LIVRE PREMIER
Réponse : Toutes les voix de la nature environnante n'étaient pas des rugissements, des hurlements, des cris de bétes fauves ; il y avait encore les mélodies des oiseaux. L'homme qui a tout imité, a imité aussi les voix des oiseaux chanteurs. Il en a rempli ses premières langues. Il a écouté leurs cadences, il les a reproduites. Ainsi les organes de la voix se sont assouplis dans l'homme; il a chanté avant de parler. Toujours et partout il a trouvé des instituteurs.
Mais la conscience ! D'où vient-elle ?
Je comprends que la conscience endormie dans la matière s'éveille par degrés, à mesure que la matière se développe. Nous sommes inconscients la moitié de notre vie, pendant le sommeil. Souvent, alors, nous n'avons pas plus de conscience que la pierre et nous disons: J'ai dormi d'un sommeil de pierre ou de plomb.
Par degrés, nous acquéronsune demi-conscience, végétative ; puis enfin la lumière complète de la conscience. Ce qui se passe chaque jour, dans chacun de nous, explique ce qui se passe dans le corps entier de la nature.
Oserai-je dire que Buffon a trop réduit les espèces animales au pur mécanisme, qu'il leur a trop refusé les plus simples lueurs intérieures, alors même qu'il les peignait en traits éclatants? J'avoue qu'il a ainsi grandi l'homme, mais il l'a rendu incom-
20 l'esprit nouveau
prébensible. Nul être avant lui qui l'annonce et le prépare. Nulle ombre d'intelligence avant lui sur la terre. Enfm il arrive, et rien n'a fait pressentir sa venue.
Resterait aujourd'hui à écrire la psychologie du règne animal avant l'homme. C'est là certainement une des tâches réservées à notre temps. Du fond des ténèbres intérieures où tout animal est plongé, on verrait luire un premier rayon d'intelligence, et ce rayon augmenter de race en race jusqu'à la dernière scène où le genre humain apparaît dans la splendeur du monde intellectuel. La scène ne serait jamais vide; et l'esprit ne serait que plus merveilleux, lorsqu'on verrait par quelle série d'ébauches il a été préparé dans le grand atelier de la vie universelle. Deux observations qui me reviennent souvent, et dont la place est ici, achèveront ma pensée.
Un jour, Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire me montrait la ménagerie du Jardin des Plantes. Nous arrivâmes aux loges des animaux féroces. Dans une de ces loges étaient ensemble un lion et une lionne. Ils étaient debout, immobiles, et semblaient ne pas nous voir. Le lion, levant sa large patte, la posa doucement, lentement sur le front de la lionne. Tous deux restèrent dans cette attitude aussi longtemps que nous demeurâmes en face d'eux.
Que voulait dire ce geste? Un peintre qui eût