‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 27 sur 120 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cet homme borné au moindre degré de”sentiment, n’a aucune idée d’étendue ni de mouvement.

6 r. Si notre statue n'est frappée par aucun corps, et si nous la plaçons dans un air tranquille, tempéré, et où elle ne sente ni augmenter ni diminuer sa chaleur naturelle , elle sera bornée au sentiment fondamental , et elle ne connaîtra son existence que par l'impression confuse qui résulte

du mouvement auquel elle doit la vie. ”

$ 2. Ce sentiment est uniforme , et par conséquent simple à son égard; elle n’y saurait remarquer les différentes parties de son corps. Elle né

les sent donc point les unes hors des autres, et contiguéës. Elle est comme si elle n’existait que

Ilestiamême chose que le moi

Existence

née au sen-

timent fondamental.

Ce sentiment ne donne aucune idée d'étendue,

Devenu plus vif, il n’en doune N point encore.

dans un point, et 1l ne lui est pas encore possible de découvrir qu’elle est étendue *. |

$ 3. Rendons ce sentiment plus vif, mais conser. vons-lui son uniformité ; échauffons, par exemple. l'air, ou refroidissons-le : elle aura de tout son

‘ corps une sensation égale de chaud ou de froid ;

et je ne vois pas qu'il en résulte autre chose, sinon

: Nous pouvons nous en convaincre en observant ce qui se passe en nous-mêmes.

Une douleur uniforme qui m’affecte tout le bras, je ne la juge étendue que parce que je la rapporte à une chose que je sens être étendue. k

L'usage que je fais de mon bras m’apprend à remarquer différentes parties dans sa longueur ; mais il ne m’apprend pa: également à remarquer les différentes parties de son diamètre. Aussi je juge bien mieux de la longueur que du volume qu’occupe un sentiment douloureux. Je sais s’il s’étend jusqu’au coude ou jusqu’au poignet, et j'ignore s’il affecte le quart, le tiers, la moitié de la grosseur du bras ou davantage. -

Une infinité d'expériences peuvent confirmer qu’on sent la douleur, comme danë un point, toutes les fois qu’on la rapporte à une partie qu’on ne s’est pas fait une habitude de mesurer. Pour découvrir, par exemple, l’espace qu’occupe une douléur qu’on sent au milieu de la cuisse, il le faut parcourir avec la main : il n’en est pas de même si elle s'etend du genou à la hanche, parce que ce sont là deux points que nous savon: être distans.

Ce n’est donc pas un sentiment uniforme qui nous donne l'idée de l’étendue de notre corps ; mais c’est la connaissanctdu volume de notre côrps qui noss fait attribuer de l'étendue à un sentiment uniforme.

Notre statue, réduite au moindre degré de sentiment, n'« de tout son corps qu’un sentiment uniforme : elle ne sait donr pas qu’elle est étendue.

qu’elle sentira plus vivement son existence. Car

une seule sensation , quelque vive qu’elle soit, ne peut pas donner une idée d’étendue à un être qui, ne sachant pas qu'il est étendu lui-même, n’a pas appris à étendre cette sensation, en la rapportant aux différentes parties de son corps. .

Par conséquent s1 notre statue ne vivait que par une suite de sentimens uniformes, elle serait aussi bornée dans ses opérations et dans ses connaissances qu'elle l’a été avec le sens de lodorat.

$ 4. Si je la frappe successivement à la tête et aux pieds , je modifie à diverses reprises son sentiment fondamental : mais ces modifications sont elles-mêmes uniformes. Aucune ne lui peut donc faire remarquer qu’elle est étendue. On demandera peut-être , si étant frappée tout à la fois à la tête et aux pieds, elle ne sentira pas que ces modifications sont distantes.

Lorsque je la touche, ou la sensation qu'elle éprouve occupe si fort sa capacité de sentir qu'elle attire l'attention toute entiere, ou Pattention continue encore de se porter au sentiment fondamental des autres parties. Dans le premier cas, notre statue ne saurait se représenter un intervalle entre sa tête et ses mieds ; car elle ne remarque point ce qui les sépare. Dans le second, elle ne le peut pas davantage , puisque le sentiment fondamental ne donne aucune idée d’étendue.

. Il peut même n’en pas donner,

quoique modifie,

128 Fr TRAITÉ

Damsœtéttln Q D. J'agite son bras, et son m0: reçoit une

d'idée de “«- nouvelle modification : acquerra-t-elle donc une

idé de mouvement ? non, sans doute; -ear elle

* ne sait pas encore qu’elle a un bras, qu'il occupe

jun lieu, ni qu'il en peut changer. Ce qui lui arrive

en ce moment, c’est de sentir plus particuhère-

ment son existence dans la sensation que je lui

donne , sans jamais pouvoir se rendre raison de ce qu elle éprouve.

Il en sera de même si je la transporte dans les airs. Tout alors se réduit en elle à une impression qui modifie le sentiment fondamental tout entier; . etelle ne peut encore apprendre qu’elle a un corps

qui se meut.

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