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LIVRE SIXIÈME

Autant est impardonnable et inconcevable le premier acte de volonté divine d'où est né l'univers, autant serait inexcusable le laisser-aller de cette œuvre de misère, s'il y avait en quelque possibilité évidente de la supprimer immédiatement. Nous verrons bientôt que le but et la destinée de l'univers est de se convaincre que la volonté et l'existence sont le mal, et qu'il fout d'un commun accord s'en affranchir en rentrant dans le nonêtre.

De tous les mondes possibles, celui-ci est le meilleur, a dit Leibnitz. Ajoutons qu'il aurait incontestablement mieux valu qu'il n'y en eût aucun. Il eût été à désirer que ce monde n'existât pas, ni lui, ni aucun autre. Cela admis, il s'ensuit que l'existence du monde doit son origine à une aberration; non pas que la raison soit devenue soudainement folio, mais parce que la raison est restée étrangère à la création. La volonté seule dans l'Inconscient a agi sans réflexion. Ne vous étonnez donc pas que toute existence en elle-même soit déraisonnable.

Déjà Fichte tenait l'univers pour le pire qui puisse être. Schelling ajoutait : Un voile de dou* leur est étendu sur toute la nature. De là Vitré médiable mélancolie de toute existence ; de là le signe de douleur empreint sur la figure des animaux. Qui se plaindra jamais des accidents habi-

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tuels de la vie, s'il a reconnu le malheur de naître

et le lamentable destin du Grand Tout?

Ainsi, dans la nouvelle philosophie allemande, l'horreur de l'existence, l'ennui de l'être, l'aspiration au non-être, voilà le principe de la science.

La grande affaire des intelligences est de s'ensevelir de plus en plus, de renoncer aux illusions de l'existence, jusqu'à ce que vous reconnaissiez que tout est vanité. Sinon, en attendant, l'état du monde deviendra de plus en plus misérable. La conséquence à tirer de là, c'est que Dieu eût été sage d'étouffer le monde à sa naissance.

Puisqu'il ne l'a pas fait, il serait raisonnable de nous entendre pour empêcher et arrêter le plus tôt possible la vie de l'univers.

Choisissez : Ou la raison du Créateur n'a pris aucune part à l'acte primordial qui a produit l'univers, ou la sagesse du Créateur, incontestable dans le détail, est tombée dans une erreur fondamentale sur le tout. Elle a été infidèle à elle-même. Pour contester de si éclatantes vérités, il faut être dupe de singulières illusions. Nous allons les renverser.

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