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CHAPITRE VIII

PACIFICATION DE l' ESPRIT HUMAIN. — VICTOIRE DE LA VÉRITÉ SUR LA PEUR ET SUR LA MORT.

Le commencement de ce siècle a retenti d'une plainte uniforme; nos livres, nos poèmes en sont pleins. Vous avez tous bu à la coupe du désenchantement.

Mais cet isolement de l'homme ou sein des mondes, qui l'avait fait, si ce n'est l'homme? Il en tirait vanité et prenait plaisir à se désespérer. Une littérature entière naquit de ce soliloque de l'àme humaine volontairement séparée de l'univers entier.

Qui n'a les oreilles pleines de cj long gémissement où la vanité humaine jouait si bien son rôle : seul, toujours seul, en face du monde désert, pas un écho, dans l'immensité, pas une fibre qui réponde !

C'était là le thème continu, et l'on ne peut dire aujourd'hui si ce ne fut pas un amusement de la fantaisie. A force de se répéter, il s'empara de l'esprit; chacun; prenant plaisir à s'isoler, se lit le centre d'un univers vide. Quand les épreuves

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sérieuses arrivèrent, les âmes, nées sous cet astre, légères dans leur désespoir, se trouvèrent infirmes et se dissipèrent d'elles-mêmes.

Ce point de vue ayant eu pour conséquence le délabrement de l'âme humaine, nous ne pouvons ni ne voulons y rentrer. Au lieu de l'isolement systématique de l'homme, nous voulons le replacer en compagnie de l'univers. Et de cette association naîtra l'esprit nouveau qui n'aura rien à craindre des idées maladives qu'enfante l'isolement.

Si une tendance entraîne notre siècle, c'est à porter l'esprit de toutes les sciences dans la philosophie. Chacun y arrive par le chemin qui lui est propre, et tous se reconnaissent dans la même pensée. Base plus forte qu'aucune de celles qui ont supporté les générations précédentes. Si vous jugez d'un , édifice par les fondements, il faut croire que les générations à venir ont un immense édifice à élever, puisque les fondements qui déjà sortent de terre, sont les plus solides qui aient été donnés à une oeuvre humaine.

Matérialisme, spiritualisme, qui nous délivrera de ces mots à double tranchant ?

Quand j'entends un matérialiste, l'horizon se borne, l'univers se stérilise. Quand j'entends un spiritualiste, la réalité disparaît pour faire place au convenu. Reste une vapeur que je ne puis saisir. Ixion embrasse la nue ; la vie s'échappe.

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