LIVRE SEPTIÈME
s'émanciper de l'esclavage sacerdotal. Il a extirpé le dieu, pour extirper le prêtre. Par cet héroïsme de l'esprit, jugez de ce que l'homme a souffert dans ces temps sans mémoire où la caste sacerdotale était souveraine. Mesurez le mal par le remède.
Que faudrait-il pour que l'Allemagne et notre Occident, suivant le même chemin, se précipitassent à leur tour dans le nihilisme indou ? Je vais le dire. Supposez que, dans notre Occident, de vieilles religions deviennent absolues souveraines des esprits et des corps. Déjà en France, le prêtre a le monopole exclusif des choses et des pensées saintes. Supposez que le brahmanisme européen, le cléricalisme papal et jésuitique, parvienne à s'imposer comme il en a le dessein. Je dis que dans ces circonstances, analogues à celles du haut Orient brahmanique, vous verriez parmi nous un phénomi ne tout semblable à la révolution religieuse du bouddhisme, à savoir, des écoles de philosophie se précipiter dans les doctrines du nihilisme, pour échapper à l'arrogance, à 1 hypocrisie, à la servitude et aux longs fouets du clergé.
Plus le prôtre envahirait, plus l'athée grandirait et se multiplierait en f;;ce de lui. Le déisme voltairien du dix-huitième siècle ne suffirait plus contre; les fureurs d'une vieille religion qui se
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croirait souveraine. Il disparaîtrait. En face de la marée montante des superstitions et des oppressions sacerdotales, l'esprit humain traqué chercherait son refuge dans la négation absolue de toute foi. 11 traverserait une époque d'athéisme , et ce ne seraient pas seulement quelques écoles, telles que celles de Schopenhauer et de Hartmann, qui invoqueraient le vide. Tous ceux qui souffriraient sans espoir (et ce serait l'immense majorité), se dépouilleraient de l'ancienne foi, comme de la robe empoisonnée de Médée.
Un brahmanisme occidental, s'il était possible, produirait un bouddhisme occidental. Des peuples entiers désespérés, maudissant l'existence, pourchassés par le prêtre, se plongeraient dans le néant. Ce serait pour eux la grande délivrance.
Nos philosophes officiels sont plaisants, quand ils déclament contre cette triste philosophie de Bouddha. Oui, sans doute, triste. Mais le monopôle de l'orthodoxie l'était-il moins ? Valait il mieux rester sous la tyrannie du clergé et des castes, ou sortir d'esclavage, par un élan de désespoir ? Valait-d mieux rester sagement et honnêment dans la servitude éternelle des classes dirigeantes ? Oui, disent-ils,, toute révolution est un mal.
Je les reconnais à ces mots. La servitude au-