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45v TRAITÉ
Ce qui çontribue surtout à notre bonheur, c'est cette activité que la multitude de nos besoins nous a rendue nécessaire. Nous ne sommes heureux qu’autant que nous agissons, qu'autant que nous exerçons nos facultés; rious ne souffrons, par la perte d’un. bien, que parce qu’une partie de l’activité de notre âme demeure sans objet. Dans l'habitude où nous sommes d’exercer nos facultés sur ce que nous avons perdu , nous ne savons pas les exercer sur ce qui nous reste, et nous ne nous cousolons pas. :
Ainsi nos passions sont plus délicates sur Les moyens propres à Les satisfaire : elles veulent du choix ; elles apprennent de la raison qu’elles interrogent, à ne point mettre de différence entre le bon et l’honnête, entre le bonheur et la vertu, et c’est par là surtout qu'elles nous distinguent du reste des animaux.
in-12, tom. 7, p. 115.) Dans le vrai l’un et l’autre est bon ou mauvais ; mais M. de Buffon ne considère le physique de l'amour que par le beau côté, et il l'élève bien au-dessus de ce qu'il est, puisqu'il le regarde comme la cause première de tout bien, comme la source unique de tout plaisir. I] ne considère aussi le moral que par le côté qui ravale l’homme, et il trouve que nous n’avons /ait que gâter la nature. Si j'envisageais l'amour par les côtés que M. de Buffon a oubliés, il me serait aisé de prouver qu’il n’y a que le moral de cette passion qui soit bon, et que le physique n’en vaut rien ; mais je ne ferais qu’abuser des termes sans pouvoir m’applaudir d’une éloquence que je n'ai pas, et dont.je ne voudrais pas faire çet usage quand je l'aurais.
On voit par ces détails comment d’un seul dé- : sir, celui d’écarter la douleur, naissent les passions dans tous les êtres capables de sentiment ; comment des mouvemens qui nous sont communs avec les bêtes, et qui ne paraissent ghez elles que l'effet d’un instinct aveugle, se transforment chez nous en vices ou en vertus; et comment la supériorité que nous avons par l'intelligence, nous rend supémeurs par le côté des passions.
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