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CHAPITRE VIII

Conjectures sur le culte religieux des anciens peuples. A.c;cnncté Le cultc d'un seul Dieu, créateur de toirtes

aeridolilrie.

choses , se conserva tant que les enfans de Noé se souvinrent de l'arche qui les avait sauvés. Mais,

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dans la dispersion , la religion s'altéra, et bientôt après elle fîit tout-à-fait défigurée. Il faut que le polythéisme ait été bien prompt et bien rapide, puisque les ancêtres d'Abraham adoraient les idoles , et que les traditions profanes les plus anciennes nous représentent tous les peuples plongés dans l'idolâtrie.

Nous allons, Monseigneur, observer les hommes dans cet état où ils ont oublié le Dieu qui les a faits. Plus vous réfléchirez sur les erreurs où ils tombent, lorsqu'il les abandonne, plus vous sentirez ce qu'ils lui doivent , lorsqu'il les éclaire. C'en est assez pour vous faire comprendre l'importance de cette recherche.

L'homme semble chercher la divinité dans toutes Liumneeroit

▼oir la divinilé

les choses qui l'avertissent de sa dépendance ; et fe" dîïîM-" si sa vue , couverte d'un nuage, ne perce pas jus- **" ' qu'au vrai Dieu , il s'arrête sur ce qu'il voit , et il prend pour autant de dieux tous les objets dont il dépend.

Le soleil sans doute a été la première divinité , usârtmon*

^ ételMprennèrcs

des nations idolâtres. Ses bienfaits paraissaient uJi^ldiiâtîT" exiger un culte, et ce culte remonte à la plus haute antiquité. On voit les peuples chercher dans le feu un symbole propre à leur rendre cette divi- \

nité toujours présente, conserver ce feu avec superstition , et l'adorer.

Du culte du soleil on passa au culte de la lune, des astres, des çieux, de la terre , de ses parties ,

de la nature entière; en un mot, le culte ne se dirigea que sur des objets sensibles , parce que ce sont là des objets que les hommes regardaient avec crainte ou avec amoiir, et qu'ils ne portaient pas leurs regards au delà.

nhîumedîr. L'astronomie a été une des premières études dîm^M.'**"* des peuples cultivateurs. Le besoin fit faire les premières découvertes : la curiosité en fit faire de nouvelles, et on crut bientôt connaître parfaitement les cieux. Alors on fit un mélange des observations astronomiques et des dieux qui étaient adorés : les vérités et les mensonges se confondirent , et le polythéisme parut une science raisonnée.

Les Égyptiens et les Assyriens , qui ont les premiers cultivé l'astronomie , ont aussi les premiers donné naissance aux systèmes d'erreurs que les idolâtres ont adoptés. Ces peuples , de tous temps, peu capables d'apprécier les expressions dont ils se servaient, ont toujours aimé les hyperboles et les allégories; et ce goût, entretenu et augmenté par l'usage de l'écriture hiéroglyphique, a été la source d'une multitude d'opinions absurdes. Les allégories employées dans les hiéroglyphes , passant dans le langage, perdirent insensiblement leur sens figuré : on s'accoutuma peu à peu à les prendre littéralement, et elles furent une occasion de personnifier la nature, ses différentes parties, tout, jusqu'aux êtres moraux. On donna à

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icune de ces choses différens caractères; on les agir, et on crut expliquer l'origine, la formation et Tordre de l'univers. Un système de cosmogonie , déjà fort absurde par lui-même , le devint tous les jours davantage par les nouvelles allégories dont on l'enveloppait. Susceptible de mille interprétations différentes, il prit avec le temps toutes les formes que l'imagination voulut lui donner; et c'est alors que tout devint dieu, le chaos, le jour, la nuit, le sommeil, les songes, les passions , les vertus, les vices , en un mot tout ce qui pouvait être regardé comme objet de crainte ou d'amour.

