‹ Œuvres completesChapitre 12 sur 72 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Qu'A était difficile aiix Grecs de se policer.

u Grt« ilîut L'histoire de la Grèce est , en quelque sorte , un tsp^asmstmt. ^^^g^ j^ toutcs les révolutions possibles. Après nous avoir représenté les Grecs dans Tétat le plus gros^er et le plus barbare, elle nous montre le «commencement des arts et des sociétés; et, nous faisant observer ces choses depuis leur origine jusqu'à leur perfectionnement, et depuis leur perfectionnement jusqu'à leur décadence, elle nous fera remarquer dans tous les genres d'études, les progrès et les erreurs de l'esprit humain. Les Grecs perfectionneront les arts qui leur ont été apportés : ils en créeront ^e nouveaux; ils feront une étude particulière de la législation ; ils imagin^Tont de nouvelles formes de gouvernement; et ils cultiveront avec passion toutes les sciences. Vous jugez donc. Monseigneur, combien leur histoire doit être instructive. Mais pour vous préparer à l'étudier avec fruit, il faut nous arrêter quelque temps sur les premiers siècles : il faut tâcher de démêler dans ces commencemens les circonstances, dont l'influence s'étendra jusque dans les siècles suivans.

deVdXent« La Grècc est coupée par une chaîne de mon-

barbarie.

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tagnes, qui, formant plusieurs sinuosités, et je- proYincei de u tant des branches de côté et d'autre, la divise en i;|^;^;7ee !« plusieurs vallées , et élève autour de chacune faS^'iûre/u des enceintes qui les ferment presque de toutes parts.

Cette disposition ne permettait pas aux étrangers de pénétrer facilement dans l'intérieur : elle était même un obstacle à la communication des sauvages; et les troupes, passant rarement d'un canton à un autre , erraient sur les montagnes et dans les vallées où chacun se trouvait.

En considérant cette position des différentes parties de la Grèce , cfti voit que les sauvages qui l'habitaient ne pouvaient se policer que bien lentement. En ^et, il y a deux choses également certaines : l'une, que les hommes ne font des découvertes qu'autant qu'ils ont des besoins; l'autre qu'ils ne ^conservent leurs découvertes qu'autant qu'ils peuvent se les communiquer. Si on les tenait tout*à-fait séparés, si on leur était tout moyen de copimunication , chacun , borné à sa propre ex^périence, serait condamné à recommencer les mêmes études : les découvertes des pères seraient perdues pour les enfans , et les dernières générations seraient aussi ignorantes que les premières. Ajoutons encore que dans cette supposition les besoins seraient en petit nombre, et que par conséquent ils conduiraient chaque individu k peu de connaissances. Besoins, société,

communication d'idées : voilà les machines qui ont élevé l'édifice des arts et des sciences.

Je ne veux pas dire que les sauvages de la Grèce, absolument isolés , fussent dans l'impuissance de vivre plusieurs ensemble. Mais d'un canton à l'autre, la communication était difficile. Il n'y avait donc que ceux d'un même canton , qui vivaient ensemble ; et les troupes qu'ils formaient , devaient être fort petites, parce que des montagnes et des vallées couvertes de bois , ne pouvaient nourrir que peu d'habitans.

Voilà pourquoi, jusqu'aux Titans, les Grecs ont vécu dans un abrutissetnent qu'on a peine à comprendre, se nourrissant de fruits, de plantes, de racines, telles qu'ils les trouvaient dans les bois, et n'imaginant seulement pas de s'attrouper sous un chef.

Dans de pareilles circonstances, il n'y avait que les enfans singulièrement bien constitués, qui pussent vivre âge d'homme. La population ne pouvait donc pas croître facilement, et cependant elle pouvait facilement diminuer par les inondations, auxquelles les vallées étaient exposées.

En effet, la Béotie est un bassin formé par des montagnes , et dans lequel les rivières n'ont leur écoulement que par des conduits souterrains. On voit encore des puits qui ont été taillés dans le roc pour descendre dans ces conduits et les net-

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Joyer : ce qui prouve qu'ils n'ont pas toujours laissé un libre passage aux eaux.

