‹ Œuvres completesChapitre 21 sur 72 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Des réTolutions de TAsie avant la guerre que les Perses ont faite aux Grecs.

Le premier empiré des Assyriens finit sous Sar- Findopr^mî.r

, Al t *nipir« (les As-

danapale, lorsque Arnace, gouverneur des Medes, '>"'"'• et Bélésis, gouverneur de Babylone, se soulevèrent contre ce prince efféminé. Des débris de cet empire se formèrent trois monarchies , celle de Ninive , ou le second empire des Assyriens , celle de Babylone et celle des Mèdes. 7^7 «* «^'^t

A Bélésis succéda Nabonassar, dont l'avéne- Mwurchicj*

Bibytonne.

ment au trône est le commenceinent d'une ère astronomique , appelée de son nom, ère de Nabonassar. D'ailleurs l'histoire des rois de Babylone est tout-à-fait inconnue.

Nîni»î*'^ï*j! Nous ne connaîtrions pas mieux celle des rois

AMyri^M." " de Ninive, sans les ravages qu'ils ont faits dans la Palestine. Vous avez vu dans l'écriture sainte les conquêtes de Théglathphalasar, que l'impie Achaz, roi de Juda , avait appelé, à son secours ; celles de son fils Salmanasar , qui emmena Osée et les dix tribus en captivité ; celles de Sennachérib , fils de Salmanasar , dont l'armée fut exterminée au siège de Jérusalem , qui fut assassiné par ses deux fils aines , et dont la couronne passa à son troisième , «Assaradon. Sous ce dernier règne , le royaume de Babylone fiit réuni à celui de Ninive.

^îs«oii.rchied«i II paraît que la monarchie des Mèdes a commencé plus tard que les deux autres. L'avènement

^ 7^oâii.âTwii jg Déjocès, son premier roi, est de la même année que celui d'Assaradon.

chTê'prrîiî"ÎM Arbace ne régna pas, ou régna peu; et les Mèdes , sans aucune forme de gouvernement, apprirent , par leur expérience , combien les peuples ont besoin d'une autorité capable de réprimer lés violences et les injustices. Les funestes effets de la licence devaient donc tôt ou tard rétablir la monarchie, que la crainte de la servitude avait proscrite.

Il n'est pas possible de terminer toujours les dif-

ANCIENNE. l'i'i

férens par les armes. Le droit du plus fort , quoiqu'on soit porté à le reconnaître, n'assure rien. Il se détruit par les abus qui en naissent ; et il expose à des révolutions continuelles, non-seulement les faibles, mais encore les plus puissans. C'est pourquoi dans les temps mêmes où la licence paraît bannir toutes les lois , les hommes, forcés par les circonstances , s'en font comme à leur insu , et adoptent tacitement des usages qui leur en tiennent lieu.

Cependant de pareilles lois sont équivJBlss et variables; et, quand elles, seraient claires, elles seraient sans force , parce qu'elles ne sont pas protégées par une puissance capable de les faire respecter. Alors , au défaut de cette puissance , on est souvent forcé à prendre des arbitres, et à se soumettre à leurs décisions. Voilà où en étaient les Mèdes , lorsque Déjocès devint l'arbitre de la contrée où il vivait. Il y rétablit l'ordre par sa sagesse; et bientôt on vint k lui de toutes parts , comme au juge le plus éclairé et le plus équitable.

Il s'était rendu nécessaire à tous les peuples de D<,ocbe*iéii la Médie, lorsque, so*is prétexte de vaquer à ses affaires, il se refesa à celles des autres. Aussitôt l'anarchie renouvela les anciens désordres ou en produisit de plus grands encore. Déjocès, qui l'avait prévu , avait jugé qu'on serait dans la nécessité d'élire un roi ; et il s'était flatté que le choix

