XII
les plus beaux systèmes. Ainsi, du seul monvement d’une baguette, l'enchanteur élève, détruit, change tout au gré de ses désirs ; ét l’on erorrait que c’est pour présider à ces philosophes que les fées ont été imagimées:.
Cette critique est chargée, si on l’applique à Descartes; et on dira sans doute que j'aurais dù choisir un autre exemple. -En effet, nous devons tant à ce génie, que nous he saurions parkér de ses erreurs avec trop ‘de ménagerhent ; maïs enfin il ne s’est trompé que parce qu'il s’est trop pressé de faire des systèmes , ‘et j'ai cru pouvoir saistr cette occasion pour faire voir combien s’abusent tous ces esprits qui se piquent plus de généraliser que : d'observer.
Ce qu'il y a de plus favorable pour les prineipes qu'ils adoptent, c’est l’impossibilitéoù {l’on est quelquefois d'en démontrer , à la rigueur, la fausseté. Ce sont des lois auxquelles il semble que Dieu aurait pu donner la préférence ; et, s’il Pa pu, il'a du, eonclut bientôt lephilosophe quimesure la sagesse divine à la sienne.
t Ce n’est pas qu’ils n'aient des talens. On pourrait quelquefois leur appliquer ce que M. de Buffon dit de Burnet. «Son a livre est élégamnient écrit ; il sait peindre et présenter avec «a force de grandes images, et mettre sous les yeux des.scènes « magnifiques. Son plan est vaste, mais l'exécution manque « faute de moyens ; son raisonnement est petit, ses preuves
« sont faibles, et sa confiance est si grande , qu’il la fait perdre «à son lecteur.» Tom. 1, p. i80,in-4°, et p. 263, in-1e.
Avec ces raisonnemens vagues on prouve tout ce qu'on veut, et par conséquent on ne prouve rien. Je veux que Dieu ait pu réduire les bêtes au pur mécanisme; mais l'a-t-1l fait ? Observons et jugeons : c’est à quoi nous devons nous borner.
Nous voyons des corps dont le coursest constant et uniforme; ils ne choisissent point leur ronte, ils obéissent à une impulsion étrangère; le sentiment leur serait inutile , 1is n’en donnent d’ailleurs aucun signe; ils sont donc soumis aux seules lois du mouvement. |
D’autres corps restent attachés à l'endroit où ils sont nés ; ils n’ont rien à rechercher , rien à fuir. La chaleur de la terre suffit poûr transmettre dans toutes leurs parties la séve qui les nourrit; ils n’ont point d'organes pour juger de ce qui leur est propre; ils ne choisissent point, ils végètent.
Mais les bètes veillent elles-mêmes à leur conservation; elles se meuvent à leur gré; elles saisissent ce qui leur est propre, rejettent, évitent ce qui leur est contraire ; les mêmes sens qui règlent nos actions paraissent régler les leurs. Sur quel fondement pourrait-on supposer que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, qu’elles ne sentent pas, en un mot?
A la rigueur, ce n'est pas là une démonstration. Quandil s’agit desentiment, 1l n’y a d’évidemment démontré pour nous que celui donteéhacun a conscience. Mais, parce que le sentiment des autres
hommes ne m'est qu'indiqué, sera-ce-une raison pour le révoquer en doute ? Me suffira:t-il de dire que Dieu peut former des automates, qui feraient, par un mouvement machinal, ce que je fais moimême avec réflexion ?
Le mépris serait la seule réponse à de pareils doutes. C’est extravaguer que de chercher l’évidence partout; c'est rêver que d'élever des sys- tèmes sur des fondemens purement gratuits; saisir le milieu entre ces deux extrèmes, c’est philosopher.
Il y a donc.autre chose dans les bètes que du mouvement. Ce ne sont pas de purs automates : elles sentent.
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