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LIVRE DEUXIÈME

Dans la décadence d'une classe, voici, au point de vue physique, les premiers signes de la dégénérescence : le regard éteint et que la colère même ne parvient pas à faire revivre. Plus de physionomie. La face, non impassible, mais inaminée ; la calvitie précoce. C'est surtout par l'organe cle la voix que se trahit la dégénérescence physique. Ecoutez cette voix criarde, écorchée qui n'a presque plus rien d'humain. Un degré de plus, c'est celle de l'anthropoïde.

Au point de vue moral, ce qui périt d'abord, c'est la hauteur de la pensée. Les classes élevées reprennent dans leur décadence plusieurs des caractères des peuples incultes ; par exemple, elles ne peuvent plus comprendre la générosité, ni la pitié, ni la clémence. Est-ce par l'effet de ce que les naturalistes appellent régression vers le type de l'âge de pierre ?

Nous ferons des lois de vengeance, disent-elles. Si les Australiens parlaient de loi, ils ne parleraient pas autrement.

C'est ainsi que sous le masque civilisé reparaît soudainement le barbare.

Quel serait le remède à cette dégénération morale? L'éducation. Or c'est précisément l'éducation qu'une classe en décadence rejette avec effroi.

C'est par la tête que périssent les peuples. Les classes supérieures déclinent longtemps avant le

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gros de la nation. Celle-ci peut encore subsister dans ses masses, quand les classes aristocratiques ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes.

C'est toujours par le haut que commencent la corruption et la mort : dans la nation par les classes élevées, dans celles-ci par les parties nobles de la nature humaine. \

Quand une aristocratie a été longtemps dominante, elle empêche le peuple de naître et de grandir, comme les grands arbres touffus empêchent les petits de croître à leurs pieds. L'arbre abattu, tout est mort autour de lui. L'aristocratie romaine une fois abattue, il ne se trouva pas un peuple pour prendre sa place. Il ne resta que le césar.

C'est le salut de la France, que le règne des classes riches ait été court et souvent interrompu. Comme puissance politique, elles ne datent que de ce siècle. Le temps leur a manqué pour étouffer le peuple sous leur ombre et prendre sa place au soleil. Aujourd'hui il est trop tard pour le déraciner.

Voilà l'erreur du césarisme contemporain. Il ne s'aperçoit pas de la différence des temps. Il ne voit pas que sa place est prise, et qu'il y a un peuple moderne, au lieu de la populace du vieux césar.

J'ai eu dans ma vie d'écrivain, un rare privilège

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