CHAPITRE IX
Troisième période de 43 o ans, depuis la vocation d* Abraham jnsqa'à la loi écrite.
Ninus et Sémiramis n'ont pjx régner que dans L<sAsiTr!«iis. cette période, et nous pouvons adopter l'opinion qui fait commencer l'empire d'Assyrie à la prise de Babylone par Nmus , sur la fin du sixième siècle , après le déluge. Je dis que nous poui^ons adopter cette opinion , parce qu'il nous importe [feu de savoir si elle est vraie ou si elle est fausse. Cet empire a fini sous Sardanapale , plus de huit cents ans après la mort de Ninias , et cet intervalle est tout-à-fait inconnu.
C'est sur la fin de cette période que parait avoir vtgj^it%0M% régné Sésostris, le plus célèbre des monarques qui ont gouverné l'Egypte. Destiné par son père à la conquête du monde , il fut élevé avec tous les enfans mâles qui naquirent le même jour que lui; et, comme eux , il s'endurcit aux fatigues et aux travaux de toute espèce.
Monté sur le trône, son premier soin fut d'assurer la ti'anquillité de ^s états , et de prévenir les troubles qui auraient pu naître en son absence. Dans cette vue, il divisa l'Egypte en trentesix nomes ou provinces, dont il donna le gouvernement à autant de personnes de confiance. On
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ajoute qu'il fit un nouveau partage des terres , et qu'il les distribua aux habitans par égale portion, ce qui aurait dû souffrir de grandes difficultés dans un pays qui pour lors nourrissait y dit-on , vingt-septmillionsd'habitans. Comment les grands propriétaires se seraient-ils laissé enlever leurs possessions ? et comment Sésostris, après les avoir mécontentés, aurait-il pu s'éloigner, et ne pas exposer son royaume à de grands troubles? Mais cette histoire , qui peut être vraie pour le fond , est romanesque dans bien des circonstances.
Il distribua encore, dit-on, ses sujets en autant de classes que de professions ; et il ne permit point aux enfans de quitter le métier de Jeurs pères, quand même ils auraient eu plus de taiens pour tout autre. Mais cet usage , tout-à-fait contraire aux progrès des arts, paraît avoir été plus ancien que ce monarque , et a été commun à tous Jies peuples de l'Asie.
Aprèsavoir tout réglé,Sésostris levades troupes, et il en donna le commandement aux jeunes gens avec lesquels il avait été élevé. Ils avaient alors quarante ans comme lui , et on prétend qu'il en restait mille sept cents : ce qui ne peut être , parce qu'il aurait fallu qu'il fût né en Egypte plus de dix mille enfans par jour, et qu'il y eût eu plus de soixante millions d'habitans^
* Voyez le calcul que fait à ce sujet M. Goguet, Origine des Lois , a* part. liv. i, ch. 3.
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On dit que rarmée de Sésostris était de six cent mille hommes de pied , de vingt - quatre mille chevaux , de vingt-sept mille chariots armés en guerre , et qu'il avait encore sur la mer Rouge une flotte de quatre cents vaisseaux. Après avoir défait les Éthiopiens , et les avoir rendus tributaires , il subjugua les Arabes, il soumit toutes les parties occidentales de l'Asie ; et, ayant passé l'Hellespont, il termina ses conquêtes dans la Thrace , où le défaut de vivres manqua £Éhre périr son- armée. Selon quelques-uns , il pa^sa le Gange , il traversa les Indes,, et il pénétra jusqu'à l'Océan oriental
Il n'employa que neuf ans à cette expédition. HP retour, il éleva un mur depuis Péluse jusqu'à Héliopolis , pour fermer l'Egypte aux peuples mêmes qu'il avait vaincus, et il ne parut occupé qu'à mettre ses états à l'abri d'une irruption semblable à celle qu'il venait de faire.
Il n'imagina donc pas de reculer les bornes de sa monarchie. Il avait dévasté des provinces, il avait pillé des peuples, il avait fait des captifs : ce fut là tout le fruit de son entreprise , et c'est aussi , comme nous l'avons remarqué , tout ce qu'on entendait ^^v faire des conquêtes y dans ces temps où, par la même raison qu'il était facile de s'ouvrir un pays , il était difficile de le conserver.
