‹ Œuvres completesChapitre 9 sur 72 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Conjectures sur les premiers gouvememens. En continuant d'observer le caractère général u» eonj«c

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de l'esprit humain , et les circonstances où les ï«„7f*J„'î£j;; hommes se sont trouvés pendant la seconde pé-« «^''ûî^'^ ^"^

riode , nous pouvons faire des conjectures assez vraisemblables sur la manière dont les premières sociétés civiles se sont gouvernées. Si nous nous ti*ompons , nous aurons au moins l'avantage d'avoir étudié le gouvernement dans sa forme la plus simple; et cette étude, vous préparant à le suivre dans toutes les formes qu'il pourra prendre, vous donnera plus de facilité pour vous faire une idée exacte des gouvememens compliqués, u premier Daus les commeiiccmens , il n'y avait encore ni

(ovvernemciita ' •'

^^ moDMcbi- ^^^ j^j nations : il n'y avait que des familles dont le père était le chef.

Si dans la suite plusieurs familles se sont réunies, c'est que dans les commencemens elles se seront trouvées trop faibles contre les bétes féroces, ou contre d'autres familles ennemies.

Le motif de cette réunion les aiira donc forcées à marcher sous un chef; elles auront choisi celui qu'elles jugeaient plus propre aies conduire.

Le gouvernement d'un seul est donc celui que l'usage aura introduit le premier, et ce gouvernement se sera conservé , tant que les familles réunies auront eu à se défendre contre des ennemis communs. Etabli sans violence , l'usage le consacre ; on s'y accoutume ; on n'imagine pas qu'il puisse y en avoir d'autres.

Les peuples ne pouvaient pas encore penser à former des répiibliques pour se gouverner euxipémes. Il fallait que l'abus du pouvoir monar-

narqae.

AIVCIBNKE. 37

chique amenât cette révolution. Il était même naturel que l'on changeât de maître plutôt que de gouvernement, parce qu'on était prévenu pour la monarchie, à laquelle on était accoutumé.

Le monarque était général , législateur et juge. PtiiMj-w «-» Cependant quelque absolue que paraisse sa puissance , elle n'était pas illimitée ; les usages y mettaient des bornes. S'il y avait des coutumes qui lui étaient favorables , il y en avait qui lui étaient contraires , et qu'il n'aurait pu mépriser sans danger. Il trouvait même, en quelque sorte , dans les familles autant de souverains que de chefs ; car il n'est pas à présumer que la sor ciété, en se formant, ait exigé des pères qu'ils renonçassent à l'autorité que l'usage leur donnait sur leurs en&ns, et qui était telle, qu'ils avaient sur eux droit de vie et de mort.

Le roi, quoique chef de tout le peuple, avait donc à ménager d'autres chefs, qui se faisaient redouter. Ce n'est pas l'amour de la liberté, c'est l'ambition ou l'inquiétude des diiférens partis , qui occasionait des révolutions. Un chef détrôné était remplacé par un autre; et le gouvernement républicain ne pouvait pas s'élever sur les ruines du gouvernement monarchique. L'Asie n'a jamais produit de peuples libres.

La puissance des monarques était d'autant plus limitée, que leurs états avaient alors peu d'étendue. Une ville avec son territoire formait uq

royaume. Sous les yeux de tous les sujets, qui au besoin étaient autant 4e soldats , le roi n'en avait pas une partie à sa solde , pour gouverner l'autre arbitrairement; et il se voyait exposé à un soulèvement général , s'il abusait de son autorité. Ses fonctions étaient de rendre la justice , de marcher à la tête du peuple : il n'était législateur qu'autant que les lois étaient agréables; il paraissait moins les faire que les proposer.

En effet, il y a lieu de penser que les chefs de famille étaient au moins consultés dans toutes les occasions importantes. Ils étaient trop puissans pour qu'on négligeât toujours de prendre leurs avis. I/usâge de ne rien entreprendre de considérable sans leur aveu , sera donc devenu une loi.

Pour avoir plus de poids dans le conseil du prince, il sera sans doute arrivé qu ils auront conduit avec eux ceux de leurs enfans qui commençaient à se faire quelque réputation. Dans la suite, ils se seront même fait suivre de toute leur famille; et alors l'usage aura donné à tout le peuple assemblé quelque part dans le gouvernement. utfnmtkT- Les premières monarchies seront restées longut^déwSw temps dans l'état de faiblesse où nous nous les reai tm. pp^gçjj^Qug^ parce qu'on a été long-temps avant de penser à faire des conquêtes. Les rois étaient trop faibles pour former de grandes entreprises; et, s'ils en avaient formé, leurs sujets seraient difficilement entrés dans leurs vues : ils avaient

d'autres besoins. Le grand nombre de souverains, que les Israélites trouvèrent dans la Palestine, prouve que les circonstances n'avaient pas encore été favorables à l'agrandissement des monarchies.

D'ailleurs, toute l'histoire vous convaincra qu'en général les hommes n'imaginent de faire une chose que lorsqu'ils en ont déjà vu des exemples, et que par conséquent il faut, pour qu'on projette de la faire , qu'elle ait déjà été faite sans avoir été projetée. On n'aura donc ambitionné d'être conquérant que lorsqu'on aura vu des conquérans qui l'étaient sans avoir pensé à l'être.

