‹ Œuvres complètesChapitre 55 sur 204 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

que m'envieront les philosophes. C'est de voir, dans une expérience journalière, par quelle loi s'accomplit le rétrécissement progressif de l'esprit dans un groupe d'hommes. Un jour, une idée vivante que l'on croyait généralement acceptée, s'éteint dans leur intelligence ; avec elle s'éteint tout le groupe d'idées qui lui était ordinairement associé. Figurez-vous un grand clavier : d'abord il répondait à toutes les nécessités de l'harmonie; un jour, certaine note cesse de résonner, puis des octaves entières; il devient impossible de frapper un accord. Enfin il ne reste plus qu'une seul corde obstinée, criarde, usée, fausse, qui n'en fait plus vibrer aucune autre ; elle se tait à son tour. Silence, mort intellectuelle, ruine d'une classe ou d'un peuple.

Par une marche opposée, vous pouvez concevoir comment l'esprit humain, réduit d'abord à une seule corde fondamentale, en fait vibrer d'autres qui lui sont congénères.

Il arrive ainsi, par une association inconsciente, à se faire un clavier complet. Chaque idée, en se développant, en éveille une multitude d'autres. Accord, sympathie, grandeur de l'esprit, âge prospère.

l'esprit nouveau

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