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vue, nous dirons que les ébranlemens ne sont que dans le nez, et que par conséquent l’animal ne sent qu’en lui-même tous les objets odoriférans. Mais, dira-t-il, l'odorat est dans les bêtes bien supérieur aux autres sens : c'est le. moins obrus de tous. Cela est-il donc bien vrai? L'expérience confirme-t-elle une proposition aussi générale ? La vue n’a-t-elle pas l'avantage dans quelques animaux, le toucher dans d’autres, etc.? D’ailleurs, tout ce qu’on pourrait conclure de cette supposition, c’est que l’odorat est de tous les sens celui où les ébranlemens se font avec le plus de facilité et de vivacité mais pour être plus faciles et plus vifs, je ne vois pas que ces ébranlemens en indiquent davantage le lieu des objets. Des yeux qui s’ouvriraient pour la première fois à la lumière ne verraient-ils pas encore tout en eux, quand même on les supposerait beaucoup moins obtus que l’odorat le plus fin :?
Cependant dès qu'on se contente de répéter les mots instinct, appétit, et qu’on adopte à ce sujet les préjugés de tout le monde, 1l ne reste plus qu’à trouver dans le mécanisme la raison des actions
* Ce mot obtus explique pourquoi l’odorat ne donne pas des mouvemens déterminés à l’enfant nouveau-né : c’est que ce
‘sens, dit-on, est plus obtus dans l’homme que dans l'animal. (In-4°, tom. 4,p. 35; in-12 , tom. 7, p-48, 49.) Obtus ou non,
il n’y a rien dans ce sens qui puisse faire soupconner qu'il y ait de la nourriture quelque part.
des animaux; c'est aussi là que M. de Buffon va le chercher : mais il me semble que ses raisonnemens démontrent l'insuffisance de ses principes ; j'en vais donner deux exemples.
Ayant supposé ur chien qui, quoique pressé d’un violent appétit, semble n'oser toucher, et ne touche point en effet à ce qui pourrait le satisfaire, mais en même temps fait beaucoup de mouvemens pour l’obtenir de la main de son maître, il distingue trois ébranlemens dans le sens intérieur de cet animal. L’un est causé par le sens de l'appétit, et il déterminerait, selon M. de Buffon; le chien à se jeter sur la proie ; mais un autre ébranlement le retient, c'est celui de la douleur des coups qu'il a reçus pour avoir voulu d’autres fois s'emparer de cette proie. Il demeure donc en équilibre, parce que ces deux ébranlemens, dit-on, sont deux puissances égales contraires, et qui se détruisent mutuellement. Alors un troisième ébranlement survient; c’est celui qui est produit lorsque le maître offre au chien le morceau qui est l’objet de son appétit; et, comme ce troisième ébranlement n'est contre-balancé par rien de contraire, il devient la cause déterminante du mouvement. (An-4°, tom. 4, p. 38, etc. ; in-12, tom. 7, p. 53, etc.)
Je remarque d’abord que si c'est À, comme le prétend M. de Buffon, tout ce qui se passe daus ce chien , il n’y a en lui ni plaisir, ni douleur, ni sensation : il n’y a qu'un mouvement qu'on appelle
ébranlement du sens intérieur matériel, et dont on ne saurait se faire aucune idée. Or, si l’animal ne sent pas, il n’est intéressé ni à se jeter sur la proie ni à se contenir.
Je conçois, en second lieu, que si le chien était poussé, comme une boule, par deux forces égales et directement contraires , 1l resterait immobile, et qu’il commencerait à se mouvoir lôrsque l’une des deux forces deviendrait supérieure. Mais avant de supposer que ces ébranlemens donnent des déterminations contraires, 1l faudrait prouver qu’ils donnent chacun des déterminations certaines : précaution que M. de Buffon n’a pas prise.
