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CHAPITRE XVII

Depuis la législation de Solon jusqu'au commencement de la guerre avec les Perses.

Le gouvernement de Lacédémone était établi G«STpiiî sur de solides fondemens, lorsque chaque ville îîîJiMTw'*»»»

' ^ * conquttcf.

de la Grèce, troublée au dedans par ses propres . dissensions, était trop faible pour former des entreprises au dehors* Toutes auraient même succombé sous la puissance des Spartiates , si ce peuple eût eu l'ambition des conquêtes, et un gouvernement favorable à son agrandissement. Il semble en effet qu'il n'avait qu'à entretenir ces dissensions, pour étendre insensiblement sa domination sur tous les Grecs.

Cette politique, trop adroite pour des soldats, était trop contraire à l'esprit de leur législation. » Ils laissèrent donc aux autres peuples le temps de s'affermir : ils leur en fournirent même les moyens; et ils leur donnèrent de si» grandes preuves de leur justice et de leur modération, que les villes eurent plus d'ime fois recours à eux , pour terminer les dififérens qui s'élevaient entre elles. Mais ils n'ont pas long-temps mérité cet éloge.

Cette modération , qu'ils avaient d'abord montrée, les avait empêchés de former des projets d'agrandissement. Ils la perdirent , et ils ne s'agrandirent pas davantage. Il suffit d'observer leur conduite avec les Messéniens, pour prévoir qu'ils ne feront jamais de grandes conquêtes.'

Les Messéniens , chassés d'Ithome, l'unique, place qu'ils avaient conservée, s'étaient retirés chez les peuples voisins, et Ithome avait été rasée. Invités cependant par les Spartiates, et comptant sur les conditions dont on était convenu , ils revinrent dans leurs villes; et ils fiu*ent en effet traités avec douceur, tant qu'on crut devoir les ménager. Mais insensiblement le joug s'appesantit. Les Lacédémoniens , infidèles à leurs engagemens , parurent méditer .la ruine entière de ce peuple ^ et ils employèrent à cet effet les injustices et les vexations les plus criantes. Enfin il y avait trente-neuf ans que les Messéniens gémissaient dans cette servitude, lorsqu'ils reprirent les armes, et la fortune leur fut tout-à-fait contraire : le vainqueur, devenu plus fier et plus inhumain, ne leur laissa pour ressource que l'esclavage ou la fuite.

Les Spartiates ne mettaient donc point de différence entre conquérir et réduire en servitude. Or, cette façon de penser avait d'abord l'inconvénient de rendre les conquêtes d'autant plus difficiles, que tous les peuples de la Grèce étaient

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également jaloux de leur liberté. En second lieu elle les rendait inutiles, ou même contraires à raccroissement de la puissance de Sparte; parce qu'une republique s'affaiblit, lorsqu'elle augmente le nombre de ses esclaves sans augmenter celui de ses citoyens. Les Lacédémoniens sentaient eux-mêmes qu'ils* n'en étaient pas plus puissans, pour avoir des esclaves ; et c'est leur faiblesse qui a été le principe de leur inhumanité envers les Ilotes : ils les massacraieht , dans la cf ainte qu'ils ne devinssent redoutables par leur nombre. Ces précautions perfides et cruelles annonçaient aux autres peuples le sort qui les attendait, et les in* vitaient à périr plutôt qu'à se soumettre.

Si les Spartiates eussent été dans l'usage d'accorder les droits de citoyen aux peuples vaincus, les forces de la république se seraient àccrties avec les victoires, et chaque conquête eût pu conduire à une autre. Mais , jaloux de ces droits , ils ne les voulaient pas communiquer , et ce préjugé leur ôtait le pouvoir de s'agrandir.

