‹ Œuvres complètesChapitre 186 sur 204 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Je ne puis m'enfermer ni clans l'un ni dans l'autre de ces cercles. Ouvrez-moi un univers plus grand. Celui que vous m'offrez n'est qu'une colerie.

Gaston n'a qu'une pensée : vivre grassement, sans rien faire, compter ses rentes, s'étaler au soleil, rassasier ses cinq sens. Que ne peut-il s'en donner de nouveaux? Toutes les jubilations de la chair reluisent sur sa face. Comblé de matière, il aspire à s'y plonger encore. Gaston est un spiritualité.

Jacques a le teint hâve et plombé; ni pain, ni gîte assuré; l'air lui manque dans sa soupente, d'où il ne voit qu'un point du ciel. Il a faim, il a soif, il maigrit à vue d'œil. Son corps exténué ne sera bientôt plus qu'une ombre; toute matière l'abandonne et le fuit. Jacques, dites-vous, est un matérialiste.

Avouez que cela est plaisant.

N'évoquez plus le spectre du matérialisme. Assez de spectres. Sortons des limbes. Avez-vous peur de vous mésallier en épousant l'esprit des mondes? Étrange matérialisme, qui partout aperçoit un infini vivant, une force qui dure sans s'user, persiste sans décroître, se communique sans diminuer, se transforme sans se perdre, mouvement, chaleur, lumière, vie. Que deviennent les vaines terreurs? Vous aussi vous êtes une

l'esprit nouveau force que les éternités n'useront pas ; est-ce là trop peu pour vous? Vous aurez les destinée de la force infinie ; est-ce là déchoir de vos origines ?

Quelle sera l'influence de cette philosophie nouvelle sur l'avenir? En se sentant d'accord avec l'univers, l'homme se trouvera confirmé dans sa pensée. Il ne marchera plus en chancelant dans le vide; il retrouvera la sérénité perdue. Je pense qu'une grande paix entrera dans les esprits quand ils se verront soutenus par l'expérience de toute créature. Dans le désert fictif, où ils se reléguaient, ne vous étonnez pas s'ils perdaient aisément l'équilibre. Le plus souvent leur histoire n' était que celle de leur terreur. Ils prendront enfin possession de l'univers,, non comme des hôtes d;un jour, mais comme possesseurs et héritiers légitimes de ses éternités.

Les grands systèmes du passé, le cartésianisme, Tharmonie préétablie, décroissent à l'horizon. Bientôt ils auront disparu pour faire place à d'autres astres. Les générations nées sous ces astres nouveaux n'auront pas l'embarras des sombres problèmes. Elles marcheront par un chemin plus uni. Nous avons dévoré les pierres : ces générations feront la moisson.

Nos vagues inquiétudes d'esprit, nos tourments philosophiques, deviendront de plus en plus incompréhensibles. Malheur à qui s'attarderait dans

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