Pendant la paix, il bâtit des temples, il éleva des obélisques ; et, coupant TÉgypte par de
nonveaux eanaiix , il favorisa le commerce intérieur, facilita l'arrosement des terres , et opposa une nouvelle barrière aux invasions des ennemis.
Avant lui , on n'avait mis les villes à l'abri des inondations du Nil , qu'en contenant ce fleuve par des digues , qui , pouvant se rompre , exposaient les habitans à être submergés. Il fit construire des chaussées, sur lesquelles les villes qu'on bâtit parurent, dans le temps des débordemens , comme des îles %u milieu des eaux : on remarque au reste qu'il n'employa à ces ouvrages aucun Égyptien, et qu'il n'y fit travailler que les captifs qu'il avait faits dans ses expéditions.
On assure qu'il attelait à son char les souverains des nations vaincues, lorsqu'ils lui apportaient 1^ tributs qu'il leur avait imposés. Cette idée de grandeur, toute fausse qu'elle est, paraîts'associer avec celle qu'on se faisait alors d'un conquérant. Il était naturel de traiter en captifs les rois mêmes , puisqu'on ne prenait les armes que pour foire des captifs. Cependant il y a lieu de croire que les rois qui étaient trop voisins pour ne pas redouter Sésostris , étaient aussi les seuls qui s'exposaient à cette humiliation.
U parait que les révoltes avaient été fréquentes sous les prédécesseurs de Sésostris. C'est qu'ils avaient formé leur monarchie des débris de plusieurs royaumes , et que par conséquent ils ont eu long-temps à combattre des partis, (^ui devaient
toujours se relever, tant qu'ils n'étaient pas tout-àfait détruits. Pourprévenir depareilssoulèveniens, qui n'étaient plus à craindre , Sésostris amollit les Égyptiens. Mais, Monseigneur, il est, pour un souTerain, un moyen plus sûr de maintenir son autorité : c'est de la faire aimer. S'il règne plus despatiquement afprès avoir énervé ses sujets , il ne règne pas plus sûrement , parce qu'il manque de soldats pour défendre ses provinces contre l'étranger. Aussi l'Egypte sera - 1 - elle conquise toutes les fois qu'elle sera attaquée. D'autres monarchies vous prouveront combien cette pw^Htique, attribuée à Sésostris , est condamnable.
On voit que l'Egypte a été florissante sous les successeurs de ce conquérant. Mais, jusqu'à Bocchoris, nous connaissons peu les événemens de leur règne. Celui-ci régnait environ neuf cents ans après Sésostris.
Les Phéniciens , si célèbres dans l'antiquité , usPh^icSen.
paiaMns par ic
ont commencé dans le cours de cette période à se rendre puissans par le commerce ; et Sidon , leur capitale, pouvait être dès lors une ville florissante. Situés sur les côtes de la Palestine , dans un pays ingrat et stérile, ils ont été de bonne heure industrieux , parce qu'ils ont eu besoin de Fêtre. Des ports commodes semblaient leur ouvrir la mer: le mont Liban et d'autres montagnes leur offraient des bois de construction. Il ne faut donc pas s'étonner si, dans la nécessité d'aller cher-
commerce.
cher au loin des ressources qu'ils n'avaient pas chez eux , ils se sont appliqués à la navigation. Pour se rendre puissans sur terre , il eût fallu livrer des combats : il ne fallait que de l'industrie pour le devenir sur mer , où ils n'avaient point de concurrens.
Maîtres de la Méditerranée , ils s'enrichirent par le commerce. Ils pourvurent d'abord aux besoins d'absolue nécessité : ils s'en firent bientôt de sup^flus : ils créèrent de nouveaux arts , et il parait qu'ils firent à cet égard des progrès rapides.