Ce préjugé n'était pas particulier aux Spartiates. Commun à toutes les villes de la Grèce , il était cher surtout aux Athéniens. Athènes sera donc toujours faible , ainsi que Sparte ; et les conquêtes seront impossibles aux Grecs, dans les temps mêmes qu'il sera impossible de les vaincre. ^ Lors de Cécrops , il n'y avait que vingt mille babitans dans l'Attique ; et de deux dénombre-

Senesee d« laloutt* «ntrc

mens qui ont été faits depuis Solon y Yxxn sous Périclès, Tautre sous Démétrius de Phalère, le plus fort porte le nombre des citoyens à vingt et un mille. Il est donc prouvé qu'il étoit à peu près le même dans tous les temps.

Lycurgue trouvaneufmille citoyens dansSparte, et trente mille dans la Laconie. Par conséquent , si nous jugeons de Lacédémone par Athènes, cette république n'aura jamais eu qu'environ quarante mille citoyens. Voilà cependant les deux grandes puissances de la Grèce.

Telle était donc la situation des peuples de cette i'uBrtïe?" contrée : aucun n'était assez puissant pour commander, et aucun n'était assez faible pour recevoir la loi. Cependant , parce que toutes les villes commençaient à s'affermir au dedans , elles commençaient chacune à regarder autour d'elles ; et dès -lors sans doute elles auraient eu l'ambition de reculer leurs fix)ntières , si elles en avaient eu les moyens. Ce fut donc parce qu'elles sentirent leur impuissance, qu'elles n'entreprirent pas de faire des conquêtes les unes sur les autres : mais çUes n'en ont pas été plus tranquilles , parce que les plus faibles avantages que quelques-unes remportaient , suffisaient pour semer la jalousie parmi elles.

Ainsi, toujours jalouses les unes des autres, elles le seront surtout de l'ascendant qu'Athènes et Sparte prendront tour à tour. Elles feront des

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ligues pour tenir ces deux puissances en équilibre ; et, parce que la balance penchera alternativement, elles seront dans la nécessité de faire continuellement de nouvelles combinaisons de leurs forces. Cependant elles ne seront pas assez éclairées pour se décider sur le choix des alliances, chacune d'après leurs vrais intérêts. La jalousie leur fera faire de fausses démarches : les vues particulières des hommes qui les conduiront leur en feront Élire de plus fgiusses encore : le système politique de la Grèce sera sujet à des révolutions continuelles ; et , après bien des guerres , que l'inquié-^ tude 9 plutôt que l'ambition , aura suscitées , il ne restera aux peuples qu'un épuisemcf^gt général et une haine qui les divisera de plus en plus. C'est alors qu'affaiblis , et incapables de se réunir contre un ennemi commun , ils finiront par être la proie d'une puissance étrangère. ,

C'est vers les temps de Solon que commence cette jalousie , qui est le présage dt la ruine des Grecs. Les eff<ets en seront sùsperndus pendant la guerre contre la Perse : aussitôt après , «lie éclatera d'autant plus qu'ils auront eu de plus grands succès. Elle croîtra de jour en jour parmi les dissensions qu'elle fera naître , et elle sera la principale cause des révolutions.

Il y avait déjà long-temps que les Spartiates donnaient de la jalousie aux peuples du Péloponèse, lorsque les Athéniens ne faisaient encore

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ombrage à aucun de leurs voisins. C'est qu'Athènes, toujours troublée, n'avait jamais été dans une situation à former de grandes entreprises. Depuis même que Solon lui avait donné des lois , elle n'en était pas plus redoutable : car ce législateur n'avait pas , comme Lycurgue , tari la source des dissensions. En laissant l'autorité entre les mains du peuple, il avait proprement livré la république aux ambitieux , et il vit lui-même un citoyen ustwper la tyrannie , environ trente ans après qu'il eut réformé le gouvernement. Gireonftaneet Nous avous remarqué plus haut que les habitans pinB à u tyr»- jç 1^ montagne , ceux de la côte.et ceux de la plaine , formaient ^is partis , qui se déclaraient chacun pour un gouvernement différent , et que les pauvres demandaient un nouveau partage des terres. Or tous ces partis étaient mécontens des lois de Solon, les uns, parce qu'il n'avait rien fait pour eux, les autres, parce qu'il n'avait pas assez fait. Ils continuaient donc de remuer ; le nremier , à qui les pauvres s'étaient joints, ayant pour. chef Pisistrate ; le second , Mégaclès , de la famille des Alcméonides ; et le troisième , Lycurgue.

