‹ Œuvres complètesChapitre 195 sur 204 · EUGÈNE DESPOIS · texte numérisé non relu

EUGÈNE DESPOIS

Edgar Quinet est doué de facultés d'un ordre particulier. Il prend les faits qu'une érudition spéciale a établis et prouvés, et il les éclaire. Il jette de la lumière sur les idées. Un rayon sort de son esprit, et va vivifier, pour certains lecteurs, les parties de la science qui demeureraient sans lui clans le demi-jour du travail. La science, et aussi la philosophie et l'histoire, prennent une poésie attrayante sous sa plume. Il vulgarise par l'éclat. Il fait aimer ce qu'on a peur de ne pas comprendre. Il instruit les imaginations; il persuade par diffusion; il enseigne par le lyrisme.

Humboldt nous paraît avoir eu le double don d'être un savant orthodoxe pour la conception et un poète pour l'exposition. Edgar Quinet féconde et généralise les dé-

NOTES

couvertes que notre époque a faites à travers la création.

Les esprits de cette sorte sont rares et précieux. Qu'il s'agisse du monde matériel ou du monde intellectuel, Edgar Quinet élargit le domaine qu'il veut faire parcourir à ses lecteurs. 11 saisit l'intelligence par la grandeur des choses et il résume les lois qui se dégagent des faits avec émotion et avec amour.

Le livre que nous venons de lire est la suite et le complément de l'ouvrage intitulé la Création. C'est à la fois un livre de cantiques et un volume de doctrine. Il chante ce que d'autres ont prouvé. C'est le Tyrtée de la science moderne. Comme le grand prêtre des choses, il officie en présence des découvertes. Que de gens ne sauraient rien, s'ils n'avaient pas ses livres. Il invite à lire; il vous montre que c'est nouveau et bon à connaître; et l'on entre avec lui dans Schopenhauer, dans Darwin, dans les systèmes et dans les doctrines.

Il trouve la voie dans les ténèbres et, comme une mère qui apprend à son enfant à aimer les fleurs, il nous montre l'éclat des nouvelles idées et nous fait respirer le parfum des hautes espérances ; il fait briller une vie de l'avenir qui échapperait aux regards. Il vous fait voir très loin et très profondément. 11 ne croit pas à cette vieillesse du globe sous laquelle on veut accabler l'homme. Il se « débarrasse de ces fantaisies qui font dater l'univers de nous-mêmes, qui sommes d'hier. » Il exorcise les spectres et fait éclater les vérités et les confiances.

Sa vie d'écrivain est comme sa vie politique: toujours en avant, parmi les premiers, et prononçant de grandes paroles en tète des hommes et des choses.

Triste de nos malheurs, il veut ranimer le ressort et réveiller les caractères. Hien que ces pages du cœur de son livre sont saines et nourrissantes. Il dit quelque part un mot qui est la devise de sa vie d'écrivain :

u Je me défie des thèses qui stérilisent l'esprit humain. »

Toute la fin de ce livre est substantielle, élevée, ironique, éclatante, affirmative.

Edgar Quinet serre Brulus sur son cœur; il lui pardonne son mot terrible sur la vertu, qu'il restitue à la

Médée d'Euripide, et trouve l'absolution de cette citation

fatale dans le suicide du grand Romain.

Voilà certes un beau spectacle que ce solide vieillard qui, avec la sérénité inspirée d'un Hésiode, chante la nature et la vie, réveille les espérances, et s'avance avec certitude sur cette terre où tant do jeunes gens trébuchent de lâcheté et d'ennui. C'est l'œil le plus ferme en ore et qui découvre le mieux, du haut des sommets blanchis où habite sa pensée, les vastes horizons et les vérités certaines.

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