‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 99 sur 120 · III · texte numérisé non relu

III

encore qu'il y ait entre l’âme et les sens une faculté intelligente qui ne soit ni l’âme ni les sens. C’est un fantôme qui les échappe; mais il a assez de réalité pour eux, et ils persistent dans leur opinion.

Nous ferons la même observation sur ce qu'ils appellent volonté; car ce ne serait pas assez de dire que le plaisir et la peine , qui accompagnent nos sensations , déterminent les opérations de l’âme; il faut encore une faculté motrice dont on ne saurait donner d'idée.

L’entendement et la volonté ne sont donc que deux termes abstraits, qui partagent en deux classes les pensées ou les opérations de l'esprit. Donner sonattention, se ressouvenir, imaginer,comparer, juger, réfléchir, sont des manières de penser qui appartiennent à l'entendement : désirer, aimer, hair, avoir des passions, craindre , espérer, sont des manieres de penser qui appartiennent à la volonté, et ces deux facultés ont une origine commune dans la sensation. à

En effet, je demande ce que signifie ce langage, L’entendement reçoit les idées, la volonté meut l'âme, sinon que nous avons des sensations que nous comparons, dont nous portons des jugemens, et d’où naissent nos désirs : ?

1: Comme les langues ont été formées d’après nos besoins, et non point d'après des systèmes métaphysiques capables de brouiller toutes les idées, il suffirait de les consulter pour se

Une conséquence de cette application et des principes que nous avons établis dans cet ouvrage, c'est que, dans les bêtes, l’entendement et la volonté ne comprennent que les opérations dont ‘âme se fait une habitude, et que dans l’homme ces facultés s'étendent à toutes les opérations auxquelles la réflexion préside.

convaincre que les facultés de l’âme tirent leur origine de la sensation ; car on voit évidemment que les premiers noms qu’elles ont eus sont ceux mêmes qui avaient d’abord été donnés aux facultés du corps.Tels sontencoreen français, attention, réflexion, compréhension, appréhension, penchant, inclination, etc. En latin, cogitatio, pensée, vient de cogo, coago, je rassemble ; parce que lorsqu'on pense on combine ses idées et qu'on en fait différentes collections. Sentire, sentir, avoir sensation , n’a d’abord été dit que du corps. Ce qui le prouve, c'est que quand on a voulu l'appliquer à l’âme, on a dit sertire anëmo , sentir par l’esprit. Si dans son origine il avait été dit de l’âme, on ne lui aurait jamais ajouté antmo ; mais au contraire, on l'aurait joint à corpore ; lorsqu'on aurait voulu le transporter au corps, on aurait dit sentire corpore.

Sententia vient de sentire ; par conséquent il a été dans son origine appliqué au corps, et n’a signifié que ce que nous entendons par sersation. Pour l’étendre à l'esprit, il a donc fallu dire sententia animi, sensation de l'esprit, c'est-à-dire, persée, idée. Il est vrai que je ne connais point d'exemple de cette expression dans les Latins. Quintilien remarque même (liv. 8, ch. 5) que les anciens employaient ce mot tout seul pour pensée, conception, jugement. Sententiam veteres, quod animo sensissent, vocaverunt. C’est que du temps des anciens dont il parle, ce mot avait déjà perdu sa première signification.

Il changea encore, et son usage fut plus particulièrement de signifier les pensées dont on avait plus souvent occasion de parler, ou qui se remarquent davantage. Telles sont les maximes

De cette réflexion naissent les actions volontaires et libres. Les bêtes agissent comme nous sans répugnance, et c'est déjà là-une condition au volontaire; mais 1l en faut encore une autre : car Je veux ne signifie pas seulement qu’une chose m'est agréable ; il signifie encore qu’elle est l’objet de mon choix : or on ne choisit que parmi les choses dont on dispose. On ne dispose de rien quand on ne fait qu’obéir à ses habitudes, on suit seulement l'impulsion donnée par les circonstances. Le droit de choisir, la liberté n'appartient donc qu’à la réflexion. Mais les circonstances commandent les bêtes : l’homme au contraire les juge ; il s’y préte, il s’y refuse, il se conduit fui-même; il veut, il est libre.

des sages, les décrets des juges, et certains traits qui terminent des périodes. Il signifia tout à la fois ce que nous entendons aujourd'hui par sentence , trail, pointe.

Sententia étant restreint, il fallut avoir recours à un autre mot pour exprimer en général la pensée. On dit donc sensa ments, ce qui prouve que sensa tout seul était la même chose que sensa corporis. |

Peu'à peu le sens métaphorique de ce mot prévalut. On imagina sersus pour le corps, et il ne fut plus nécessaire de joindre mentis à sensa.

Mais sensus passa encore lui-même à l'esprit, et c’est sans doute ce qui donna depuis lieu à sensatio, dont nous avons fait sensation. Non tamen rard et sic locuti sunt, ut sensa sua dicerent ; ram sensus corports videbantur. Sed consuetudo jam tenuil, ut mente conceptd, sensus vocaremus. Quintilien, liv. 8, ch. 4.

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