Pisistrate était puissant par la faveur du peuple , qui le regardait comme le partisan zélé de la liberté et même de l'égalité. Mégaclès l'était par ses richesses. Quant à Lycurgue , il pouvait être de quelque secours à l'un ou à l'autre : mais , tout seul , il n'était redoutable à aucim des deux.

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Solon voyait le danger où était la république. 1,0"."*"'*^ Il pénétrait les vues de Pisistrate , qui s'attachait les pauvres par sa bienfaisance , et qui gagnait jusqu'à ses ennemis par sa générosité. Cependant le peuple , séduit , se livrait sans défiance , et le parti de Pisistrate se fortifiait tous les joiu^. Cet homme, aussi adroit qu'ambitieux, s'assura donc de l'affection du plus grand nombre des citoyens. Alors , s'étant fait lui-même une blessure , il se fit porter sur la place ; il accusa ses ennemis d'avoir attenté à ses jours ; il demanda des gardes pour sa sûreté ; il en obtint cinquante : bientôt il en augmenta le nombf e , et , ne dissimulant plus, il s'empara de la citadelle.

Tout céda : les chefs des deux autres partis s'exilèrent. Solon seul résistait , reprochant au tyran sa perfidie , et aux Athéniens leur imprudence et leur lâcheté. Mais Pisistrate se défendait par le respect qu'il montrait pour les lois : il les observait , il les faisait observer ; et plus le législateur s'élevait contre lui ^plus il affectait de lui donner des marque» d'estime et de confiance. Solon ssgusavam mourut l'année suivante.

Cett^ même année, Pisistrate, contraint de céder aux deux autres factipns qui se sont réunies , se retire. Rappelé presque aussitôt par Mégaclès , qui lui donne sa fille en mariage , il recouvre l'autorité. Quelques mois après, \m différent, survenu au sujet de ce mariage même , la lui enlève,

GonTcrneiBcal d'Bippiai «t d'Hî^arqot.

laÔ HISTOIRE

et il reste onze ans en exil. Enfin il revient, il fait bannir les Alcméonides , et il n'éprouve plus de revers. La douceur de son gouvernement parut même faire oublier aux Athéniens la haine qu'ils

j wjâMâ^wt avaient pour les rois, et en mourant il transmit sa puissance à ses fils Hippias et Hipparque. ÏthÎJm ^^ ^^ s^^ ^* ^^ deux princes régnèrent conjointement , ou si Tun des deux régna seul. On sait seulement qu'ils s'appliquèrent , encore plus que Pisistrate, à rendre le joug de la tyrannie moins sensible. Ils protégèrent les lettres , qui commençaient à fleurir ; et cette protection sans doute ne contribua pas peu à donner de leur gouvernement l'idée la plus avantageuse. Les éloges, vrais ou flatteurs des gens de lettres , font souvent la réputation des souverains. Le peuple, qui goûte leurs écrits , juge d'après eux ; et plus il s'occupe des ouvrages qui l'amusent , moins il fait attention à la manière dont on le gouverne. Ce fut donc vraisemblablement autant par politique que par goût , que les fils de Pisistrate protégèrent les lettres. Le peuple les en louait : il ne voyait pas que cette protection lui forgeait des chaînes.

coBjvratioB II y avait treize ans qu'ils résnaient, lors-

à Hipparque. qa'Harmodiuset Aiistogitonformèrentuneconspiration , pour se venger d'un affront qu'Hipparque avait fait à la sœur d'Harmodius. Hipparque périt par leurs mains le jour des Panathéûées : mais il

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périt seul. Ayant eux-mêmes été arrêtés , ils perdirent la vie ; et Hippias , de ce jour , Hvré à tous les soupçons, devint cruel, sanguinaire, et se rendit odieux.

