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LES ILLUSIONS

La première des illusions consiste à croire à la possibilité du bonheur dans la vie terrestre, espoir qui sera facilement détruit si nous prouvons, ce qui est aisé, que toutes les affections humaines causent infiniment plus de peines que de plaisir.

Commençons par l'amour. Examinons-le froidement. Il n'est que tromperie et ne compte pas pour le bonheur. Les mariages d'inclinaiion sont les plus malheureux de tous. L'amour ressemble à la faim ; et comme la faim, il est un mal pour l'individu.

Puisque l'amour est une calamité, il faut choisir de deux maux le moindre, c'est-à-dire l'extirpation de l'instinct sexuel.

Ici, il ne m'est pas facile de comprendre ce que le philosophe allemand entend par extirpation : si elle est purement morale, ou si elle va jusqu'à la destruction des sexes ; il renvoie à Saint-Mathieu, chapitre XIX, versets 11 et 12.

Ces obscurités s'éclairent par ce que notre auteur ajoute d'un philosophe de son école, Schopen-

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hauer : « Si le plaisir sexuel n'existait pas, dit ce « maître de la philosophie nouvelle, chacun n'au « rait-il pas assez de pitié des générations à * venir pour leur épargner le malheur de naître? « Chacun ne refuserait-il pas de prendre la res- « ponsabilité de leur imposer froidement le far- « deau de l'existence? »

D'ailleurs, les enfants causent à leurs parents plus depeines que de joies. Des filles à marier, des garçons dont il faut payer les folies et les dettes, quelle plaie! Et voilà tout ce que l'on peut en attendre. Le seul bien que les parents aient à recevoir de leurs enfants, c'est l'espérance de l'avenir. Car à peine les hommes ont-ils reconnu que leur pitoyable existence n'est qu'illusion, ils bâtissent je ne sais quelle espérance pour leurs enfants et plus tard pour leurs petits-enfants, reportant sur les autres les mêmes chimères dont ils ne peuvent plus se repaître pour eux-mêmes. Ainsi, illusion et toujours illusion. L'homme n'apprend rien ni de l'homme ni des choses.

J'en étais là de ma lecture, lorsque le livre me tomba des mains. C'est trop fort ! m'écriai-je. Une voix de tète (je ne sais d'où elle partait) me répondit, et le dialogue suivant s'engagea entre nous :

0 maître, dis-je, renonçons, puisque vous l'ordonnez, à l'amour. Mais, de grâce, laissez-nous l'amitié.

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