III
Suffit-il de les prononcer pour rendre raison des choses ? |
12. Comment l'odorat , ébranlé par les émanations du lait, montre-t-1l le lieu de la nourriture à l'animal qui vient de naitre ? Quel rapport y a-t-il entre cet ébranlement qui est dans Fanimal et Le lieu où est la nourriture ? Quel guide fait si sûrement franchir ce passage ?
13. Peut-on dire que, parce que l’odorat est en nous plus obtus , il ne doit pas également instruire l'enfant nouveau-né ?
14. De ce que les organes sont moins obtus, s’ensuit-il autre chose sinon que les ébranlemens du sens intérieur sont plus vifs? Et, parce qu'ils sont plus vifs , est-ce une raison pour qu’ils indiquent le lieu des objets ?
15. Si les ébranlemens qui se font dans le nerf, qui est le siége de l’odorat, montrent si bien les objets et le lieu où ils sont, pourquoi ceux qui se font dans le nerf optique n'’ont-ils pas la même propriété ?
16. Des yeux qui seraient aussi peu obtus que l’odorat le plus fin, apercevraient-ils dès le premier instant le lieu des objets ?
17. Si l'on ne peut accorder à la matière le senment , la sensation et la conscience d’existence, sans lui accorder la faculté de penser , d'agir et de sentir à peu près comme nous, comment se peut-il que les betes soient douées de sentiment , de sen-
sation, de conscience d'existence ,etqu’ellesr’aient cependant pas la faculté de penser ?
18. Si la sensation par laquelle nous voyons les objets simples et droits n'est qu’un Jugement de notre âme occasioné par le toucher, comment les bêtes qui n’ont point d'âme, qui ne jugent point, parviennent-elles à voir les objets simples et droits ?
19. Ne faut-il pas qu’elles portent des jugemens pour apercevoir hors d'elles les odeurs , les sons et les couleurs ?
20. Peuvent-elles apercevoir les objets extérieurs et n’avoir point d'idée ? Peuvent-elles sans mémoire contracter des habitudes et acquérir de l'expérience ?
21. Qu'est-ce qu’une réminiscence matérielle, qui ne consiste que dans le renouvellement des ébranlemens du sens intérieur matériel ?
23. De quel secours serait une mémoire ou une réminiscence qui rappellerait les sensations sans ordre, sans liaison, et sans laisser une Impression détermnée ?
23. Comment les bêtes joignent-elles les sensations de l’odorat à celles des autres sens? comment combinent-elles leurs sensations ? comment s’instruisent-elles st elles ne comparent pas, &i elles ne jugent pas ?
24. Parce que le mécanisme suffirait pour rendre ratson des mouvemens de dix mille automates
qui agiraient tous avec des forces parfaitement égales , qui auraient précisément la même forme intérieure et extérieure, qui naïîtraient et qui se métamorphoseraient tous au même instant , et qui seraient déterminés à n'agir que dans un lieu donné et circonscrit, faut-il croire que le mécanisme suffise aussi pour rendre raison des actions de dix mille abeilles qui agissent avec des forces inégales , qui n’ont pas absolument la même forme intérieure et extérieure, qui ne naissent pas et qui ne se métamorphosent pas au même instant ; et ” qui sortent souvent du lieu où elles travaillent ?
25. Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas s'occuper de la manière dont se doit plier l’aile d’un scarabée ? Comment se plierait cette aile si Dieu ne s’en occupait pas?
26. Comment des lois pour chaque espèce particulière chargeraient-elles et embarrasseraientelles sa volonté? Les différentes espèces pourraient-elles se conserver si elles n'avaient pas chacune leurs lois ?
27. De ce que les images se peignent dans chaque œil, et de ce qu’elles sont renversées, peutoù conclure que nos yeux voient naturellement les objets doubles et renversés? Y a-t-1l même des images sur la rétine? Ÿ a-t:1l autre chose qu'un ébranlement? Cet ébranlement ne se borne-t-il pas à être la cause occasionelle d’une modification de l’âme ? et une pareille modification peut-
elle par elle-même représenter de l'étendue et des objets ?
28. Celui qui, ouvrant pour la première fois les yeux, croit que tout est en lui, discerne-il ha voûte céleste, la verdure de la terre, le cristal des eaux ? Déméle-t-il mille objets divers ?
29. Pense-t-1l à tourner les yeux, à fixer ses regards sur des objets qu'il n’aperçoit qu’en luimême ? sait-il seulement s’il a des yeux?
30. Pense-t-1l à se transporter dans un lieu qu'il ne voit que sur sa rétine, et qu'il ne peut encore soupçonner hors de lui ?
31. Pour découvrir un espace extérieur , fautil qu'il s'y promène avant de le connaître, et qu'il aille, la tête haute et levée vers le ciel, se heurter contre un palmier ?
Je néglige plusieurs questions que je pourrais faire encore; mais je pense que celles-là suffisent.
SECONDE PARTIE