CHAPITRE V
De l'incertitude des jugemens que nous portons sur l’existence des qualités sensibles.
$ r. Notre statue, Je le suppose, se souvient qu’elle a été elle-même son, saveur, odeur, couleur ; elle sait combien elle a eu de peine à s’accoutumer à rapporter ces sensations au dehors. Y a-til donc dans les objets des sons, des saveurs, des odeurs, des couleurs? Qui peut l’en assurer?
Ce n’est certainement ni l’ouie, ni l'odorat, nile
goût, nt la vue; ces sens par eux-mêmes ne peuvent l'instruire que des modifications qu’elle
éprouve. Elle n'a d’abord senti que son être dans
les impressions dont il sont susceptibles, et s'ils les
lui fontaujourd’huisentir dansles corps, c'estqu'ils ont contracté l'habitude de juger d’après le témoignage du tact. Ÿ a-t-il donc au moins de l'étendue? Mais lorsqu'elle a le sentiment du toucher, qu’aperçoit-elle, si ce n'est encore ses propres modlifications ? Le toucher n’est donc pas plus croyable que les autres sens; et puisqu'on reconnait que les sons, les saveurs , les odeurs et les couleurs n'existent pas dans les objets, il se pourrait que l'étendue n’y existât pas davantage :.
: S'il n’y a point d’étendue, dira-t-on peut-être, il n'y a point de corps. Je ne dis pas qu'il n’y a point d’étendue, je dis
$ 2. La statue ne s’arrétera vraisemblablement pas à ces doutes. Peut-être les jugemens dont elle s’est fait une habitude ne lui permettront:ils pas de les former. Elle en serait cependant plus capable que nous, parce qu’elle sait mieux comment elle a appris à voir, à entendre, à sentir, à goûter, à toucher. Quoi qu'il en soit, il lui est inutile d’a-
voir plus de certitude à cet égard. L’apparence
des qualités sensibles suffit pour lui donner des désirs pour éclairer sa conduite et pour faire son bonheur ou son malheur, et la dépendance où
seulement que nous ne l’apercevons que dans nos propres sensations. D'où il s'ensuit que nous ne voyons point les corps en eux-mêmes. Peut-être sont-ils étendus et même savoureux, sonores, colorés, odoriférans : peut-être ne sont-ils rien de tout cela. Je ne soutiens ni l’un ni l’autre, et j'attends qu'on ait prouvé qu’ils sont ce qu’ils nous paraissent, ou qu’ils sont toute autre chose. |
N'y eùt-il point d’étendue, ce ne serait donc pas une raison pour nier l'existence des corps. Tout ce qu’on pourrait et devrait raisonnablement inférer, c’est que les corps sont des êtres qui occagionnent en nous des sensations, et qui ont des propriétés M cquelles nous ne saurions rien assurer.
Mais, insistera-t-on, il est décidé par écriture que les corps sont étendus, et vous rendez au moins la chose douteuse.
Si cela est, la foi rend certain ce qui est douteux en philosophie, et il n’y a point là de contradiction. En pareil cas le philosophe doit douter quand il consulte sa raison , comme il doit croire quand la révélation l’éclaire. Mais Pécriture ne décide rien à ce sujet. Elle suppose les corps étendus, comme elle les suppose colorés, sonores, etc., et certainement c’est là une de ces questions que Dieu a voulu abandonner aux disputes des philosophes.
Plus de certis tude à cet égard nous serait inutile.
elle est des objets auxquels elle est obligée de les rapporter, ne lui permet pas de douter qu'il existe des êtres hors d’elle. Mais quelle est la nature de ces êtres? Elle lignore.et nous l’ignorons nousmêmes. Tout ce que nous savons, c’est que nous les appelons corps.
V/L/R LAS LL PL /LR LV RW D LR LV LR LR R RL /L/8 D /R/R
LVL DR RS L/R/R