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PRÉCIS DE LA SECONDE PARTIE

D'un côté, toutes nos connaissances viennent des sens ; de l’autre, nos sensations ne sont que nos manières d'être. Comment donc pouvonsnous voir des objets hors de nous ? En effet il semble que nous ne devrions voir que notre àme

modifiée différemment.

= Je conviens que ce problème a été mal résolu dans la première édition du Traité des Sensations. mademoiselle Ferrand s’en serait sans doute aperçue. Quoiqu’elle ait eu plus de part à cet ouvrage que moi, elle n’en était pas contente, lorsque je la perdis, et elle trouvait qu'il y avait beaucoup à refaire. Je l’aiachevé tout seul, et j’ai mal raisonné, parceque je ne sus pas alors établir l'état de la question. Ce qui est plus étonnant, c'est que tous ceux qui ont prétendu me critiquer directement ou indirectement, n’ont pas su Flétablir mieux que moi, et ont mal raisonné aussi.

Les questions bien établies sont des questions résolues : la difficulté est donc de les bien établr, et souvent elle est grande, surtout en métaphysique. La langue de cette science n’a pas naturellement la simplicité de l'algèbre, et nous avons bien de la peine à la rendre simple, parce

que notre esprit a bien de la peine à l’être luimême. Cependant nous n’établirons bien les questions que nous agitons, qu’autant que nous parlerons avec la plus grande simplicité. Mais parce que souvent nous sommes métaphysiciens par nos lectures, plus que par notre réflexion, nous proposons un problème comme on l’a proposé; nous en parlons comme on en a parlé, et il est toujours à résoudre.

Nous avons prouvé qu'avec les sensations de l'odorat, de l’ouie, du goût et de la vue, l’homme se croirait odeur, son, saveur, couleur; et qu'il ne prendrait aucune connaissance des objets extérieurs.

Il est également certain qu'avec le sens du toucher, 1l serait dans la même ignorance s’il restait immobile. Il n'apercevrait que les sensations que l'air environnant peut faire sur lui : il aurait chaud ou froid, il aurait du plaisir ou de la douleur; et ce sont là des manières d’être dans lesquelles 1l n’apercevrait ni l’air environnant ni aucun corps; il n’y sentirait que lui-même.

Il faut trois choses pour faire juger à cet homnie qu'il y a des corps: l’une, que ses membres soient déterminés à se mouvoir ; l’autre, que sa main, principal organe du tact, se porte sur lui et sur ce qui l’environne ; et La dernière, que parmi les sensations que sa main éprouve, il y en ait une qui représente nécessairement des corps.

Or une partie d’étendue est un continu formé par la contiguité d’autres parties étendues : un corps est un continu formé par la contiguité d’autres corps ; et en général un continu est formé par la contiguité d’autres continus. C’est ainsi que nous en jugeons, et il ne nous est pas possible d'en avoir d'autre idée, parce que nous ne pouvons faire de l'étendue qu'avec de l'étendue, et des corps qu'avec des corps.

Par conséquent, ou le toucher ne nous donnera aucune connaissance des corps, ou parmi les sensations que nous lui devons 1l y en aura une que nous n’apercevrons pas Comme une maniére d’être de nous-mêmes , mais plutôt comme la manière d’être d’un continu formé par la contiguité d’autres continus. Il faut que nous soyons forcés à juger étendue cetté sensation même.

Si on suppose donc que la statue raisonne, pour passer d’elle aux corps, on suppose faux ; car certainement il n’y a point de raisonnement qui puisse lui faire franchir ce passage, et d’ailleurs elle ne peut pas commencer par raisonner.

Mais la nature a raisonné pour elle : elle l'a organisée pour être mue, pour toucher, et pour avoir, en touchant, une sensation qui lui fait juger qu'il y a, au dehors de son être sentant, des continus formés par la contiguité d’autres continus, et par conséquent de l'étendue et des corps.

Voilà ce qui est dévelopé dans la seconde partie du Traité des Sensations.

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