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CHAPITRE XII

De la vue avec l’odorat, l’ouie et le goût.

$ r. La réunion de la vue, de l’odorat, de l’ouie et du goût, augmente le nombre des manières d'être de notre statue : la chaîne de ses idées en est plus étendue et plus variée : les objets de son

Effets produits ar La réunion e ces sens.

attention, de ses désirs et de sa jouissance se multiplient; elle remarque une nouvelle classe de ses modifications, et 1l lui semble qu'elle aperçoit en elle une multitude d'êtres tout différens. Mais elle continue à ne voir qu'elle, et rien ne la peut encore arracher à elle-même pour la porter au dehors.

normes d'où $ 2. Elle ne soupçonne donc pas qu'elle doive

sortir, ses manières d’être à des causes étrangères ; elle ignore qu’elles lui viennent par quatre sens. Elle voit, elle sent, elle goûte, elle entend, sans savoir qu’elle a des yeux, un nez, une houche, des oreilles : elle ne sait pas qu’elle a un corps. Enfin, elle ne remarque qu’elle éprouve ensemble ces différentes espèces de sensations, qu'après les avoir étudiées séparément.

pages $ 5. Si, supposant qu'elle est contintment la

porter. méme couleur, nous faisions succéder en ele les odeurs, les saveurs et lessons, elle se regarderait comme une couleur qui est successivement odoriférante , savoureuse et sonore. Elle se regarderait comme une odeur savoureuse, sonore et colorée, si elle était constamment la même odeur; et il faut faire la même observation sur toutes les suppositions de cette espèce ; car c’est dans la manière d'être où elle se retrouve toujours qu’elle doit sentir ce moi, qui lui paraît le sujet de toutes les modifications dont elle est susceptible.

Or, quand nous sommes portés à regarder l'é-

tendue comme le sujet de toutes les qualités sen-

| sibles, est-ce parce qu’en effet elle en est le sujet,

ou seulement parce que cette idée étant toujours, par une habitude que nous avons contractée, partout où les autres sont; et étant la même, quoique les autres varient, elle paraît en être modifiée,

sans l’être ?

De même, quand des philosophes assurent qu'il n'y a que de l'étendue , est-ce qu’il n’existe point d'autre substance? Est-ce même que l'étendue en est une ? Ou n’en jugent-ils ainsi que parce que

cette idée leur est famikhére, et qu'ils la retrouvent

partout? La statue aurait autant de raison de croire qu'elle n’est. qu’une couleur ou qu'une

” odeur; et que cette couleur ou cette odeur est son

être, sa substance. Mais ce n’est pas le heu de

m’arrêter sur de pareils systèmes ; et c’est assez les réfuter que de faire voir qu'ils ne sont pas mieux fondés que les jugemens que nous venons de faire porter à notre statue.

SECONDE PARTIE

DU TOWCHER OU DU SEUL SENS QUI JUGE PAR LUI-MÊME | DES OBJETS EXTÉRIEURS.

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