AIX
Comment les idées se conservent el se renouvellent dans la mémoire.
Évumération des habitudes contractées par la statue,
Comment ses habitudes s'entretiendront.
Quand une idée se retrace à la statue, ce n'est donc pas qu’elle se soit conservée dans le corps ou dans l’âme : c'est que le mouvement, qui en est la cause physique et occasionelle, se reproduit dans le cerveau & Mais ce n’est pas ici le lieu de hasarder des conjectures sur le mécanisme de la mémoire. Nous conservons le souvenir de nos sensations , nous nous les rappelons, après avoir été long-temps sans y penser : il suffit pour cela qu’elles aient fait sur nous une vive impression , ou que nous les ayons éprouvées à plusieurs reprises. Ces faits m’autorisent à supposer que notre statue, étant organisée comme nous , est comme nous capable de mémoire.
$ 39. Concluons qu’elle a contracté plusieurs habitudes : une habitude de donner son attention, une autre de se ressouvenir, une troisième de comparer, une quatrième de juger, une cinquième d'imaginer , et une dernière de reconnaître.
Fr
$ 4o. Les mêmes causes qui ont produit les habitudes sont seules capables de les entretenir. Je veux dire que les habitudes se perdront, si elles ne sont pas renouvelées par des actes réitérés de temps à autre. Alors notre statue ne se rappellera m les comparaisons qu’elle a faites d’une manière d'être , ni les jugemens qu’elle a en portés, et
* Voyez la Logique, part. 1, chap. g.
elle l'éprouvera pour la troisième ou quatrième fois, sans étre capable de la reconnaître.
$ 4r. Mais nous pouvons nous-mêmes contribuer à entretenir l'exercice de sa mémoire et de toutes ses facultés. Il suffit de l’intéresser par les différens degrés de plaisir ou de peine à conserver ses manières d'être, ou à s’y soustraire. L'art avec lequel nous disposerons de ses sensations pourra donc donner occasion de fortifiér et d'étendre de plus en plus ses habitudes. 11 y a méme lieu de conjecturer qu’elle démélera dans une succession d’odeurs, des différences qui nous échappent. Obligée d'appliquer toutes ses facultés à une seule espèce de sensation, pourrait-elle ne pas apporter à cette étude plus de discernement que nous ?
$ 42. Cependant les rapports que ses jugemens peuvent découvrir sont en fort petit nombre. Elle connaît seulement qu’une manière d'être est la même que celle qu’elle a déjà eue, ou qu’elle en est différente ; que l’une est agréable, l'autre désagréable, qu’elles le sont plus ou moins. |
Mais démélera-t-elle plusieurs odeurs qui se font sentir ensemble ? C’est un discernement que nous n’acquérons nous-mêmes que par un grand exercice : encore est-il renfermé dans des bornes bien étroites : car il n’est personne qui puisse reconnaître à l’odorat tout ce qui compose un
Se fortiferont.
uelles sont Quelles de son
discernement,
sachet: Or tout mélange d’odeurs me paraît devoir être un sachet pour notre statue.
‘ C’est la connaissance des corps odoriférans, comme nous le verrons ailleurs, qui nous a appris à reconnaître deux odeurs dans une troisième. Après avoir senti tour à tour une rose et une jonquille, nous les avons senties ensemble, et par là nous avons appris que la sensation que ces fleurs réunies font sur nous est composée de deux autres. Qu'on multiplie les odeurs, nous ne distinguerons que celles qui dominent, et même nous n’en ferons pas le discernement, si le mélange est fait avec assez d'art pour qu'aucune ne prévale. En pareil cas elles paraissent se confondre à peu près, comme descouleurs broyéesensemble; elles se réunissent et se mêlent si bien, qu'aucune d'elles ne reste ce qu'elle était ; et de plusieurs, il n'en résulte qu'une seule.
Si notre statue sent deux odeurs au premier moment de son existence , elle ne jugera donc pas qu'elle est tout à la fois de deux manières. Mais supposons .qu’ayant appris à les connaître séparément, elle les sente ensemble, les reconnaîtra-t-elle ? Cela ne me paraît pas vraisemblable ; car ignorant qu'elles lui viennent de deux corps différens, rien ne peut lui faire soupçonner que la sensation qu’elle éprouveest forméededeuxautres. En effet, si aucune ne domine, elles se confondraient même à notre égard ; et s’il en est une
qui soit plus fable, elle ne. fera qu'altérer la plus forte, et elles paraitront ensemble comme une simple manière d’être. Pour nous en convaincre, nous n’aurions qu’à sentir des odeurs que nous ne nous serions pas fait une habitude de rapporter à des corps différens : je suis persuadé que nous n'oserions assurer si elles ne sont qu’une, ou si elles sont plusieurs. Voilà précisément le cas de notre sjatue. | Elle n’acquiert donc du discernement que par l'attention qu’elle donne en même temps à une manière d'être qu’elle éprouve ,.et à une autre qu'elle a éprouvée. Ainsi ses jugemensnes’exercent point sur deux odeurs senties à la fois ; ils n’ont pour objet que des sensations qui se succèdent.
CLLBLVE VER LI S LVR LVL LL VR LL LIVRE VUE VER LIVRE VAR VE VAR VER LIL L/L/R