LIVRE PREMIER lf
égale à celle de Fellemberg ou de Richard du Cantal (1) ?
L'homme préhistorique imagine de dessiner les animaux qu'il rencontre ; il leur laisse leur attitude, leur mouvement. Qui soutiendra que ces peintres, ces sculpteurs préhistoriques qui, n'ayant pas d'ancêtres, inventaient à la fois leur art, leurs procédés, leurs instruments, n'avaient besoin pour tout cela que du cerveau da gorille, «avec la « dimension de trente-quatre pouces et demi cu- « biques? »
Vous voyez, avec stupeur, que l'homme fossile d1 En gis avait un cerveau digne d'un académicien. Vous cesseriez de vous étonner si vous examiniez la première formation des langues humaines, même des sauvages, leurs racines, leur grammaire, leurs consonnances, leur logique surtout. Vous reconnaîtriez que chaque langue, même de l'homme fossile, suppose une philosophie latente, et un cerveau humain.
Qui sait ce que le crâne d'Engis qui vous confond a renfermé de lueurs, de pressentiments, de prévisions adaptées au premier monde de l'industrie, aux rudiments de l'art et du langage? C'est lui peut-être qui a découvert le feu, inventé l'arc et la flèche.
(1) Auteur du Dictionnaire d'agriculture.
16 l'esprit nouveau
Les anciens ne commettaient pas la faute qui je signale ici. Ce qu'ils estimaient par-dessus tout, c'étaient les premiers inventeurs. L'homme préhistorique qui avait découvert le feu, ils en faisaient Prométhée. Celui qui le premier avait semé le blé, ils en faisaient Triptolème, ils l'associaient à Cérès. Loin de croire que les inventeurs de l'âge de pierre n'avaient eu besoin que d'un cerveau de singe, ils leur attribuaient des facultés olympiennes; ils les divinisaient.
Ne dites donc plus que les hommes préhistoriques n'avaient pas besoin d'avoir un organisme humain, et n'en tirez pas cette conséquence que la science de la nature telle que notre temps l'a faite est réfutée par le sauvage.
L'histoire humaine confirme ici, au contraire, l'histoire naturelle.
Concluez que l'homme préhistorique, ayant créé tous les rudiments de la civilisation, avait besoin pour cela d'une téte humaine. Même cet être de l'âge tertiaire, qui n'a laissé que ses débris de hache, n'était pas une moitié d'homme. Il a inventé la massue et les armes d'Hercule ; c'était déjà l'homme tout entier.