LIVRE TROISIEME
Dans cette fièvre d'angoisse, ne lui parlez pas de se rattacher à son principe d'origine. C'est le seul gouvernement qui n'ait aucun principe. Nulle répression ne suffit à le rassurer. Il entasse lois sur lois, peines sur peines, comme l'avare multiplie les verrous ; il n'est que plus impuissant et plus misérable.
La monarchie, l'aristocratie ont un passé et croient à un lendemain. La plutocralie n'a point de passé , elle suspecte le présent, elle maudit l'avenir.
La royauté et l'aristocratie ont leur jour de joyeuse entrée où elles cherchent à se faire populaires. La plutocralie ne sourit jamais à personne; ehe se tait ou menace. Née du peuple, elle déteste le peuple; elle l'injurie, croyant par là s'en distinguer; dure, aveugle, inexorable. Elle sait se faire haïr et ne peut se faire craindre.
Il est dans sa nature de faire peser tous les impôts sur les masses. La misère du peuple ne lui déplaît pas, elle en vit ; le parvenu croit grandir de la ruine de tous.
Autre caractère du gouvernement des riches: il est absolument le même à toutes les époques de l'histoire.
Les aristocraties , les démocraties., les royautés
diffèrent. La plutocralie est partout identique à
elle même. Dans l'antiquité et dans les temps mol'esprit nouveau 9
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dernes, elle a même visage, même forme, même mot d'ordre. Il y a plus de deux mille ans, elle se couvrait aussi d'un faux ordre moral.
Qui a lu l'histoire de la réaction des riches dans Thucydide, connaît l'histoire de celte réaction dans tous les temps et chez tous les peuples. Comme elle a pour fond la passion la plus stérile, l'avarice, il n'est aucun type de gouvernement qui ait moins de variété. Son histoire se répète d'une manière immuable.
Par quel aveuglement a-t-on voulu ranger Thucydide parmi les partisans de l'oligarchie de la richesse? C'est lui, au contraire, qui en a donné la formule. C'est lui qui en a dévoilé l'esprit et l'iniquité , si bien qu'il n'a presque rien laissé à dire à ceux qui viennent après lui. C'est lui qui a dénoncé le premier (et avec quelle ironie!) le faux ordre moral (1), dont se couvre toute plutocratie.
Il a décrit la Terreur blanche d'Athènes. Et ce tableau, comparable à sa description de la peste, est le tableau de toutes les terreurs blanches de la France et du monde. r
C'est Thucydide qui a démasqué la conjuration de tous les réactionnaires anciens et modernes, leut acharnement à en finir avec la vieille liberté na-
(1) T73VO116 tûv -'AÔyivouwv OttouXov euvo^iav. Thucydide, vu, 64.