Enfinilme paraît que le plaisir et la douleur sont les seules choses qui puissent se contre-balancer, et qu’un animal n’est en suspens, ou ne se détermine , que parce qu'il compare les sentimens qu'il éprouve, et qu'il juge de ce qu'il a à espérer ou de ce qu’il a à craindre. Cette interprétation est vulgaire, dira M. de Buffon, j'en conviens; mais elle a du moinsunavantage, c'estqu'on peutlacomprendre. Les explications qu’il donne des travaux des
abeilles nous fourniront un second exemple : elles n’ont qu'un défaut , c'est de supposer des choses tout-à-fait contraires aux observations.
Je lui accorde que les ouvrages de dix mille au- . tomates seront réguliers, comme il le suppose (in-4°, tom 4, P- 98; in-12, tom. 7, p. 140), pourvu que les conditions suivantes soient rem-
plies; 1° que dans tous les individus la forme extérieure etintérieuresoitexactement lamême; 2° que le mouvement soit égal et conforme; 3° qu'ils agissent tous les uns contre les autres avec des forces pareilles; 4° qu’ils commencent tous à agir au même instant ; 5° qu'ils continuent toujours d'agir ensemble; 6° qu'ils soient tous déterminés à ne faire que la même chose, et à ne la faire que dans un lieu donné et circonscrit.
Mais il est évident que ces conditions ne seront pas exactement remplies, si nous substituons dix mille abeilles à ces dix mille automates, et je ne conçois pas comment M. de Buffon ne s’en est pas aperçu. Est-il si difficile de découvrir que la forme extérieure et intérieure ne saurait être parfaitement la même dans dix mille abeilles ; qu'il ne saurait y avoir dans chacune un mouvement égal et conforme, des forces pareilles ; que, ne naissant pas et ne se métamorphosant pas toutes au même instant, elles n’agissent pas toujours toutes ensemble; et qu’enfin, bien loin d’être déterminées à n’agir que dans un lieu donné et circonscrit, elles se répandent souvent de côté et d'autre?
Tout ce mécanisme de M. de Buffon n’explique donc rien : : il suppose au contraire ce qu'il
: On vient de traduire une Dissertation de M. de Haller sur l’irritabilité. Ce sage observateur de la nature, qui sait généraliser les principes qu'il découvre, et qui sait surtout les restreindre, ce qui est plus rare et bien plus difficile, rejette
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faut prouver. Il ne porte que sur les idées vagues d’instinct, d'appétit, d’'ébranlement, et 1l fait voir combien 1l est nécessaire d'accorder aux bêtes un degré de connaissance proportionné à leurs besoins.
Il y a trois sentimens sur les bêtes. On croit communément qu'elles sentent et qu'elles pensent ; les Scolastiques prétendent qu’elles sentent et qu’elles ne pensent pas, et les Cartésiens les prennent pour des automates insensibles. On dirait que M. de Buffon, considérant qu'il ne pourrait se déclarer pour l’une de ces opinions, sans choquer ceux qui défendent les deux autres, a imaginé de prendre un peu de chacune,
- de dire avec tout le monde que les bêtes sentent,
toute cette suppbsition des ébranlemens. Il ne croit pas qu’on puisse découvrir les principes de la sensibilité. « Tout ce qu’on .« peut dire là-dessus, dit-il, se borne à des conjectures que je « ne hasarderai pas : je suis trop éloigné de vouloir enseigner ‘« quoi que ce soit de ce que j'ignore ; et la vanité de vouloir « guider les autres dans des routes où l’on ne voit rien soi- « même, me paraît le dernier degré de l'ignorance.» Mais en vain, depuis Bacon, on crie qu'il faut multiplier les expériences, qu’il faut craindre de trop généraliser les principes, qu'il faut éviter les suppositions gratuites : les Bacon et les Haller n'empécheront point les physiciens modernes de faire ou de renouveler de mauvais systèmes. Malgré eux, ce siècle éclairé applaudira à des chimères, et ce sera à la postérité à mépriser toutes ces erreurs, et à juger de ceux qui les auront approuvées. | M. de Haller a réfuté solidement le système de M. de Buffon sur la génération, dans une préface qui a été traduite en 1751.
avec les Scolastiques qu’elles ne pensent pas, et avec les Cartésiens que leurs actions s’opérent par des lois purement mécaniques.
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