‹ Œuvres completesChapitre 14 sur 72 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des cérémonies religieuses et des effets qu'elles produiront.

temple».

<uie*spremi^n Lcs forêts out été Ics premiers temples des dieux de la Grèce , comme elles ont été les pre-

' Voyez sur ce.s^et une dissertation de M. Fréret. J'en ai tiré à peu près tout ce que je dis dans ce chapitre.

mières habitations des Grecs. En effet les dieux n'ont pu se fixer dans des édifices , que lorsque les hommes se sont fixés dans les villes. C'est vraisemblablement cette première habitation des dieux qui a introduit Tusage des bois sacrés qu'on élevait auprès des temples.

On ne se contenta pas d'adresser aux dieux ses , . stnif prières et ses vœux , on crut devoir leur offrir les choses qu'on imagina leur être agréables. Ces sacrifices eurent poiu* objet de les remercier, d'en obtenir de nouAgeaux bienfaits , ou d*apaiser leur colère; et ces motifs firent offrir, suivant les circonstances, des fruits, des animaux et des hommes.

Les cérémonies qui accompagiiaient les sacri- V*. ^'î" fices firent accourir aux pieds des autels; mais îîrrew'ÎBtNrien ne contribua plus à ce concours que l'usage où étaient les Grecs de ne point former d'entreprises sans avoir interrogé les dieux sur l'événement.

Les astres sont les premières divinités ; aussi J^^^^^^^^ furent-ils interrogés les premiers, et l'astrologie est la plus ancienne espèce de divination. L'influence de ces corps parut sensible; on crut qu'il n'y avait qu'à les observer pour juger de l'avenir. On étudia donc les cieux, et aussitôt rien n'y parut arriver naturellement. Les comètes , les nuages, les vents, le tonnerre, tout fut prodige et présage ; et pour mieux observer ces choses , on plaça les temples sur des lieux élevés.

nntUop.

Mais sans doute les Sacrifices sont agréables aux dieux. Pourquoi donc ne saisiraient-ils pas cette occasion de manifester leur volonté? Pourquoi ne lirait -op pas Tavenir dans les enti;ailles des victimes? On ouvrit donc les victimes.

Mais encore pourquoi des paroles échappées au hasard, un mouvement involontaire, un tintement d'oreille , un éternument fait à droite ou à gauche y une chute imprévue , un songe , etc. , ne seraient-ils pas autant d'avertissemens que nous donnent les dieux ? ne peuvent-ils pas se servir de ces moyens? Ils le peuvent , ils le font donc.

Au pied du mont Parnasse il y avait une cre-^ vasse dont on ne pouvait approcher sans entrer dans une espèce de fureur. Il en sortait une exhalaison qui faisait extravaguer. On prit cette exha* laison pour une inspiration , et on crut qu'un dieu voulait se commuoiquer. Aussitôt une Pythie monte sur le trépied , des prophètes l'entourent , ils recueillent les mots qui lui échappent, les interprètent, les mettent en vers, et on a des oracles. Ainsi s'est établi l'oracle de Delphes , le plus célèbre de la Grèce.

Celui de Dodone commença et s'accrédita avec la même fecilité. Une prétresse de Thèbes, enlevée par un marchand phénicien, et vendue en Grèce, se retira dans la ibrét de Dodone, bâtit une chapelle à Jupiter, promit des oracles; on accourut ^ et le dieu parla.

Quelque firossières que soient ces superstitions • . c«» »i»p«»t,-

^^ * O * * ' lions ont con-

ciles auront leur utilité, parce qu'elles pourront II*g«cÎ?""'

seules faire franchir aux, peuples les obstacles qui les séparaient. En se réunissant à Delphes , à . Dodone, etc., leurs mœurs commenceront à s'adoucir. Ils réfléchiront sur leur situation , ils se communiqueront leurs idées, et ils deviendront tous les jours plus sociables. C'est ce concours qui a fait créer le conseil des Amphictyons , formé des députés de plusieui^s peuples; efrce conseil , par son institution, devait contribuer à policer les Grecs.

