‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 56 sur 120 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

De l’état d'un homme abandonné à lui-même, et comment les accidens auxquels il est exposé contribuent à son instruction. |

Circonsancss & 1, LA statue, étant instruite dés objets propres

je born pa à à la noutrnir, sera plus où moihs occupée du soin

Rue de sa nourriture, suivant les obstacles qu'elle aura à surmonter. Ainsi nous pouvons lü supposer dans un séjour où, toute entière à ce besoiñ, elle h’acquerrait point d’autres connaissances.

, . Sr nous diminuons les obstacles, elle sera aussitôt appelée par les plaisirs qui s'offrent à chacun de ces sens. Elle s'intéressera à tout te qui les frappé. Par conséquent tout entretiendra sa curiosité, l’excitera, l’augrientera, ét elle passera tour à tour de l'étude des objets proptes à la hourrir, à l'étude de tout cé qui Fenvitomtie.

. Elles'étadie. Q 9. Tantôt la curiosité la porte à s’étudier elleméme. Elle observe ses señs, les impressions qu’ils lui transmettent, ses plaisirs, ses peines, ses besoins, les moyens de les satisfaire, et elle se fait une espèce de plan de ée qu’elle a à fuir ou'à rechercher. |

le étadiele $ 3. D’autres fois elle étudie plus particulière-

ment les objets qui attirent son atterition. Elle en fait différentes classes, suivant les différences

qu’elle ÿ remarque, et le nombre de ses notions abstraites augmente à proportion que sa éuriosité est excitée par le plaisir de voir, de sentir, de goûter, d'entendre, de toucher.

La curiosité lui fait-elle porter les yeux sur les animaux ? elle voit qu'ils se meuvent et se nourrissent comme elle; qu’ils ont des organes pout saisir ce qui leur convient, des yeux pour se cônduire, dés armes pour attaquer ou pour se dé: fendre , de l’agilité ou de l'adresse pour échapper au danger, de l'industrie pour tendre des piéges ; et elle les distingüe par la figure, les couleurs, et surtout par les qualités qui l’étonnent davantage.

Surprise des combats qu'ils sé livrent, elle l’est bien plus encore lorsqu'elle remarque que les plus faibles, déchirés par les plus forts, répandent leur sang, et perdent tout mouvement. Cette vue lui peint sensiblement le passage de la vie à la mort : mais elle ne pense pas qu’elle puisse être destinée à finir de la ttême manière. La vie lui paraît une chose si naturelle, qu’elle n’imagine pas comment elle en pourrait être privée. Elle sait sealement qu’elle est exposée à la douleur; qu'il y à des corps qui peuvent l’offenser, la déchirer. Mais l’expéhience lur a appris à les con: naître et à les éviter.

Elle vit donc dans la plus graride sécurité au milieu des animaux qui se font la guetre. L’anivers est tin théâtre où elle n’ést que spectateur;

Accidens auxquelselleest exposée.\

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et elle ne prévoit pas qu’elle en doive jamais ensanglanter la scène.

$ 4. Cependant un ennemi vient à elle. Igno-

rant le péril qui la menace, elle ne songe point à

l'éviter , et elle en fait une cruelle expérience. Elle se défend. Heureusement assez forte pour se sous-

traire à une partie des coups qui lur sont portés, elle échappe : elle n’a reçu que des blessures peu dangereuses. Mais l’idée de cet animal reste présente À sa mémoire, elle se lie à toutes les circonstances où elle en a été assaillie. Est-ce dans un bois? la vue d’un arbre, le bruit des feuilles mettra sous ses yeux l’image du danger. Elle a une vive frayeur parce qu’elle est faible, elle la sent se renouveler parce qu'elle ignore encore les précautions que sa situation demande; tout devient pour elle un objet de terreur, parce que l'idée du péril est si fort liée à tout ce qu’elle rencontre, qu’elle ne sait plus discerner ce qu’elle doit craindre. Un mouton l'épouvante; et, pour oser l’attendre , il lui faudrait un courage qu’elle ne peut avoir encore.

Revenue de son premier trouble , elle est presque étonnée de voir des animaux qui fuient devant elle. Elle les voit fuir une seconde fois, elle les voit toujours fuir, et elle s'assure enfin qu’elle n’en a rien à craindre.

À peine commence-t-elle à secouer son inquiétude , que son premier ennemi reparaît, ou qu’elle

est même attaquée par un autre. Elle échappe à ce nouveau danger, non sans en avoir reçu quelque offense.