Les premières monarchies étaient même trop FHf.nf pou-

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séparées pour former des entreprises les unes sur fr^'j.r'" les autres. Il est vraisemblable que les différens peuples, qui s'étaient fixés, avaient laissé entre eux des montagnes et des forêts , parce qu'ils auront choisi, pour s'établir, les lieux les plus faciles à cultiver. Le discoiu^ d^^raham à Loth , vous voyez devant vous toute la terre y parait prouver que les villes étaient en général fort éloignées les unes des autres , et qu'elles abandonnaient aux peuples pasteurs la plus grande partie des terres. Il est vrai que nous voyons une espèce de conquérant dans Codorlahomor, et c'est le plus ancien dont il soit parlé. Mais il a vécu siu* la fin de la période que nous observons, et d'ailleurs son expédition dans la Palestine est une preuve des grands intervalles que les monarchies laissaient

l«s p««plcs pasteurs ont le«

4o HUSTOIRE

entre elles. Elam , dont il était roi, est la Perse même. Or, si toutes les contrées qui séparaient la Perse de la Palestine avaient été occupées par des peuples cultivateurs, ils auraient eu bien des conquêtes à faire pour porter la guerre aux rois de la Pantapole.

Les peuples cultivateurs étaient donc peu faits KlïuliîùT pour être conquérans. Il n'en était pas de même des peuples pasteurs. Ne pouvant subsister qu'autant qu'ils changeaient continuellement de lieu, ils faisaient souvent , sans doute, des incursions dans les pays cultivés. S'ils ne pouvaient pas s'en rendre maîtres, ils pouvaient au moins les piller, et, dans les commencemens, ils n'avaient pas d'autre objet.

Après plusieurs guerres de cette espèce, les sociétés civiles, ayant éprouvé qu'elles ne pouvaient pas défendre leur récolte contre des irruptions subites , coAen tirent à payer un tribut pour n'être plus exposées au pillage; et de la sorte, le chef d'un peuple pasteur put avoir des rois tributaires dans toutes les provinces qu'il parcourait , et par conséquent dans des lieux fort éloignés les uns des autres.

Ces tributs devaient naturellement se multiplier. Ce fut assez d'en payer à un chef, pour être forcé d'en payer à plusieurs. Les sociétés ci^ viles se trouvèrent donc hors d'état de satisfaire à tous leurs engagemens; et les guerres, qu'elles;

ANGIEirirE. ^' I

avaient cru éviter, recommencèrent plus vivement que jamais.

Voilà le temps où commencent les conquêtes. iii«it<tne. Un peuple cultivateur est vaincu; il est exter- 'i"^""*miné , ou réduit en esclavage ; et les vainqueurs s'établissent dans le pays qu'ils ont conquis. Il se pourrait que Codorlahomor fôt Iç chef d'une troupe errante qui venait de se fixer. Si de tous temps il eût été établi dans la Perse , il serait difficile de comprendre qu'il eût eu des rois tributaires dans la Palestine.

Je conjecture donc que les peuples pasteurs ont été les premiers conquérans. Tels en effet paraissent avoir été les peuples qui ont conquis une partie de l'Egypte dans le cours de cette période. Mais ces conquérans , une fois fixés , se contentaient d'étendre leur domination sur les peuples voisins.' Ils n'imaginaient pas de traverser de vastes déserts pour subjuguer des nations éloignées : ou si, comme Codorlahomor, ils voulurent en exiger le tribut qu'ils leur avaient autrefois impo^, ils éprouvèrent des obstacles qui durent les dégoûter de pareilles entreprises.

Il n'étai| pas même facile , dans ces temps, de n n'Aait p» conserver sous sa domination les peuples voisins qu'on avait subjugués. Toujours prêts à secouer un joug auquel il n'étaient pas accoutumés, ils n'attendaient que le moment de pouvoir s'y soustraire ; et on ne pouvait pas les assu-»

"vcrdetcooqiiê^

4a HISTOIRE

jettir, comme on les pouvait yaincre. Il aurait fallu avoir toujours sur pied des troupes soudoyées t. il aurait fallu élever des places fortes ; et , au défaut de ces moyens , il aurait fallu une politique bien adroite et bien supérieure à des temps où Fart de gouverner était tout-à-fait ignoré. Les grandes monarchies sont l'ouvrage de plusieurs siècles.

«ie?rê^*'"r*it Dans l'impuissance de retenir les peuples sous i™inîî"V«r le joug, il devait amver, et il arriva en effet, que

tôt. que pour , / i i r • •

ronqo^rir. jes couquéraus les plus ammtieux ne portèrent leurs armes au loin que dans la vue de pilier et de détruire. Ils dévastaient tout sur leur passage ; ils exterminaient les nations ; ils ne laissaient la vie que pour donner des fers ; et, sans avoir reculé leurs frontières, ils revenaient avec du butin et des esclaves.

Vous voyez , Monseigneur , que les premières monarchies sont bien éloignées de cette grandeur qui éblouit aujourd'hui les peiiples, et qui malheureusement éblouit aussi les monarques.

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