Ce n'est pas qu'on doive, avec Denis d'Halicarnasse, regarder ce conseil comme une assemblée poUtique, où les Grecs traitaient des affaires d'état ^t des moyens de se rendre formidables aux bar* bares, en réunissant toutes leurs forces. Il est difficile de comprendre qu'ils eussent déjà des vues si étendues , et on ne voit pas pourquoi ils auraient pensé dès lors à se réunir contre les barbares, qui ne les attaquaient pas encore. Ce serait leur supposer trop de prévoyance.

Il est vrai que les villes qui jouissaient du droit d'Amphictyonat, avaient toutes un intérêt commun; et que cette considération qui les unissait , les mettait dans une situation à se doniiier mutuellement tous les secours dont chacune pouvait avoir besoin. Mais ce n'est pas dans le conseil des Amphictyons qu'elles traitaient leurs affaires pu-

rement politiques. Ce corps n'était encore que le gardien du temple et le juge des'différens que le concours pouvait faire naître , s'occupant de la police, réglant.les cérémonies religieuses, faisant respecter le culte, et ne s'armant que pour venger la divinité. Si dans la suite il se mêle des querelles des Grecs , il prendra la religion pour prétexte , et cela seul fera connaître l'esprit de sa première ^ institution.

9tmi\l^ïiux Le concours aux lieux où il y avait des oracles, licieuMi , con- rcudra plus freqjiens les leuxou les Grecs aimaient licerietGre». ^ moutrcr Icur force et leur adresse ; et ces jeux rendront eux-mêmes le concours plus grand . Dans ces siècles où l'adresse et la force étaient au rang des premières vertus, on ne pouvait pas imaginer des spectacles plus intéressans pour les peuples. C'est pourquoi ces jeuxse mêleront auxcérémonies religieusiBS , ils en deviendront une partie essentielle : on en donnera pour célébrer la mémoire des grands hommes ; les héros se feront une gloire de s'y distinguer , et la passion avec laquelle on y accourra de toutes parts , déterminera à les donner régulièrement dans des temps marqués. Les premiers de cette espèce sont ceux qu'institua Lycaon, qui régnait en Arcadie sur la fin de la troisième période. Quelque temps après, les jeux panathéniens commencèrent à Athènes sous Erichthonius.

Dans ces assemblées de la Grèce, on l'entre»

tenait d'actions héroïques , de merveilles , de fables. Tout ce qu'on voyait , tout ce qu'on entendait , entretenait le courage , portait à l'héroïsme , et faisait durer les préjugés utiles. Lk curiosité avait toute la vivacité que donne un commencement de connaissances; et la crédulité était grande, parce que l'ignorance rendait tout possible. Ainsi les mœui^ s'adoucissaient sans s'amollir ; on se portait aux grandes choses, parce qu'on en croyait de plus grandes; les prodiges fabuleux préparaient à de vrais^prodiges , et ces peuples, qui auparavant épars, se connaissaient à peine, commençaient à se regarder comme une seule et même nation, et à mépriser toutes les autres.

Voilà les temps où il faut d'abord observer les j;*AS!rî?ôl Grecs, parce qu'alors les circonstances leur fai- Cdî^rTî*

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saient prendre un caractère dont ils conserveront ■'*^* •*•"• toujours quelque chose. Crédules et superstitieux dans ces commencemens , ils continueront de l'être dans les siècles où ils seront plus éclairés. Mais ils auront aussi le même courage, la même activité, la même curiosité, la même passion pour le merveilleux , le même mépris pour les autres nations. Ils semblent , dès ces temps , se former pour les plus grandes vertus et poiu* les plus grands vices , pour le» plus grandes lumières et pour les plus grandes erreurs , en un mot , pour tout ce qui est grand.

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