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oreilles détestées pour leur curiosité et leur orgueil ; et les mains méprisées pour leur matérialisme ; et, si quelque puissance supérieure secondait les intentions droites et charitables de chaque parti, en un instant [a nation entière | serait exterminée. »
OU, APRÈS AVOIR FAIT DES OBSERVATIONS CRITIQUES SUR LE SENTIMENT DE DESCARTES ET SUR CELUI DE M. DE BUFFON, ON ENTREPREND D'EXPLIQUER LEURS PRINCI- PALES FACULTÉS.
ÎL serait peu curieux de savoir ce que sont les bêtes, si ce n’était pas un moyen de connaître mieux ce que nous sommes.
Cest dans ce point de vue qu’il est permis de faire des conjectures sur un pareil sujet. SU n'existait point d'animaux, dit M. de Buffon, La nature de l'homme serait encore plus incompréhensible. Cependant il ne faut pas s’imaginer qu'en nous comparant avec eux, nous puissions jamais comprendre la nature de notre étre : nous nen pouvons découvrir que les facultés,
et la voie de comparaison peut étre un artifice pour les soumettre à nos obser-
vations, Je n’ai formé le projet de cet ouvrage
que depuis que le Traité des Sensations
a paru ; et j'avoue que je n’y aurais peutêtre jamais pensé, si M. de Buffon n'avait pas écrit sur le même sujet. Mais il a voulu répandre qu’il avait rempli l’objet du Traité des Sensations, et que j'ai eu le tort de ne lavoir pas cité.
Pour me justifier d’un reproche qui certainement ne peut pas m'être fait par ceux qui auront lu ce que nous avons écrit l’un et l’autre, il me suffira d'exposer ses opinions sur la nature des animaux et sur les sens *. Ce sera presque le seul objet de la première partie de cet ouvrage.
: Je conviens qu’il y a des choses dans le Traité des Sensations qui ont pu servir de prétexte à ce reproche. La première, c’est que M. de Buffon dit, comme moi, que le toucher ne donne des idées que parce qu'il est formé d'organes mo- . biles et flexibles ; mais je l'ai cité, puisque j'ai combattu une conséquence qu'il tire de ce principe. La seconde et la dernière, c'est qu’il croit que la vue a besoin des lecons du toucher, pensée que Molineux, Locke, Barclai ont eue avant lui. Or je n’ai pas dù parler de tous ceux qui ont pu répéter
ce qu'ils ont dit. Le seul tort que j'aie eu a été de ne pas citer
M. de Voltaire ; car il a mieux fait que répéter : je réparerai
Dans la seconde je fais un système auquel je me suis bien gardé de donner pour ütre, de la Nature des Animaux. J'avoue à cet égard toute mon ignorance, et je me contente d'observer les facultés de l’homme d'après ce que je sens, et de juger de celles
des bêtes par analogie.
N cet oubli. D’ailleurs M. de Buffon n’a pas jugé à propos d’a-
dopter entièrement le sentiment de Barclai. Il ne dit pas,
comme cet Anglais, que le toucher nous est nécessaire pour apprendre à voir des grandeurs, des figures, des objets, en un mot. Il assure, au contraire, que l’œil voit naturellement et par lui-même des objets, et qu’il ne consulte le toucher que pour se corriger de deux erreurs, dont l’une consiste à voir les objets doubles et l’autre à les voir renversés. Il n’a donc pas connu aussi bien que Barclai l'étendue des secours que les yeut retirent du toucher. C'était une raison de plus pour
ne pas parler de lui : je n’aurais pu que le critiquer, comme je
ferai bientôt. Enfin, il n’a pas vu que le toucher veille à l’ins-
truction de chaque sens, découverte qui est due au Traité des Sensations. I1 ne doute pas, par exémple, que dans les
animaux l’odorat ne montre de lui-même, et dès le premier
instant, les objets et le lieu où ils sont. Il est persuadé que ce
Sens, quand il serait seul, pourrait leur tenir lieu de tous les autres. J’établis précisément le contraire ; mais la lecture de
cet ouvrage démontrera qu’il n’est pas possible que j'aie rien
pris dans ceux de M. de Buffon.
Cet objet est très-différent de celui du Traité des Sensations. On peut indifféremment lire avant ou après ce traité que je donne aujourd’hui, et ces deux ouvrages
s’éclaireront mutuellement.