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LIVRE CINQUIÈME

Ne sentez-vous pas, au contraire, qu'ils sont soutenus par un souffle qui les empêche de languir et de déchoir? Ce souffle, toujours le même, est l'esprit créateur qui les a conçus à l'origine dans la pensée des dieux.

Les systèmes des Allemands sur Homère se réfutent les uns les autres. C'est bien pis que la mêlée autour du cadavre de Patrocle.

Vous figurez-vous un poème refait de générations en générations par tous les versificateurs qui se succèdent? Racine refait par Pradon, Pradon par Chapelain?

Et c'est là ce que je devrais accepter comme la méthode de formation qui explique les chefsd'œuvre de l'esprit humain?

Partout où il y a une variété dans le ton d'une œuvre, il faut, disent-ils (1), supposer une égale diversité d'auteurs.

De là autant do nuances, autant de poètes différents. A ce compte-là, je ne serais pas embarrassé cle prouver, par des raisons analogues, qu'il y a vingt auteurs différents dans Corneille ; vous m'en accorderez aisément trente pour Piacinc ; mais j'en demande quatre-vingt-quinze pour Voltaire. Et ces beaux résultats, c'est là ce qu'il me faut vénérer sous le nom de science allemande !

lj Th. Uergk., Griechiscke Litteralur Geschichle. Berlin, iSli

238 l'esprit nouveau

Le dernier commentateur d'Homère nouspro pose de dépouiller Y Iliade de toutes les additions qu'il prétend y découvrir. Il nous resterait quelques fragments, une trentaine de pages que le critique consent à regarder comme dignes d'être conservés. Il ferait lui-même pour nous, à son gré, le choix de ces fragments. Nous aurions alors, nous dit-il, la vraie jouissance de l'art. Aujourd'hui nous sommes dupes d'un faux Homère.

Mais comment le faux s'est-il substitué au vrai ? Les additions, nous assure-t-on, étaient déjà faites vers la fin du dixième siècle avant le Christ. A peine Homère a achevé son Iliade, une autre Iliade a pris la place de la sienne. Les Grecs se seraient ainsi laissés déposséder de leur poète en peu d'années, sans protester, sans même s'en apercevoir. Le petit aurait été substitué au grand, le médiocre au sublime, peut-être même du vivant d'Homère, dans tous les cas, avant le commencement des Olympiades. Personne n'aurait senti la différence avant que les Allemands l'eussent révélée.

Homère aurait été remplacé par de jeunes amateurs, dilettantes, Kunstgenossen. Ces amateurs auraient effacé le vieux poëte sous les yeux de la Grèce. Ils auraient substitué leur copie à l'original, détruit V organisme àe Y Iliade et de Y Odyssée \ et la Grèce, fermant les yeux et les oreilles, oubliant

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