‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 53 sur 120 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Observations générales sur la réunion des cinq sens.

Avec le besoin de nourriture, notre statue va devenir l’objet de bien des observations : mais

1 Tel est l’artifice de la nature pour nous faire apporter à nos besoins des remèdes dont nous sommes encore incapables de connaître les effets. Il se montre d’une manière admirable dans un enfant nouvellement né. L'inquiétude passe de l’estomac aux joues, à la bouche ; lui fait prendre le téton, comme il aurait saisi toute autre chose ; fait mouvoir ses lèvres de toutes sortes de manières, jusqu’à ce qu'elles aient trouvé le moyen d'exprimer le lait destiné à le nourrir. Alors l'enfant est invité par le plaisir à réitérer les mêmes mouvemens, et il fait tout ce qui est nécessaire à sa conservation.

avant d’entrer dans le détail de toutes les circonstances qui y donneront lieu, il faut considérer ce qui est commun à la réunion de chaque sens avec le toucher.

$ r. Lorsqu'elle jouit tout à la fois du tact et de l’'odorat, elle remarque les qualités des corps par les rapports qu’elles ont à ces deux sens, et elle se fait les idées générales de deux espèces de sensations; sensations du toucher, sensations de l’odorat : car elle ne saurait alors confondre en une seule classe des impressions qui se font sur des organes si différens.

Il en est de même lorsque nous ajoutons louie, la vue et le goût à ces deux sens. Elle se connaît donc en général cinq espèces de sensations. | Si pour lors nous supposons que réfléchissant

sur les corps elle en considère les qualités sans avoir égard aux cinq manières différentes dont ils agissent sur ses organes, elle aura la notion générale de sensation, c’est-à-dire qu'elle ne formera qu'une classe de toutes les impressions que les corps font sur elle ; et cette idée est plus générale lorsqu'elle a trois sens que lorsqu’elle est bornée à deux, lorsqu'elle en a quatre que lorsqu'elle est bornée à trois, etc.

S 2. Privée du toucher, elle était dans l'impuissance d'exercer par elle-même aucun des autres sens , et elle ne pouvait se procurer la jouissance d'une odeur, d'un son, d’une couleur et d’une

Idées générales ue la statue se ait de ses sen-

sations.

Comment sonuimagination perd de son activité.

ILiaison detoutes les espèces de sensations dans la mémoire,

Activitéqu'acquiert la statue

256 TRAITÉ saveur, qu’autant que son imagination ‘agissait avec une force capable de les lui rendre présentes. Mais actuellement la connaissance des corps odoriférans , sonores, palpables et savoureux, et la facilité de s’en saisir, lui sont un moyen si commode pour obtenir ce qu’elle désire, que son imagination n’a pas besoin de faire les mêmes efforts. Plus par conséquent ces corps seront. à sa portée, moins son imagination s’exercera sur les sensations dont ils ont donné la connaissance. Elle perdra donc de son activité ; mais puisque l'odorat, l’ouie , la vue et le goût en seront plus exercés, ils acquerront un discernement plus fin et plus étendu. Ainsi ce que ces sens gagnent par leur réunion avec le toucher dédommage avantageusement la statue de ce qu’elle a perdu du côté de l'imagination.

$ 3. Ses sensations étant devenues à son égard les qualités mêmes des objets, elle ne peut s’en rappeler, en imaginer ou en éprouver, qu'elle ne se représente des corps. Par là elles entrent toutes dans quelques-unes des collections que le tact lui a fait faire, deviennent des propriétés de l’étendue, se lient étroitement à la chaîne des connaissances par la même idée fondamentale que les sensations du toucher, et la mémoire ainsi que l'imagination en sont plus riches que lorsqu'elle n'avait pas encore l'usage de tous ses sens.

$ 4. Nous avons remarqué, quand nous consi-

dérions l’odorat, l’ouie, la vue et le goût chacun séparément, que notre statue était toute passive par rapport aux impressions qu'ils lui transmettaient. Mais actuellement elle peut être active à cet égard dans bien des occasions ; car elle a en

elle des moyens pour se livrer à l'impression des.

corps ou pour s y soustraire.

$ 5. Nous avons aussi remarqué que le désir ne consistait que dans l’action des facultés de J’âme, qui se portaient à une odeur, dont il restait quelque souvenir. Mais depuis la réunion de l’odorat au toucher, 1l peut encore embrasser l’action de toutes les facultés propres à lui procurer la jouissance d’un corps odoriférant. Ainsi , lorsqu’elle désire une fleur, le mouvement passe de l'organe de l’odorat dans toutes les parties du corps, et son désir devient l'action de toutes les facultés dont elle est capable.

‘Il faut remarquer la même chose à l'occasion des autres sens. Car le toucher, les ayant instruits, continue d'agir avec eux toutes les fois qu’il peut leur être de quelque secours. Il prend

part à tout ce qui les intéresse, lèur apprend'à

s’aider tous réciproquement , et cest à lui que tous nos organes, toutes nos facultés, doivent l'habitude de se porter vers les objets propres à notre conservation.

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