La Thessalie est également un bassin , et le fleuve Pénée se jette dans la mer par une embouchure si étroite, qu'il n'est pas difficile de comprendre qu'elle a pu se combler.

Par conséquent, quoique les déluges d'Ogygès et de Deucalion soient les seuls dont la tradition ait conservé le souvenir , on peut conjecturer qu'il y eu avait déjà eu plusieurs autres. Or, plus la Grèce aura été exposée à de pareilles inondations, moins elle se sera peuplée. Tout paraît donc confirmer la tradition' qui ^représente les Grecs épars de coté et d autre, et n'ayant presque pas de commerce ensemble.

Peut-être que de la conformité q^'on a remarquée dans leur langage, on croirait pouvoir conclure qu'ils communiquaient beaucoup entre eux. Mais cette conformité prouve seulement qu'ils avaient tous la même origine. Si d'un canton à l'autre, la langue primitive a été des siècles sans éprouver de grands changemens, c'est que pendant des siècles , l'ignorance a été la même partout, et que par conséquent on n'a pas senti le besoin d'enrichir le langage de nouveaux mots et de nouveaux tours. Il y aurait eu dans la Grèce autant de langues que de provinces, si les peuples s'étaient éclairés séparément, et sans avoir aucun commerce entre eux : mais c'est ce qui n'est pas arrivé.

leâTiuïïXnî Quoique les Titans n'aient point fait d'établie- Eïlardïuuî! semens fixes , on conjecture avec raison qu'ils ont enseigné l'agriculture aux Grecs, puis()u'ils leur ont apporté le culte de Cérès. On ne peut pas douter qu'ils ne la connussent eux-mêmes, et qu'ils n'aient été dans la nécessité de la cultiver. Leur peuplade parait avoir été trop nombreuse , pour avoir pu se passer de ce secours dans un pays qui nourrissait à peine ses premiers habitaus. Mais les guertes qu'ils se firent, ne permirent pas à l'agriculture de faire de grands progrès : ils se ruinèrent mutuellement, et ils disparurent bientôt; ou du moins ceux qui restèrent, se dispersèrent dans les bois, et se confondirent avec les anciens sauvages. Cette colonie, qui ne fit que passer, ne put donc pas tirer les Grecs de la barbarie. Pour une pareille révolution , il fallait qu'il en arrivât de nouvelles ; et cependant de nouvelles colonies ne pouvaient pas s'établir sans de grands obstacles.

Combien itt Les étrangers qui ont contribué à policër les

astres colonies O j. , r

T'i^i^t^^ Grecs s'établirent d'abord sur les côtes , soit parce que c était la position la plus avantageuse pour le commerce, soit parce qu'il était difficile de s'engager dans les bois et dans les montagnes. Les sauvages n'eurent rien de plus pressé que de s'éloigner. Ils voyaient la perte de leur liberté à rester, et ils ne prévoyaient pas ce qu'ils perdaient à fuir. Pouvaient-ils imaginer qu'il pût leur être

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avantageux de se faire des besoins qu'ils ne con* naissaient pas? Sentaient -ils la nécessité de ces choses dont les Égyptiens et les Phéniciens ne pouvaient pas se passer? Enfin une vie fixe et laborieuse pouvait-elle avoir quelque attrait pour eux?

Les premiers royaumes de. la Grèce étaient donc bien peu de chose. Un petit nombre de cabane» formait une ville et un royaume. Lors de Cécrops, il n'y avait que vingt mille âmes dans toute TAttique.

Il n'était pas même toujours nécessaire Je com^ mander dans une ville , pour être ce qu'on appelait alors un roi. Il suffisait d'être le chef d'une troupe, et de chasser toutes les autres d'un canton dont on se rendait maître. Tels ont été^ Inachus et Ogygès; et tels vraisemblablement ont été encore Neptune et Mars dans des temps postérieurs.