On a remarqué que les Phéniciens ont eu les premiers des villes fortifiées. Ils en avaient dans le temps des guerres qu'ils ont soutenues contre les Israélites , ce qui prouve qu'ils en avaient sur la fin de cette période. En effet, c'était à eux, plutôt qu'aux autres peuples, à se mettre k l'abri des invasions auxquelles on était alors exposé : car ils avaient plus à perdre , et cependant le commerce, auxquels ils s'adonnaient uniquement, les rendait moins propres au métier des armes. Voilà à peu près , pour ces siècles , tout ce que nous savons des Phéniciens.
^J^Grtwiori Avec cette période commencent les temps fabuleux de la Grèce, jusqu'alors tout- à -fait inconnue.
De toutes les colonies venues d'Orient dans cette contrée , la plus ancienne dont l'histoire profane
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ait conservé quelque souvenir , c'est celle des Titans , qui passèrent le Bosphore au coromencenient de cette période , ou à la fin de la précédente. Alors les peuples de la Grèce étaient les Pélasges, les Aones, les Hiantes, les Léléges, et d'autres dont on ne connaît que les noms. Barbares au point d'errer sans chefs et sans discipline, ils n'avaient d'autres retraites que les antres et les cavernes; ils ne faisaient, point usage du feu ni des alimens convepables àThomme y et ils étaient féroces jusqu'à se manger les uns les. autres.
On représente Ourane, pète des Titans , comme un conquérant qui étend son empire sur la Thrace, la Grèce, l'Italie, les Gaules et l'Espagne. On veut dire sans doute que dans toutes les parties de l'Europe qu'il parcourait , il faisait fuir > devant lui les troupes de sauvages , ou qu'il en forçait quelques-unes à le suivre. En effet , on ne peut conquérir que des peuples cultivateurs. Us sont dans la nécessité de subir le joug , parce qu'ils tiennent aux champs qu'ils cultiyent. Quant aux sauvages , pour qui tous les lieux sont égaux, ils fuient lorsqu'ils ne sont pas les plus forts ; et , comme on ne saurait les chasser à la fois de toutes leurs retraites , on leur en laisse plusieurs pour une qu'on leur enlève. Comment les Titans auraient-ils étendu leur domination sur plusieurs provinces de l'Europe ? ils n'ont point bâti de villes , ils vivaient sous des tentes , ils n'étaient
eux-mêmes qu'une troupe errante. Ils ne dominaient donc que dans les cantons qu'ils habitaient; et , pour se soustraire à eux , il suffisait de s'éloigner.
La Grèce alors n'avait point de culte public ; et en effet il ne pouvait pas y en avoir parmi des sauvages qui n'avaient ni chefs ni discipline. On ne peut pas même dire cpielle idée ils se formaient des dieux , et on voit qu'ils ne les distinguaient pas encore par des noms différens. Ce sont les Titans qui, les premiers, leur apportèrent le culte de Saturne, de Jupiter, de Cérès, etc. ; ce qui a fait conjecturer que cette colonie venait d'Egypte , où ces dieux étaient honorés de temps immémorial.
Dans la suite, les Grecs confondirent le» dieux avec les Titans , qui les leur avaient apportés ; et en conséquence ils regardèrent comme des guerres que les âieuji s'étaient faites celles qui s'étaient élevées parmi les Titans , et dont il restait une tradition confuse. Telle a été la première origine des fables de la Grèce.
La colonie errante des Titans se détruisit ellemême par les guerres que se firent les chefs. H ne resta de toute cette race qti'Inachus, qui s'établit dans le Péloponèse , et qu'on regarc^e comme le fondateur du royaume d'Argos. Cependant il paraît que ce prince n'a fait aucun établissement fixe, et qu'il vivait sous des tentes. Il eut deux fils ,
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Phoronée et Egiaiée : k premier bâtit Argos, et le second fonda le royaume de Sicyone.
Ogygès , contemporain dlnachus , régnait dans i><j»g« ^'o- TAttique. Il eut de son mariage avec Thébé, fille de Jupiter, un fils nommé Eleusinus , qui bâtit la ville d'Eleusis. C'est pendant son règne que l'Attique a été ravagée par une inoïKlatioiï, dont le souvenir s'eât conservé sous le nom de déluge d'Ogjrgh.
