‹ Œuvres complètesChapitre 42 sur 204 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Le méchant ne remporte pas toujours et infailliblement. Quelquefois, il est pris clans ses pièges ; puis il ne pense qu'à lui, il ne voit que lui. Dès lors, nul autre que lui ne profite de sa victoire. Au contraire, les vicloires du juste, en s'accumulant et s'additionnant, finissent par produire une tradition de justice qu'aucune défaite particulière ne peut effacer.

Trouvez le sage par excellence. En quoi sa sagesse lui est-elle utile ? Il est pauvre, il est nu. il est foulé aux pieds. Oui; mais sa sagesse, sa pureté, sa sainteté sont utiles à l'espèce humaine.

Il est des temps et des lieux où la race des gens de bien diminue et semble disparaître. C'est le temps où les conditions de l'existence leur deviennent trop difficiles ; il en est d'autres où cette race augmente par la raison opposée.

Je crois que les gens de bien augmentent de nos jours. Ils se sentent croître des organes qu'ils n'avaient pas auparavant, et qu'il est difficile de leur ôter : ailes de l'esprit qu'on ne peut leur couper, habitudes prises de s'associer, de se concerter, force d'impulsion acquise, plus de lumières, plus de ressources pour se protéger. Devant cet accroissement, la population# des méchants doit nécessairement diminuer dans un temps donné.

Il s'ensuit que le méchant n'a toutes les chances pour lui que dans les sociétés en décadence.

. 66 l'esprit nouveau

Celles-ci disparues, la victoire des gens de proie disparaît avec eux.

Au contraire, sitôt qu'une société se relève, c'est l'homme de bien qui reprend l'avantage sur le méchant; et, comme les sociétés en progrès tendent à se substituer aux sociétés en décadence, il est manifeste que la victoire des méchants s'efface et que celle de l'homme de bien survit dans le mouvement ascendant de l'espèce humaine.

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