De pareils rois ne contribuaient pas à policer les Grecs. Ils dévastaient la Grèce : ils étaient le fléau desy^peuples fixés dans les villes : ce n'étaient dans le vrai que des chefs de brigands, dont il faudra purger la Grèce. Ils retarderont d'autant plus les progrès de la société, que le brigandage sera long-temps en honneur^ et qu'il faudra des héros pour le détruire.

A mesure que les étrangers établis sur les côtes ^ comment i«. pénétreront plus avant, les sauvages, vaincus par ^j*?**"^'***la force, ou gagnés par les manières avec lesquelles

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on les traitera, commenceront à connaître un nouveau genre de vie, et désireront d'avoir part aux avantages qui leur seront offerts. Quelcjuefois, chassés des lieux qu'ils habitaient, ils seront forcés de chercher un asile dans les villes qui s'ouvriront à eux. D'autres fois ils y seront attirés par des combats dont on leur donnera le spectacle. C'est un artifice que les colonies ont employé avec succès, et c'est de cet usage que naîtront dans la suite les jeux célèbres de la Grèce.

Combien let Cependant la disposition des différentes contrées

Grecs fuient ■ '

Sbir1i'/!Si,gîeî ^1^ 1^ Grèce en faisait autant de petits royaumes indépendans; et cette indépendance rendait les Grecs peu propres à subir le joug des lois. Autant les peuples sont portés 'à l'esclavage dans les grands empires, autant dans les petits états ils ont de peine à se soumettre à une autorité légitime. Les Grecs n'oublieront point qu'ils ont été libres : ils voudront toujours concilier une liberté sans bornes avec les avantages de la société; et cet esprit sera une source de désordres et de révolutions.

Les^irtneer. Ou dcvait douc trouvcr bien des obstacles à

qui vinrent a*ni

îiirnt^J^ «siel policer la Grèce, et cependant, pour les vaincre T*iniU prompt promptemcut, il eût fallu être plus habile que

temcnl le» ob»- '^ '

GÎècs'iiîîriiéi! 1^^ étrangers qui abordèrent dans cette contrée.

à M policer. QuQÎque la tradition fasse de Cadmus un fils du roi de Sidon, et de Danaûs un frère d'Éçyptus, qu'on dit être Sésostris même, on ne les connaît,

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dans le vrai, ni l'un ni Fautre, non plus que Cécrops; et cette origine, qu'on leur donne , doit être mise au nombre des fables imaginées pour embellir l'histoire de leur établissement.

D'un côté, rien n'était plus opposé à l'esprit des Égyptiens, que de songer à porter les arts chez d'autres peuples; et de l'autre, il est vraisemblable que lorsque les Phéniciens ont envoyé des colonies quelque part, ils n'ont eu d'autre objet que d'étendre leur commerce. De là je conjecture que ces étrangers qui abordèrent dans la Grèce étaient des aventuriers qui , i^'ayant aucune considération dans leur patrie, cherchèrent des établissemens dans les pays les moins fréquentés. Ils n'avaient sans doute que des connaissances bien imparfaites : car ils n'auraient pas quitté l'Egypte ou la Phénicie, pour alter exercer leurs talens parmi des sauvages.

Dans la période suivante, un'grand nombre de colonies sortirent de Sidon. Ce fut une suite des conquêtes de Josué. Cette ville, ne pouvant fournir à la subsistance de tous les Phéniciens pour qui elle fut un asile, leur donna des vaisseaux; et elle les répandit en Afrique , en Espagne et dans plusieurs îles.

On ne voit pas néanmoins qu'elle ait alors envoyé des colonies dans la Grèce, et c'est cepend|nt dans ceâ circonstances qu'elle aurait dû y former des établissemens : mais ce pays était

trop pauvre pour attirer Tattention d'une ville commerçante.

Au reste, quoique nous ayons lieu de conjecturer que Cécrops, Cadmus et Danaûs n'ont été que des aventuriers, il est certain qu'ils durent paraître comme des prodiges à des hommes dépourvus de toutes lumières; et la Grèce leur doit ses premières connaissances.

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