CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIF
Rien n’est plus admirable que la génération des facultés des animaux. Les lois en sont simples, générales : elles sont les mêmes pour toutes.les espèces, et elles produisent autant de systèmes différens qu’il y a de variété dans l’organisation. Si le nombre , ou si seulement la forme des organes n’est pas la même, les besoins varient, et 1ls occasionnent chacun; dans le corps et dans l’âme, des opérations particulières. Par là chaque espèce, outre les facultés et les habitudes communes à toutes, a des habitudes et des facultés qui ne sont qu’à. elle. | /
La faculté de sentir est la première de toutes les facultés de l'âme, elle est même la seule origine des autres, et l'être sentant ne fait que se transformer. Il a dans les bêtes ce degré d'intelligence que nous appelons instinct; et dans l'homme ce degré supérieur que nous appelons rarson.
. Le plaisir etla douleurle conduisent dans toutes ses transformations. C’est par eux que l'âme apprend à penser pour elle et pour le corps , et que le corps apprend à se mouvoir. pour lui et.pour l'âme. C’est par eux que toutes les connaissances acquises se lient les unes aux autres pour former les suites d'idées qui répondent à des besoins différens, et qui se reproduisent toutes les fois que
les besoins se renouvellent. C’est par eux, en un mot , que l'animal jouit de toutes ses facultés.
Mais chaque espèce a des plaisirs et des peines qui ne sont pas les plaisirs et les peines des autres. Chacune a donc des besoins différens; chacune fait séparément les études nécessaires à sa conservation : elle a plus ou moins de besoins , plus ou moins d’habitudes, plus ou moins d'intelligence.
C’est pour l’homme que les plaisirs et les peines se multiplient davantage. Aux qualités physiques des objets il ajoute des qualités morales, et il trouve dans les choses uneinfinité de rapports qui n’y sont point pour le reste des ammaux. Aussi ses intérêts sont vastes, ils sont en grand nombre; il étudie tout ; il se fait des besoins, des passions de toute espèce, et il est supérieur aux bêtes par ses habitudes, comme par sa raison.
En effet, les bêtes, même en société, ne font qué les progrès que chacune aurait faits séparément. Le commerce d’idéesquele langage d’action établit entr'elles étant très-borné, chaque individu n'a guère pour s'instruire que sa seule expérience. S'ils n’invitent, s'ils ne perfectionnent que jusqu'à un certain point, s’ils font tous les mêmes choses, ce n'est pas qu'ils se copient ; c'est qu'étant tous jetés au même moule ils agissent tous pour les mêmes besoins et par les mêmes moyens.
Les hommes, au contraire, ont l'avantage de pouvoir se communiquer toutes leurs pensées.
Chacun apprend des autres, chacun ajoute ce qu’il tient de sa propre expérience , et il ne diffère de sa manière d’agir que parce qu'il a commencé par copier. Ainsi, de génération en génération, l'homme accumule connaissances sur connaissances. Seul capable.de discerner le vrai, de sentir le beau, il crée les arts et les sciences, et s'élève jusqu'à la Divinité pour l’adorer et lui rendre grâces des biens qu'il en a reçus. |
Mais, quoique le système de ses facultés et de ses connaissances soit sans comparaison le plus étendu de tous, 1l fait cependant partie de ce système général qui enveloppe tous les êtres animés ; de ce système où toutes les facultés naissent d'une même origine, la sensation ; où elles s’engendrent par un même principe, le besoin ; où elles s’exercent par un même moyen, la liaison des idées. Sensation , besoin, liaison des idées : voilà donc le système auquel il faut rapporter toutes les opérations des animaux. Si quelquesunes des vérités qu’il renferme ont été connues, personne jusqu'ici n’en a saisi l’ensemble , ni la plus grande partie des détails.