‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 77 sur 120 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que dans l'hypothèse où les bêtes seraient des êtres purement matériels, M. de Buffon ne peut pas rendre raison du sentiment qu’il leur accorde.

M. de Buffon croit que dans l’animal l’action des objets sur les sens extérieurs en produit une autre sur le sens intérieur matériel, le cerveau; que dans les sens extérieurs les ébranlemens sont très-peu durables, et, pour ainsi dire, instantanés ; mais que le sens interne etmatériel a l'avantage de conserver long-temps les ébranlemens qu’il a reçus, et d’agir à son tour sur les nerfs. Voilà en précis les lois mécaniques qui, selon lui, font mouvoir l'animal et qui en règlent les actions. Il n’en suit pas d’autres : c'est un être purement matériel ; le sens intérieur est le seul principe de toutes ces déterminations. ( In-4°, tom. 4, p. 23, etc;in-12, tom. 7, p. 31, jusqu’à 50 ou davantage. ) :

r C'est, en d’autres termes, le mécanisme imaginé par les Cartésiens. Mais ses ébranlemens sont une vieille erreur que M. Quesnay a détruite. Économie animale, sec. 3, c. 13. « Plusieurs physiciens, dit-il, ont pensé que le seul ébranle- « ment des nerfs causé par les objets qui touchent les organes « du corps, suffit pour occasioner le mouvement et le senti- « ment dans les parties où les nerfs sont ébranlés. Ils se repré-

Pour moi, j'avoue que je ne conçois point de haison entre ces ébranlemens et le sentiment. Des nerfs ébranlés par un sens intérieur, qui l’est luimême par des sens extérieurs, ne donnent qu’une idée de mouvement; et tout ce mécanisme n'offre qu’une machine sans âme, c’est-à-dire une matière que cet écrivain reconnaît, dans un endroit deses ouvrages, être incapable desentiment.(In-4°, tom.2,p.3et4;in-12, tom. 3, p. 4.) Je demande donc comment il conçoit dans un autre qu’un animal purement matériel peut sentir ?

En vain se fonde-t-il (in-4°, tom. 4, p. 41; in-12,tom. 7, p. 57,58), sur la répugnance invincible et naturelle des bêtes pour certaines choses, sur leur appétit constant et décidé pour d’autres, sur cette faculté de distinguer sur-le-champ et sans incertitude ce qui leur convient de ce qui leur est nuisible. Cela fait voir qu’il ne peut se refuser aux

« sentent les nerfs comme des cordes fort tendues, qu’un léger « contact met en vibration dans toute leur étendue. Des philo- « sophes, ajoute-t-il, peu instruits en anatomie, ont pu se for- « mer une telle idée...... Mais cette tension, qu’on suppose « dans les nerfs, et qui les rend si susceptibles d’ébranlement « et de vibration, est si grossièrement imaginée, qu'il serait « ridicule de s’occuper sérieusement à la réfuter. » Les grandes connaissances de M. Quesnay sur l’économie animale et l'esprit philosophique avec lequel il les expose, sont une autorité qui a plus de force que tout ce que je pourrais dire contre ce mécanisme des ébranlemens. C’est pourquoi, au lieu de combattre cette supposition, je me bornerai à faire voir qu’elle n'explique rien.

raisons qui prouvent qu'elles sont sensibles. Mais il ne pourra jamais conclure que le sentiment soit uniquement l'effet d’un mouvement qui se transmet des organes au sens intérieur, et quise réfléchit du sens intérieur aux organes. Il ne suffit pas de prouver d’un côté que les bêtes sont sensibles , et de supposer de l’autre que ce sont des êtres purement matériels : il faut expliquer ces deux propositions l’une par l’autre. M. de Buffon ne l’a point fait, il ne l’a pas même tenté : d’aïlleurs la chose est impossible. Cependant il ne croit pas qu'on puisse avoir des doutes sur son hypothèse. Quelles sont donc les démonstrations qui doivent si bien les détruire ?

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