C'est à ce goût pour les allégories qu'il faut coh« kb^o attribuer l'origine du culte rendu aux animaux. Sans doute les animaux ne furent d'abord employés dans l'écriture hiéroglyphique, que comme des signes propres à faire connaître les <)i£Férens caractères des dieux ; mais vous comprenez que c'en fut assez pour confondre dans la suite le symbole avec la divinité. On crut qu'un dieu avait pris la figure d'un animal, parce que cet animal avait été choisi pour le caractériser. Ce. merveilleux plut; ces métamorphoses parurent naturelles, et on en imagina uniquement pour le plaisir d'en imaginer. Je conjecture que l'opinion de la métempsycose est également née de quelques allégories , qui ont donné lieu de penser que le même homme avait passé par plusieurs métamorphoses.

Cnlte icadv ux kornaiM.

Toutes ces absurdités n'appartienneut pas sans doute aux temps antérieurs à la vocation d'Abraham; mais j'anticipe pour n^y plus revenir. Il nous reste à parler du culte rendu aux hommes. Voyons comment il a pu s'introduire.

Aussitôt que leS hommes ont eu des chefs , ils ont su leur donner des démonstrations de leur crainte , de leur reconnaissance , de leur amour et de leur respect. Mais on ne peut pas dire qu'aussitôt qu'ils ont connu des dieux , ils ont su les honorer ; on ne peut pas même dire qu'ils se sont fait des dieux aussitôt qu'ils se sont fait des chefs. Les hommages rendus aux chefs sont donc antâ*ieurs au culte rendu aux dieux.

La première fois que les peuples ont voulu établir un culte , c'est-à-dire la première fois qu'ils ont voulu donner à la divinité des marques extérieures de respect et d'amour , ils n'ont donc pu foire autre chose que de se servir des démonstrations dont ils se servaient déjà pour témoigner ces sentimens à leurs chefs; et par conséquent les hommages qu'ils rendaient à leurs chefs , ils les ont rendus aux dieux.

On croit que dès les commencemens des sociétés, on a imaginé de mettre parmi les dieux les citoyens qui avaient rendu de grands services , et on accuse les hommes qui ont été adorés les premiers , d'avoir voulu asurper les honneurs divins. On suppose que danâ tous les temps on a su ^

comme aujourd'hui, distinguer entre les démonstrations d'amour et de respect qu'on doit à la divinité, et les démonstrations d'amour et de respect qu'on rend aux grands de la terre; et on juge en conséquence que c'est par dépravation qu'on a confondu ces choses.

Il me semble néanmoins que cette erreur est dans son origine une méprise plutôt qu'ime profanation; et je conjecture qu'il en est des apothéoses comme des conquêtes : on n'en a fait avec dessein qu'après qu'on en a eu fait sans avoir eu dessein d'en faire.

En effet, le culte rendu à la divinité ayant été imaginé d'après les hommages rendus aux chefs, on ne pouvait parler d'un roi dont la mémoire était chère que comme on aurait parlé d'un dieu. Les marques d'amour, de respect, de reconnaissance, les titres, les noms, tout était commun. Par-là, tout fiit bientôt confondu : les dieux devinrent des hommes, et les hommes devinrent des dieux. Telle est Forigine de ces fables,. qui, d'un côté, font régner les dieux sur la terre, leur donnent nos passions, nos vertus, nos vices, et qui, de l'autre, placent les souverains dans les cieux , et leur confient le gouvernement de l'univers. Il était naturel de confondre dans une même personne les actions d'un roi et les attributs d'une divinité : il serait même difficile de comprendre que cela ne fût pas arrivé.

