LIVRE SEPTIÈME
Comment aurais-je pu jouir de quelque chose? Je ne voyais pas, je n'entendais pas. Que faisaisje donc? J'attendais. Mais quoi? Une chose qui ne venait jamais et que je ne savais comment nommer. Partout où j'étais, je sentais comme le mal du pays. De quel pays , direz-vous ? D'un pays inconnu que je ne devais jamais voir et qui m'attirait par un attrait invincible. On me demandait : Pourquoi n'etes-vous pas bien ici? Pourquoi partez-vous? Je ne savais que répondre et je partais.
Est-ce là vivre? C'est pourtant ainsi que j'ai passé la première partie de ma vie, l'âge qui pour tous les hommes est F âge heureux.
On me disait aussi dans ce temps-là : Tu. n'observes pas ce qui est autour de toi. Rien n'était plus vrai. Comment aurais-je observé puisque je ne voyais ni n'entendais? Je savais seulement que ce que je cherchais n'était pas là et cet instinct ne m'a pas trompé.
Je faisais comme les oiseaux sauvages qui , dans un fourré épais , sans avoir observé les plantes et leurs fruits, connaissent très bien ceux qui leur nuisent et s'en détournent d'eux-mêmes, il est de fait que dans cet âge qu'on appelle celui des illusions, je n'ai eu aucune illusion, et que pas un être ne m'a trompé ni à cet âge ni à aucun autre.
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A l'heure même où j'écris ces lignes , en des jours difficiles, je ne puis dire que le monde et la vie m'aient abusé. Chacun est resté conforme à ce qu'il annonçait. Chacun , suivant sa voie , portait inscrit sur son front ce qu'il devait dire ou faire plus tard. Ne l'accusez pas de vous avoir trompé. Il avait écrit sur son visage ses actions futures. Accusez-vous seulement de n'avoir pas su lire.
Quand la vieillesse est arrivée, je l'ai trouvée incomparablement moins amère que vous ne prétendiez. Oui, si je ne craignais de passer pour paradoxal , je dirais que les années que vous m'annonciez comme le comble de la misère et de la détresse, ont été pour moi plus douces que celles de la jeunesse. Plus vous m'aviez épouvanté de cette dernière station de l'existence, plus j'ai été surpris de ce qu'elle m'a offert à chaque pas.
Je m'attendais à une cime glacée, déserte, étroite, noyée dans la brume; j'ai aperçu, au contraire, autour de moi, un vaste horizon qui ne s était encore jamais découvert à mes yeux. Je voyais plus clair en moi-même et en chaque chose. Ce n'était plus cette attente désespérée d'une clarté qui me fuyait. Dans ma longue route, j'avais recueilli quelques vérités qui, chaque jour, devenaient plus certaines. Elles étaient pour