‹ Œuvres completesChapitre 16 sur 72 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Cinquième période. Depuis rétablissement de l'arcbontat perpétuel chez les Athéniens, Fan to88 avant J. C. , jusqu'à l'arcfaontat rendu annuel l'an 6S4 : espace de 404 années.

Lorsqu'on voit lies peuplades qui erraient com- a.* atiiii. mencer à se fixer, ce changement doit être moms *^'««regardé comme les {nremiers temps des sociétés civiles , que comme les derniers de la vie errante. Elles ont encore la même inquiétude , qui aupa^ ravant les portait à changer continuellement d^ lieu. Elles s'attachent donc faiblement aux can-

tons où elles s'établissent : eUes ne s'y fixent qu'autant qu'elles y sont forcées ; et à la plus légère occasion , elles sont prêtes à les abandonner, parce qu'ayant peu de besoins, tous les pay^ leur paraissent égaux. Voilà la cause des émigrations continuelles qui se font dans le cours des périodes précédentes.

Nous observons surtout cette inquiétude dans les révolutions de la Grèce. Les temps de barbarie ont été longs : ceux qui se sontécoulés depuis la première ville bâtie jusqu'aux sociétés civiles répandues de toutes parts , ont été longs encore : et si , dans le siècle des héros , les Grecs paraissent se policer à l'envi , on les voit toujours également inquiets , chercher dans des entreprises au loin un aliment à leur inquiétude. Il est vrai qu'aprçs la guerre de Troie , la Grèce est quelque temps plus tranquille : mais cette tranquillité est l'effet de son épuisement , et c'est un état violent pour elle.

iuJs"'SSSiî^ La guerre des HéracUdes , qui la tire de cet état , w d£jHértcu- force à faire au dehors des émigrations , qui auparavant ne se faisaient que dans l'intérieur. Les peuples , qui tombent les uns sur les autres , et qui nç sauraient tous subsister dans des pays dévastés , cherchent de nouveaux établissemens dans l'Asie mineure , que la guerre de Troie a fait connaître , et qui o£fre un asile aux plus faibles et aux plus inquiets.

Les Éoliens , chassés du Péloponèse par les Dorîens, y abordèrent les premiers; ils y fondèrent douze villes , dont Smyrne fut la plus considérable ; et ils donnèrent le nom d'Éolide à la contrée où ils s'établirent.

Quelque temps après, Nilée, fils de Codrus, mécontent de n'avoir point d'autorité parmi les Athéniens, rassembla les Ioniens , qui, ayant aussi été chassés du Péloponèse , s'étaient réfugiés dans l'Attique ;. et , les ayant conduits sur les côtes de l'Asie mineure , il y fonda encore douze villes , Éphèse , Colophôn , Gasomèné , etc. ; et ce pays prit le nom dlonie.

Enfiri^vers le même teiaps , c'est-à-dire immédiatement après la guerre des Héraclides contre les Athéniens, les Doriens, qui eux-mêmes avaient chassé les autres, furent en partie obligés de sortir aussi de la Grèce. Les Héraclides , en reconnaissance des secours qu'ils en avaient reçus, leur avaient donné la Mégaride, qu'ils avaient enlevée aux Athéniens : mais , cette province ne suffisant pas à leur subsistance , ils se répandirent dans les îles de Crète ,-de Rhodes , de Cos ; et, ayant passé dans l'Asie mineure , ils bâtirent Halicarnasse , Cnide et plusieurs autres villes. Cette contrée fiit nommée Doride. Il est à remarquer que ces trois, peuples sont ceux qui jusqu'alors avaient paru les plus inquiets: ils s'étaient répandus à diverses reprises dans différentes parties de la Grèce.

Vous voye2*que ces colonies sont une suite de circonstances qui favorisaient les nouveaux établissemens , et qui dégoûtaient des anciens ; et vous jugez que si ces premiers réussissent , il s'en formera nécessairement beaucoup d'autres. Cet usage caractérisera particulièrement les Grecs, parce que les circonstances où ils se trouveront rendront pour eux les colonies plus nécessaires que pour les autres peuples* Mais il est plus anx:ien qu'eux : ce n'est , à le considérer dans son principe , qu'un reste de l'inquiétude des peuplades errantes.

, EpjJ3J,,y/» Ces premières transmigrations , qui se firent cîîîlièwdom!! dans le temps que la royauté devenait odieuse , portèrent avec elle l'amour de la liberté , et elles établirent sans obstacle le gouvernement républicaia partout où elles se fixèrent. Ces peuplades fiirent donc libres, aussitôt qu'elles se furent éloignées, et cet avantage qu'elles avaient sur les villes de la Grèce , devait porter les peuples de cette contrée à former encore de nouvelles colonies , <hi à faire de nouveaux efforts pour se- ■ couer tout-à-£ait le joug des tyrans. C'est en effet ce qui arriva , et c'est Tépoque d'une façon de penser qui changera peu à peu la face de la Grèce. Dès lors toutes les villes conspirèrent contre les tyrans : toutes voulurent se gouverner, et l'amour de la liberté dli^viiit U caractère dominant des Grecs. \

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Dans celte conjoncture , il était naturel qu'aucun'peuplc n'imaginât dé dominer sur ses voisins. L'ennemi que les villes avaient au dedans ne permettait pas de porter la guerre au dehors. Ainsi les républiques se formaient de tous côtés , et en même temps l'amour de la liberté écartait toute idée de conquêtes. Quoique indépendantes, elles semblaient ne former qu'un corps animé d'un même espiît. Unies contre les tyrans , toutes voulaient être libres, toutes voulaient que chacune le fut : aucune ne prévoyait qu'elles auraient un jour des intérêts contraires; et quelquefois un peuple prenait les armes pour briser les fers d'un peuple voisin. C'est ainsi que commença la république d^Achaïe , formée de plusieiu^ villes confédérées , qui se gouvernaient chacune par ses lois et par ses magistrats ; et c'est aussi dans ces sortes de guerres que se signala Corinthe, située d'ailleurs si avantageusement pour étendre sa domination.

Cette fermentation des esprits ouvrit une nou- Ui mtiiuun

'■ esprit* s'appli-

velle carrière à l'ambition. Si on ne pouvait pas 2îrî^i;,îr«t* devenir le tyran de sa patrie , on en pouvait de- "dlmrndKrÎM venir le législatem*. La morale et le gouvernement devinrent donc l'étude des meilleurs esprits. Ils observèrent les abus de la démocratie , et ils cherchèrent les moyens de les réprimer ; mais il y avait long-temps qu'on ne faisait que pallier les maux, lorsque les désordres, portés à leur comble,

firent sentir le besoin d'une réforme générale ; et c'est alors qu'on \it des peuples demander des lois , et de simples citoyens exercer une puissance , qu'ils devaient à leurs vertus ainsi qu'à leurs lumières.

Cette révolution était nécessaire. Il fallait que , après avoir été jaloux d'une liberté sans bornes , les peuples reconnussent enfin que , pour être véritablement libres , il faut avoir des lois. La démocratie , qui semblait craindre jusqu'à l'ombre • de l'autorité, n'était pas un gouvernement : c'était une anarchie où les factions armaient les citoyens les uns contre les autres , et finissaient par donner un maître à la république épuisée. »

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