QUATRIÈME PARTIE
DES BESOINS, DE L'INDUSTRIE ET DES IDÉES D'UN HOMME ISOLÉ QUI JOUIT DE TOUS SES SENS.
S: l'on se rappelle que j'ai démontré combien les signes sont nécessaires pour se faire des idées distinctes de toute espèce, on sera porté à juget que je suppose souvent dans la statue plus de connaissances qu'elle n’en peut acquérir.
Mais il faut distinguer, comme j'ai fait plus haut, des connaissarices de théorie et des connaissances pratiques. Or ce sont les premières pour lesquelles nous avons besoin d’un langage, parce qu’elles consistent dans une suite d'idées distinctes, et que par conséquent il a fallu des signes pour les classer avec ordre et les déterminer.
Les connaissances pratiques sont au contraire des idées confuses, qui règlent nos actions, sans ‘que nous soyons capables de remarquer comment elles nous font agir. C’est qu’elles consistent plutôt dans les habitudes qui sont une suite de nos jugemens, que dans nos jugemens mêmes. Car, lorsqu'une fois nous avons contracté ces habitudes, nous agissons sans pouvoir observer les jugemene qui les accompagnent, et c’est pourquoi nous he pouvons pas nous en rendre compte.
DES SENSATIONS. a5g
Alors, quoique nous nous conduisions bien, c’est sans savoir comment, à notre inscu; et nous obéissons à une impulsion, à un instinct que nous ne connaissons pas : Car ces mots émipulsion et instinct signifient proprement la même chose.
Il ÿ a long-temps qu'on est forcé de reconnaitre qu'il entre nécessairement des j jugemens dans l’usage que nous faisons de nos sens. Quand donc j'autais mal expliqué comment M:statue apprend à se servir des siens, il n’en serait pas moiÿs vrai qu’elle potte des jugemens. Or ces jugements; qu'elle ne remarque pas, sont l’instinet qui la conduit ; et les habitudes d'agir qu’elle 4 totitraetées d'après ces jugetneris sont cé qie j'entends par connaissances pratiques. Si pour faire éon: naître ces jugernëns je suis obligé de les déve: lopper, je ne prétends pas qu’elle les développp ellemême. Elle ne le peut pas, parce que n'ayant point de langage , elle n’a pas de moyeri pour en faire l’analise. Mais pour contracter des habi: tudes, il lui suffit de porter ces jugemens, et elle n’a pas besvin de les remarquer: Croira-t-on qu'un enfant he cdrnmence à juger que lorsqu'il com: mérice à parler? Certainement il ne sentirait pas Je Besoin d’apprèndtre une lañtue, s’il ne sentait pas celui de prononcer des jugemens. Il en a done déjà porté quand il commence à parler, c’est-àdire quand il commence à faire, avec des mots;
La statue sans besoin.
260 | TRAITÉ l'analise de sa pensée : il ne dit que ce qu’il faisait auparavant sans pouvoir le dire,