‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 52 sur 120 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Du goût réuni au toucher.

$ r. Le sens du goût s’instruit si promptement, qu’à peine s’aperçoit-on qu'il ait besoin d'apprentissage. Cela devait être, puisqu'il est nécessaire

à notre conservation dès les premiers momens de notre naissance. |

$ 2. La faim ne peut encore avoir d'objet déterminé, lorsque la statue en éprouve pour la premiére fois le sentiment : car les moyens propres à la soulager lui sont tout-à-fait inconnus. Elle ne désire donc aucune espèce de nouriture, elle désire seulement de sortir d'un état qui lui déplaît. Dans cette vue elle se livre à toutes les sensations agréables dont elle à connaissance. C’est le seul remède dont elle puisse faire usage, et il la distrait quelque peu de sa peine.

$ 3. Cependant l'inquiétude redouble, se répand dans toutes les parties de son corps, et passe d’une manière plus particulière sur ses lèvres, dans sa bouche. Alors elle porte la dent sur tout ce qui s'offre à elle, mord les pierres, la terre, broute l'herbe, et son premier choix est de se nourrir des choses qui résistent moins à ses efforts. Contente d’une nouriture qui l’a soulagée, elle ne songe pas à en chercher de meilleure. Elle ne connait encore d’autre plaisir à manger que celui de dissiper sa faim.

$ 4. Mais trouvant une autre fois des fruits dont les couleurs et les parfums charment ses sens, elle y porte la main. L’inquiétude qu’elle ressent, toutes les fois que la faim se renouvelle ; lui fait naturellement saisir tous les objets qui peuvent lui plaire. Ce fruit lui reste dans les doigts:

La faim, la remière fois, n’a point d'objet déterminé.

Elle saït saisir indifféremmenttout ce qui se présente.

La statue découvre les nourritures qui lui sont propres.

elle le fixe, elle les ent avecuneattention plus vive. Sa faim augmente, elle le mord , sans en attendre d’autre bien qu’un soulagement à sa peine. Mais quel est son ravissement ! avec quel plaisir ne savoure-t-elle pas cessucs délicieux! Etpeut-ellerésister à l'attrait d'en manger, et d’en manger encore ?

net $ 5. Ayant fait cette expérience : à plusieurs

sirs. reprises, elle se connait un nouveau besoin , découvre par quel organe elle y peut satisfaire , et apprend quels objets y sont propres. Alors la faim n’est plus: comme auparavant un sentiment qui n’a point d'objet déterminé; mais elle porte toutes les facultés à procurer la jouissance de tout ce qui la peut dissiper.

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