Cependant les Alcméonides , qui ne cherchaient „oifenî^îr que l'occasion de revenir dans leur patrie , s'étaient **"* *"'*** fait charger par les Amphictyons de la construction du nouveau temple de Delphes. Ils s'en acquittèrent avec ime générosité où la politique eut plus de part que la religion ; et bientôt la Pythie ne rendit plus que les oracles qu'ils lui dictaient. Les Lacédémoniens, à qui elle ne cessa de répéter qu'ils ne réussiraient point dans leurs entreprises, s'ils ne commençaient par délivrer Athènes de la tyrannie , déclarèrent la guerre aux Pisistratides; et Hippias , forcé de s'exiler, se retira à Lampsaque.

Athènes, libre, éleva dans la place publique des statues à Hantatodius et à Aristogiton : honneur qui n'avait point encore été accordé , mais trèspropre à ranimer l'amour de la liberté et la haine des tyrans.

Les troubles cependant recommencent. Clis- . f***"^'** thène, de la famille des Alcméonides, aspire à la •tyï:annie, et la faveur du peuple paraît la lui assurer, lorsque Isagoras, son concurrent, demande des secours aux Spartiates. Qéomène, leur roi , arrive à Athènes. Il forc^ Clisthène à, se retirer : il fait bannir sept «cents familles , qui lui étaient attachées : il tente d'abolir le sénat : il Veut con-

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fier le gouvernement aux seuls partisans d'Isàgoras. Alors le peuple se soulève ^ chasse les Lacédémoniens^ rappelle les exilés; et Clisthène, effrayé du danger qu'il a couru, abandonne ses premiers projets , et rétablit la démocratie. C'est loi qui drâtribua le peuple d'Athènes en dix tribus.

Le» Lâcédé- Fiers de leur Kberté , les Lacédémoniens se

moniens projet-

u''''î?iawuS^ croyaient, en quelque sorte, seuls nés pour être HippiM. j^^g ^ ^ jj^ pardonnaient pas aux Athéniens de vouloir l'être. Honteux d'avoir eu la simplicité de prendre les armes sur la foi d'im oracle^ dont on avait reconnu Timposture , ils se reprochaient d'avoir chassé les Pisistratides» Ils projetèrent donc de les rétablir.

Trop faibles par eux-mêmes pour exécutercette entreprise, ils la proposèrent à leurs alliés. Mais- tous s'y refusèrent à l'exemple des Corinthiens , qui témoignèrent combien elle leur était odieuse.

Corinthe , alors libre , avait été sous la domination des tyrans. Florissante par le commerce , elle Tétait sans rivales. Elle n'avait donc d'autre intérêt que de conserver cet avantage qu'aucune ville ne lui disputait. D'ailleurs plus faite, parce qu'elle était commerçante, pour connaître le prix de la liberté , elle voulîfit être libre ; et elle voulait aussi que chaque peuple le fut , parce qu'elle a'aspirait point à dominer. Il lui importait même

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qu'Athènes pût toujours balancer la puissance de Sparte. Voilà pourquoi, dans cette occasion, on voyait encore en elle l'esprit de ce siècle, où toutes les villes conspiraient ensemble contre les tyrans,

Hippias, ne pouvant donc compter sur les se- ^^iF'ûl Aicours d'aucun peuple de la Grèce , tenta d'en- ^T* *" ***" gager Artapherne , gouverneiu» de Sardes , à travailler à son rétablissement , et le fit enti'er dans ses vues. Sur ces entrefaites , les Ioniens s'étant révoltés, les Athéniens se joignirent à eux, méprisant les menaces d' Artapherne , et consultant leur passion plutôt que leurs forces. C'est alors que la ^«o» •'•«•* Grèce se vit menacée des armes du roi de Perse.

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