Dès qu'une fois ce désordre a été introduit, c'est alors qu'on a fût des apothéoses avec le projet d'en faire : c'est alors qu'il s'est trouvé des monarques qui ont voulu jouir des honneurs divins , et qu'on a vu des peuples empressés à les leur offrir.

dtdiîinSiS^ D'après les observations que nous venons de faire 9 on peut distinguer trois sortes de divinités dans le polythéisme des anciens peuples. Les premières habitaient les cieux, et elles se multiplièrent à mesure qu'on remarqua des astres auxquels on crut pouvoir attribuer quelque influence. Lès secondes n'étaient que des idées allégoriques, qui , ayant servi à expliquer de mauvais systèmes de cosmogonie , furent prises pour les dieux qui avaient formé le monde. Enfin , les dernières sont des hommes que l'ignorance confondit avec les dieux , parce que le culte religieux ne différait pas des hommages rendus aux grands de la terre. Tout cela ensemble a fait un chaos qu'il n'est plus possible de débrouiller.

cuhT'^SrL^ Vous voyez, Monseigneur, que le culte idolâtre ^4ui»iit. ^>^g^ formé comme tous les autres établissemens. Il est l'ouvrage des circonstances : il a été modifié différemment suivant les opinions que le hasard a fait naître ; et , ayant été reçu par un consentement tacite , il a été consacré par les coutumes qui ont été généralement adoptées.

Les monarques^ parce qu'ils présidaient à tout.

ont présidé à ce culte. Cependant ils n'en sont pas les premiers instituteurs : ils y ont seulement coopéré , comme ils coopéraient à tous les usages qui s'établissaient.

Le sacerdoce était donc réuni dans leur personne avec le sceptre. Les monumens des nations les plus anciennes le prouvent : d'ailleurs il était naturel que, dans les cérémonies religieuses, ils' continuassent d'être les chefs du peuple.

Il y a eu des guerres , avant qu'il y ait eu une discipline militaire : de même, il y a eu un culte, avant que les cérémonies religieuses aient été réglées. A mesure que la société s'éclaira , on reconnut qu'il importait d'avoir quelque chose de mieux déterminé sur l'un et l'autre de ces objets; et alors le monarque^ en qualité de pontife, fit des réglemens sur le culte, comme, en qualité de général , il en fit sur la discipline militaire.

Il choisit parmi les cérémonies reçues : il en rejeta quelques-unes, il fit quelques changemens à d'autres, et il parut à la postérité le premier auteur du culte qu'il n'avait fait que régler. Ses réglemens, s'ils furent faits avec sagesse, affermirent son autorité , donnèrent de la force aux lois, et adoucirent les mœurs du peuple.

Tant que sa domination fut bornée au territoire d'une ville , il put exercer lui seul les fonctions de pontife et celles de général. Mais , ne pouvant plus vaquer également aux unes et aux

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autres , lorsque sa domination fut plus étendue , il partagea le sacerdoce avec des citoyens qu'il choisit à cet effet , et il resta le premier des pontifes. Sur la fin de la seconde période, il y avait déjà des corps de prêtres en Egypte.

Par cet établissement, les prêtres , se trouvant n'avoir d'autres intérêts que ceux du monarque , eurent beaucoup d'influence dans le gouvernement. Ils furent regardés comme juges souverains de tous les différens qui pouvaient naître ; et ils jouirent d'une autorité et d'une considération qu'ils devaient k leur caractère et à l'opinion qu'on avait de leur savoir.

vtwtié des Si mes conjectures ne sont pas le tableau exact

conjecturas pr^- ^ ^ * ^

c^entM. Je QQ qpi ^^i arrivé dans des siècles aussi peu connus , elles vous font voir au moins les efiEets qu'a dû produire le caractère général de l'esprit humain , dans les circonstances où nous avons supposé les hommes. Vous avez vu le commencement des lois , de l'idolâtrie et des monarchies ; vous avez vu celui de la puissance royale, qui comprenait alors le pouvoir législatif, le pouvoir sacerdotal , et le commandement des armées : enfin , vous avez vu le commencement de tout ce qui a concouru à former les sociétés civiles. Voilà , Monseigneur , ce que je m'étais proposé de mettre sous vos yeux; et il me semble que les observations que nous avons faites doivent vous préparer à étudier l'histoire avec plus d'intelligence.

AirciEirNE.

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