première cellule intellectuelle, souvent même à un mot, on ne trouvera pas déraisonnable de penser que l'immense Iliade ait été contenue d'abord dans cette première cellule organique, l'idée d'une guerre des dieux à l'origine du monde grec.

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