‹ Œuvres complètesChapitre 45 sur 204 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

vous trouverez une grande action ou une grande pensée.

Vous n avez pas assez de foi dans l'âme, dans l'esprit ; c'est pour cela que vous scandalisez si souvent le monde par votre abaissement. Gomment ne pas sourire de ces combinaisons de chartes, de constitutions, dans lesquelles on groupe au sommet de l'État des enrichis, des privilégiés, sans s'inquiéter jamais de savoir si leur fortune est bien acquise. Dans ces arrangements artificiels, vous n'atteignez jamais une parcelle de vérité.

Je ne sais comment l'homme droit, sans intrigues, sans fraudes, se trouve toujours en dehors de toutes vos combinaisons. Il en est exclu, il est, pour vous, l'obstacle. C'est contre lui que se tournent tous vos projets.

Quoi que vous en disiez, pourtant, une âme telle qu'il s'en trouve encore, grande, pure, magnanime est, pour le peuple qui l'a enfantée et nourrie, un trésor plus grand, plus utilitaire que tous les fonds secrets employés à la sûreté publique ou à l'élève du bétail. C'est, en effet, le modèle sur lequel les autres se forment, s'il reste une seule chance pour la dignité humaine.

Cette âme, qui s'enveloppe dans le droit et, pour dire le mot ridicule, dans la vertu, contient en soi plus de parcelles d'or pur que la nation brodée,

72 l'esprit nouveau

dorée des dignitaires, des députés bien pensants, des fonctionnaires à tous serments, des archevêques et évêques infaillibles et des employés de première classe, depuis 1815.

Ecoutez encore ceci : Pour qui la possède, cette âme juste est une fortune plus grande, un bien plus légitime, un capital plus sacré qu'une fortune de quatre-vingt à cent mille francs de rente, acquise en un jour à la Bourse, réalisée dans les canaux ou les obligations de chemins de fer, enregistrée au bureau des hypothèques et scellée du grand sceau de l'État.

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