‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 50 sur 120 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Comment la vue ajoutée au toucher donne quelque connaissance de la durée du sommeil, et apprend à distinguer l’état de songe de l'état de veille.

$ r. Si notre statue, s'étant endormie quand le soleil était à l'orient , se réveille quand il descend vers l'occident , elle jugera que son sommeil a eu une certaine durée; et si elle ne se rappelle aucun songe, elle croira avoir duré sans avoir pensé. Mais il se pourrait que ce füt une erreur, car peut-être le sommeil n’a-t-1l pas été assez profond pour suspendre entièrement l’action des facultés de l’âme. |

$ 2. Si au contraire elle se souvient d’avoir eu des songes, elle a un moyen de plus pour s'assurer de la durée de son sommeil. Mais à quoi recon-

naitra-t-elle l'illusion des songes? A la manière | frappante dont ils contredisent les’ connaissances

qu’elle avait avant de s'endormir, et dans les-.

quelles elle se confirme à son réveil.

Supposez par exemple qu’elle ait cru pendant le sommeil voir des choses fort extraordinaires ; et qu'au moment où elle en va sortir il lui parüt être dans des lieux où elle n’a point encore été. Sans doute elle est étonnée de ne pas s’y trouver au réveil; de reconnaitre au contraire l'endroit

Comment la vue fait connaftre la durée du

sommeil,

Et fait connaître l'illusion des songes.

Idée princiale à laquelle essensations

la vue se lient.

où elle s’est couchée; d'ouvrir les yeux comme s'ils avaient été long-temps fermés à la lumiere, et de reprendre enfin l’usage de ses membres comme si elle sortait d’un repos parfait. Elle ne sait encore si elle s’est trompée ou si elle se trompe. Il semble qu’elle ait également raison de croire qu'elle a changé de lieu et qu’elle n’en a pas changé. Mais enfin, ayant eu fréquemment des songes, elle y remarque un désordre où ses idées sont toujours en contradiction avec l’état de veille qui les suit comme avec celui qui les a précédés ; et elle juge que ce ne sont que des illusions, car accoutumée à rapporter ses sensations hors d'elle, elle n’y trouve de la réalité qu'autant qu’elle découvre des objets auxquels elle les peut rapporter encore.

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