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tomberait sur lui. Il ne se trompa pas. Personne n'avait plus de droits à la royauté , puisque personne n'était plus capable de maintenir l'ordre et la paix : mais ses titres auraient été- plus beaux encore , s'il les eût fait valoir sans artifice. d*î?Jjo™r"* Jusqu'alors les Mèdes avaient vécu dispersés dansune multitude devillages.Déjocès, qui voulut en rassembler une partie , bâtit Ecbatane. Il leur fit sentir le besoin de se réunir : il leur donna des tbis : il les accoutuma à la discipline : il adoucit leurflJBeurs. Il s'appliqua surtout à leur inspirer la cramte et le respect, se rendant invisible , ne se montrant que par l'éclat qui envfronnait le trône, et gouvernant du fond de son palais. Ceux qui avaient le privilège de l'approcher , ne pouvaient , dit-on , ni le regarder en face , ni rire, ni cracher en sa présence. .

On prétend que la férocité des Mèdes rendait ces précautions nécessaires. Mais , quelque féroces qu'ils fussent , ils avaient senti la nécessité de se soumettre à un roi ; ils n'avaient choisi Déjocès, que parce qu'ils avaient la plus haute idée de ses lumières et de sa justice, et ils l'avaient choisi librement. Il me semble donc que , pour diminuer la férocité de ce peuple , ce prince n'avait qu'à se montrer : un libre accès auprès de Déjocès, encore particulier , avait commencé cet ouvrage : un libre accès auprès de Déjocès , devenu roi , l'aïu^ait achevé. Aux précautions qu'il prend , on pourrait

AKCIEKNE. l35

donc conjecturer qu'il a usurpé le trône. Hérodote, de qui nous tenons l'histoire de cette révolution , peut n'en avoir pas connu les circonstaaces , ou s'être plu à les embellir. Car, Monseigneur, on a écrit des romans , avant d'écrire l'histoire.

Du fond de son palais, Déjocès, dit Hérodote, instruit de tout ce qui se passait , faisait rendre une exacte justice dans toute l'étendue de ses états. Gomment donc ce monarque , qui ne voyait rien par luif-méme , pouvait-il toujotu^ trouver , chez un peuple ignorant et féroce , des hommes assez éclairés pour bien voir , et assez justes pour lui rendre un compte fidèle de ce qu'ils voyaient? H est bien étrange qu'on se ferme les yeux au moment qu'on se charge de oonduire les autres.

Les fautes sont contagieuses , surtout pour les souverains; c'est ce que l'histoire ne prouve que trop. L'exemple de Déjocès, qui s'enferme dans son palais , sera suivi par les monarques d'Orient. Prisonniers sur le trône, ils seront environnés de gardes , qu'ils croiront avoir armés contre ie peuple , et qu'ils auront armés contre eux-mêmes. La royauté sera respectée comme une puissance inviolé. Mais on ne prendra aucun intérêt à la personne des souverains. Ils seront égorgés, et le peuple verra avec indifférence des révolutions , qui ne passeront pas l'enceinte du palais.

Déjocès régna cinquante -trois ans. Ce long règne, qui ne fut troublé par aucune guerre , afîer-

autorité , et il la laissa à son fils Phraorte , qu'on croit rArphaxad de l'écriture.

Phrtort?."* "** Phraorte assujettit les Perses, conquit une partie de la haute Asie , et il échoua contre le roi d'Assyrie , Saosduchin ou Nabuch^donosor I , fils d'Assaradon. Ce prince, l'ayant vaincu et fait prisonnier, le fit périr k coups de javelot.

Nabuchodonosor, après sa victoire, ne songea qu'à se venger des peuples qui lui avaient refiisé leur secours contre les Mèdes; et ce fiit alors quTlolopherne porta l'épouvante dans le royaume d'Israël , assiégea Béthulie , et périt par le courage de Judith. L'année des Assyriens fut entièrement défaite.

