‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 57 sur 120 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des jugemens qu'un homme abandonné à lui-même peut porter de la bonté et de la beauté des choses.

$ r. Les mots bonté et beauté expriment les qualités par où les choses contribuent à nos plaisirs. Par conséquent, tout être sensible a des idées d’une bonté et d’une beauté relatives à lui.

En effet, on appelle bon tout ce qui plaît à l’odorat ou au goût ; et on appelle beau tout ce qui plait à la vue, à l’ouie ou au toucher.

Le bon et le beau sont encore relatifs aux passions ou à l'esprit. Ce qui flatte les passions est bon ; ce que l'esprit goûte estheau ; et ce qui plaît en même temps aux passions et à l'esprit est bon et beau tout ensemble,

$ 2. Notre statue connaît des odeurs et des saveurs agréables, et des objets qui flattent ses passions : elle a donc des idées du bon. Elle connait aussi des objets qu’elle voit, qu’elle entend, qu'elle touche , et que son esprit conçoit avec plaisir : elle a donc encore des idées du beau.

$ 3. Une conséquence qui se présente, c’est que le bon et le beau ne sont point absolus : ils sont relatifs au caractère dé celui qui en juge, et à la manière dont il est organisé :.

$ 4. Le bon et le beau se prêtent des secours mutuels. Une pêche que voit la statue lui plait par la vivacité des couleurs : elle est belle à ses yeux. Aussitôt la saveur s’en retrace à son imagination, elle est vue avec plus de plaisir, elle en est plus belle.

La statue mange cette pêche ; alors le plaisir de la voir se mêle à celui de la goûter : elle en est meilleure.

$ 5. L’utilité contribue à la bonté et à la beauté des choses. Les fruits bons et beaux, par le seul plaisir de les voir et de les savourer, sont meilleurs et plus beaux lorsque nous pensons qu'ils sont propres à rétablir nos forces.

$ 6. La nouveauté et la rareté y contribuent aussi : car l’étonnement que donne un objet déjà bon et beau par lui-même, joint à la difficulté de le posséder, augmente le plaisir d'en jouir.

$ 7. La bonté et la beauté des choses consistent

* Il ne faut pas perdre de vue le titre de ce chapitre. Nous considérons un homme qui vit seul, et nous ne cherchons pas quelle est la bonté et la beauté des choses, nous cherchons seulement les jugemens qu’ilen peut porter. Tout ce qu’il jugera bon ne sera pas moralement bon, comme tout ce qu’il jugera beau ne sera pas réellement beau.

Le bon et le aunesontpas absolus.

Ils se prêtent mutuellement des secours.

L'utilité contrihue à l’un et à l’autre,

La nouveauté etlararetéy contribuent aussi.

Deux sortes de bontés et de.

‘beautés.

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dans une seule idée ou dans une multitude d'idées

qui ont certains rapports entre elles. Une seule saveur, une seule odeur peuvent être bonnes : la lumière est belle, un son pris tout seul peut être beau.

Mais lorsqu'il y a multitude d'idées, un objet est meilleur ou plus beau à proportion que les idées se démélent davantage et que leurs rapports sont mieux aperçus, Car on jouit avec plus de plaisir. Un fruit où l'on reconnaît plusieurs saveurs également agréables est meilleur qu’une seule de ces saveurs : un objet dont les couleurs se prêtent mutuellement de l'éclat est plus beau que la lumière seule.

Les organes ne peuvent saisir distinctement qu'un certain nombre de sensations; l'esprit ne peut comparer à la fois qu’un certain nombre d'idées : une trop grande multitude fait confusion. Elle nuit donc au plaisir, et par conséquent à la bonté et à la beauté des choses.

, Une petite quantité de sensations ou d'idées se confondent encore si quelqu’une domine trop sur les autres. Il faut donc pour la plus grande bonté et pour la plus grande beauté, que le mélange en soit fait suivant certaines proportions.

Commentis S 8. C'est à l’exercice de ses organes et de son sb." esprit que notre statue doit l'avantage d’embrasser plus d'idées et plus de rapports. Le bon et le beau sont donc encore relatifs à l'usage qu’elle a appris

à faire de ses facultés. Telle chose qui dans un temps a été fort bonne ou fort belle cessera de l'être , tandis qu'une autre à laquelle elle n'avait donné aucune attention deviendra de la plus grande bonté ou de la plus grande beauté.

En cela comme en toute autre chose elle ne jugera que par rapport à elle. D'abord elle prend ses modèles dans les objets qui contribuent plus

directement à son bonheur; ensuite elle juge des

autres objets par ces modèles, et ils lui paraissent

plus beaux lorsqu'ils lui ressemblent davantage,

car après cette comparaison elle trouve à les voir un plaisir qu’elle n’avait point goûté jusqu'alors. Un arbre, par exemple, chargé de fruits lui plait et lui rend agréable la vue d’un autre qui n’en porte point, mais qui a quelque ressemblance avec lui.

$ 9. Il n’est pas possible d'imaginer tous les différens jugemens qu’elle portera suivant les circonstances: ce serait d’ailleurs une recherche assez inutile. Il suffit d'observer qu'il y a pour elle comme pour nous une bonté et une beauté réelles; et que si elle a à ce sujet moins d'idées, c'est qu'aussi elle a moins de besoins, moins de connaissances et moins de passions.

ns me ee mn

Pourquoi ellea à ce sujet moins

d’idées que nous.

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