Il n'y avait donc encore dans tonte la Grèce ,„^i,t^J^* "; que deux villes, Argos et Eleusis; mais elles sont K"I^ ^' l'époque de la révolution qm va tirer les Grecs de La baribarie. Ce commencement dé police est du aux connatssancea que les Titans avaient apportées : c'est tout L'effet qu^a produit leur irruption.. D'ailleurs la Grèce retomba bientôt dans son premier état ; et elle n'en fut retirée que plus de deux siècles après, lorsque de nouvelles colonies vinrent d'Egypte et de Phénicie.
i582 ans avant l'ère vulgaire, Cécrops, cMÎgi- ^^^?^^l^ naire d'Egypte , aborda dans TAttique , où Actée , qui régnait alors, lui donna sa fille en mariage. Ayant succédé à ce prince , dans' un temps où des pirates et des brigands infestaient VAttique , il fil sentir à ses sujets combien il leur imrportaitde se mettre à Tabri de pareilles incursions. Il leur ap* prit l'art de bâtir, et il fonda une ville, qu'il nomma Cécropie.
Cependant les Grecs n'avaient aucune idée de
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l'union conjugale : ils n'en avaient que de fort confuses de la divinité, et des hommages qui lui sont dus. C'est Cécrops qui, le premier, institua le mariage ; il régla le culte ; enfin il établit plusieurs tribunaux , et , entre autres , le fameux aréopage.
nJSf'Défu'r Après un règne de cinquante ans, il tnourut d<Dtac«iio>. ^^^g laisser de postérité; et Cranaûs, Athénien, lui succéda. Deux événemens ont rendu ce dernier règne mémorable. Le premief est le jugement rendu par l'aréopage, lorsque Mars et Neptune, deux princes qui régnaient dans la Thessalie , soumirent leur différent à la décision de ce tribunal* Le second est le déluge/de Deucalion, fils de Prométhée, qui régnait sur le mont Parnasse et dans la basse Thessalie.
cofiMii de. Après neuf ans de jècne , Cranaûs fut chassé
Anphictyons. * o '
par Amphictyon, dont on ignore l'origine. Alors régnait aux Thermopyles un autre Amphictyon , fils de Deucalion. C'est celui-ci qui forma une confédération de douze villes grecques , dont les députés devaient se rendre deux fois l'année aux Thermopyles. Cette assemblée , qui deviendra célèbre , fut nommée le conseil des Amphictjons '. cdmiii «p- C'est pendant le rèffne d'Amphictyon , roi wî[qM? *'***" d'Athènes, soixante - trois ans après Cécrops et
* M. Freret croit que ce conseil n'a été créé que soixante ou quatre-vingts ans après la guerre de Troie : mais j'ai suivi l'opinion la plus commune.
AiraENifE. 6t
i5i9 avant J.-C, que Cadrous apporta aux Grecs l'écriture alphabétique et plusieurs arts. Maître de la Béotie après plusieurs combats, il bâtit la Cadraée; et, pour repeupler le pays, dont il avait chassé les premiers habitans, il offrit un asile à iQus ceux qui se réfugieraient auprès de lui. Il est le premier qui ait introduit cet usage en Grèce. L'histoire de sa postérité a été une suite de malheurs et de catastrophes tragiques.
Enfin , huit ans après l'arrivée de Cadmus , d,,,^"^" ^* Danaûs vint d'Egypte dans l'Argolide , et enleva la couronne à Gélanor, le dernier des descendans d'Inachus.
Voilà les colonies qui ont le plus contribué à vtMiei«nip«
■■■ ' où ftt ieniénê
policer les Grecs. C'est vers le temps qu'elles s'éta- hnSifs*: burent que Sesostris , autant qu on peut le con- >«> «rt> >» nord jecturer, pénétra dans la Thrace, et montra les arts aux peuples de l'Asie mineiu*e , et à ceux du nord de la Grèce. A cette époque, les Grecs commencèrent à sentir la nécessité de se réunir, soit pour résister aux entreprises des étrangers , soit pour jouir des arts qui leur avaient été apportés.
6a HISTOIRE .