$ 5. Ces sortes d’accidens l’inquiètent, la troublent à proportion qu'ils se multiplient davantage et que les suites en sont plus fächeuses. La frayeur qu'elle en a, occasionne dans toutes les parties de son corps de violens frémissemens. Les dangers passent, mais les frémissemens durent, ou se renouvellentà chaque instant et en retracent l’image. Incapable de faire la différence des circonstances, suivant qu'il est plus ou moins probable qu’elle est à l’abri de pareils événemens, elle a la même inquiétude pour un péril éloigné et pour celui qui la menace de près : souvent même elle en a une plus grande. Elle les fuit également tous deux, parce qu’elle sent toute sa faiblesse quand elle a attendu trop tard pour se garantir. Ainsi sa crainte

devenant plus active que son espérance, elle en

suit davantage les mouvemens, et elle prend bien plus de précautions contre les maux auxquels elle est exposée, que de mesures pour obtenir les biens dont elle peut jouir. Elle s'applique donc à re-

connaître les animaux qui lui font la guerre, elle

fuit les lieux qu'ils paraissent habiter; elle juge de ce qu’elle en a à craindre par les coups qu’elle leur voit porter à ceux qui sont faibles comme elle. La frayeur de ces derniers redouble la sienne;

leur fuite, leurs cris l’avertissent du danger qui III. 18

Commentelle apprend a s’en garantir.

Autres acciens.

la menacent. Tantôt elle s’étudie à l’éviter par adresse ; tantôt elle se saisit pour sa défense de tout ce que le hasard lui présente, supplée par industrie, mais avec bien de la lenteur, aux armes que la uature lui a refusées, apprend peu à peu à se défendre, sort victorieuse du combat, et flattée de ses succès , elle commence à se sentir un courage qui la met quelquefois au-dessus du péril, ou qui même la rend téméraire. Alors tout prend pour elle une face nouvelle, elle a de nouvelles vues, de nouveaux intérêts; sa curiosité change d'objets, et souvent plus occupée de sa défense que du besoin de sa nourriture, elle ne s'applique

qu'à combattre avec avantage.

$ 6. Elle est bientôt exposée à de nouveaux maux. La saison change presque tout à coup , les plantes se dessèchent , le pays devient aride, et elle respire un air qui la blesse de toute part ; elle apprend à se vêtir de tout ce qui peut entretenir sa chaleur , et à se réfugier dans les lieux où elle est plus à l'abri des injures du ciel.

Cependant souvent exposée à souffrir longtemps par la privation de toute sorte de nourriture, c'est alors qu’elle use de la supériorité que l'adresse ou la force lui donne sur quelques animaux : elle les attaque, les saisit, les dévore. N'ayant plus d'autre moyen pour se nourrir, elle imagine des ruses , des armes : et elle réussit d’autant plus dans cet art, que le combat lui devient

aussi essentiel que la nourriture. La voilà donc en guerre avec tous les animaux , soit pour attaquer , soit-pour se défendre.

C’est ainsi que l'expérience lui donne des leçons, qu’elle lui fait souvent payer de son sang. Mais pouvait-elle l’instruire à moins de frais ?

$ 7. Se nourrir, se précautionner contre tout accident, ou s'en défendre et satisfaire sa curiosité, wilà tous les besoins naturels de notre statue. Ils déterminent tour à tour ses facultés , et ils sont le principe des connaissances qu'elle acquiert. Tantôt supérieure aux circonstances, elle ouvre une libre carrière à ses désirs ; d’autres fois , subjuguée par les circonstances , elle trame elle-même ses malheurs. Si les succès sont traversés par des revers, les revers sont aussi réparés par des succès; et ces objets semblent tour à tour conspirer à ses peines et à ses plaisirs. Elle flotte donc entre la confiance et lincertitude , et trainant ses espérances et ses craintes, elle touche d’un moment à l’autre à son bonheur et à sa ruine. L'expérience seule la met insensiblement au-dessus des dangers , l’éléve aux connaissances nécessaires à sa conservation, et Jui fait contracter toutes les habitudes qui la doivent gouverner{ Mais comme sans expérience il n’y aurait point de connaissances, U n’y aurait point d'expérience sans les besoins , et il n’y aurait point de besoins sans l’alternative des plaisirs et des Paines TouE est donc le fruit du

Conclusioo.

Définition des mots bonséet beauté.

La statue a des idées dubon et du beau.

principe que nous avons établi dès l’enrtrée de cet

ouvrage. | Nous allons traiter des jugemens que la statue

porte des objets suivant la part qu'ils ont à ses

plaisirs ou à ses peines.

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