CHAPITRE IX
De l’odorat et de l’ouiïe réunis.
$ 1. Dès que ces sens pris séparément ne donnent pas à notre statue l’idée de quelque chose d'extérieur, ils ne la lui donneront pas davantage
Une suite de sons se lien!
mieux dans Îa mémoire qu’une suite de bruits.
Ces deux sens réuuis ne donnent l'idée d’aucune chose ex-
ieure,
D'abord Ja statue ne dislingue pas les sons des odeurs qui viennent à elle en même temps.
Elle apprend ensuite à lesdistinguer,
Son être lui parait acquérir une double existence,
après leur réunion. Elle ne soupçonnera pas qu'elle ait deux organes différens.
$ 2. Si, mème au premier moment de son existence, elle entend des sons et sent des odeurs, elle ne saura pas encore distinguer en elle deux manières d’être. Les sons et les odeurs se confondront, comme s'ils n’étaient qu’une modification simple ; car nous venons d'observer qu’elle ne distingue dans ses sensations que les idées qu’elle a eu occasion de remarquer chacune'en particulier. |
$ 3. Mais si elle a considéré les sensations de louie séparément de celles de l’odorat, elle sera capable de les distinguer lorsqu'elle les éprouvera
ensemble : car, pourvu que le plaisir de jouir de
lune ne la détourne pas entièrement du plaisir de jouir de l’autre, elle reconnaitra qu’elle est tout à la fois ce qu’elle a été tour à tour. La nature de ces sensations ne les porte pas à se confondre comme deux odeurs : elles différent trop pour n'être pas distinguées au souvenir qui reste de chacune. C’est donc à la mémoire que la statue doit l'avantage de distinguer les impressions qui lui sont transmises à la fois par des organes différens. .
$ 4: Alors il lui semble que son être augmente, et qu'il acquiert une double existence. Voilà donc bien du changement dans ses jugemens d’habitude ; car avant la réunion de l’ouie à l’odorat
DES SENSATIONS. roi
elle n’avait point imaginé qu'elle püt être à la fois de deux manières si différentes.
$ 5. Il est évident qu’elle acquerra les mêmes facultés que lorsqu'elle à eu séparément ces deux sens. Sa mémoire y gagnera, en ce que la chaîne des idées en sera plus variée et plus étendue. Tantôt un son lui rappellera une suite d’odeurs ; tantôt une odeur lui rappellera une suite de sons. Mais il faut remarquer que ces deux espèces de sensations, étant réunies, sont sujettes à la même loi qu'avant leur réunion ; c’est-à-dire queles plus vives peuvent quelquefois faire oublier les autres, et empêcher qu’elles soient remarquées au moment même qu’elles ont lieu. |
$ 6. Il me semble encore que la statue peut avoir plus d'idées abstraites qu'avec un seul sens. Elle ne connaissait en général que deux manières d'être, l’une agréable, l’autre désagréable : mais actuellement qu’elle distingue les sons des odeurs, elle ne peut s'empêcher de les considérer comme deux espèces de modifications. Peut-être encore le bruit lui paraît-il si différent des sons harmonieux, que si on pouvait lui faire comprendre que ses sensations lui sont transmises par des organes, elle pourrait bien imaginer avoir trois sens; un pour les odeurs, un aütre pour le bruit, et un troisième pour les sons harmonieux.
Sa mémoire est plus étendue qu'avec un seuŸ sens,
Elle forme plusd'idées abstraites,
La statue acquiert les mêmes facultés qu'avec
l'odbrat,
Le goût contribue plus que l'odorat et que l’ouïe a son bonheur et a son malheur.
LAPS W'RV L TR LL AR R/RPR LR / LR LR LL /R LL D RL SR RS