c •x!*^*pen! Le règne de Phraorte avait été de vingt-deux 7 scyîhèT'foi't ans : celui «de Cyaxare , son fils, fut de quaraji*C ^"•- Ce pnnce , s étant rétabli pendant que les Assy-

riens s'occupaient à d'autres guerres , tourna ses armes contre eux , les défit , et assiégea Ninive. Sur ces entrefaites , les Scythes , sortis des envi- i rons des palus Méotides , sous la conduite de'Madiès, leur roi ou leur chef, font ime irruption dans la Médie , pendant que les Cimmériens , qu'ils avaient chassés d'Europe, dévastent l'Asie mineure, Cyaxare , forcé à lever le siège de devant Ninive, marche contre ce nouvel ennemi : il est défait , et les Scythes , qui se répandent librement , pénètrent jusqu'en Egypte.

en iS^'^il"^*"* ^^ ^^ P^^ ^^ choses de l'histoire d'Egypte ,

ArïCIENlfE. 187

depuis Sésostris jusqu'à Psamméticus , qui régnait alors.

Dans l'intervalle qui s'est écoulé , depuis la révolte des Mèdes jusqu'à Pavénement de Déjocès, les Égyptiens ont eu deux monarques , qui se font remarquer : Boccboris , qui est au nombre de leurs législateurs, et Sabacos , roi d'Ethiopie , qui conquit l'Egypte, et qui, après l'avoir gouvernée cinquante ans , retourna en Ethiopie , abandon- 'nant volontairement sa conquête.

Enfin, pendant que Déjocès régnait en Médie, j.c l'Egypte fut pottagée entre douze rois, qui gouvernaient avec une autorité égale , lorsque Psamméticus , devenu suspect aux autres , fut relégué dans les pays marécageux de l'Egypte. Ce fut son . salut : car , avec le secours de quelques soldats de Carie et d'Ionie , que la tempête jeta sur lea^ côtes , il défit ses ennemis , et se rendit maître des douze royaumes. Il donna des établissemens aux Ioniens et aipc Cariens qui l'avaient secouru : ^ il contracta des alliances avec les Grecs, et il leur ouvrit l'Egypte , jusque alors fermée aux étrangers.

Assuré sur le trône , il fit la guerre à Nabuchodonosor I , au.sujet de la Palestine , qui séparait les deux royaumes. Le siège de la ville d'Azoth , le plus long dont il soit parlé , l'arrêtait depuis vingt-neuf ans , lorsque les Scythes , qui menacèrent ses états , ne lui permirent pas de poursuivre ses Conquêtes. Il se crut trop heureux de les pou-

€85 ans avant

voir éloigner à force de présens , et ces barbares s'établirent dans la haute Asie, où ils régnèrent vingt-huit ans. Leurs ravages et leurs conquêtes nous font voir quelle était la faiblesse des anciennes monarchies. Psamméticus mourut après un règne de cinquante-quatre ans.

Pendant que les Scythes régnaieiït en Asie, Sarac, qui avait succédé àNabuchodonosor I, perdit, par sa lâcheté, le royaume de Babylone , que Nabopolassar , un de ses généraux, lui enleva. C'était une occasion favorable pour assiéger Ninive une seconde fois. Cyaxare la saisit : Nabopolassar se joignit à lui : Ninive fut rasée*: et ces deux rois partagèrent la monarchie qu'ils venaient de conquérir.

Quelque temps après , les Scythes succombèrent ^nfin dans une conjuration des M èdes ; et ceux qui purent échapper, s'étant réfugiés dans les états d'Alyate , roi de Lydie , Cyaxare déclara la guerre à ce roi.

Royaume d« Aussi baut qu'on peut remonter , on trouve que e mineure. ^^ peuplcs dc l'Asie mincure parlaient la même langue que ceux de la Grèce., Ils avaient donc la même origine ; et ils avaient encore de commun avec les Grecs , d'avoir été sans aucune forme de gouvernepaent. On en voit la preuve dans la manière dont Gordius parvint au trône.

Les Phrygiens ayant consulté l'oracle sur, les moyens de mettre fin aux désordres auxqliels

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Tanarchie les exposait , la réponse fut d'élire un roi ; et l'oracle , consulté une seconde fois sur le choix qu'on devait faire , répondit de choisir le premier qu'on rencontrerait allant sur une charrette au temple de Jupiter. Gordius , qui fut rencontré, fut donc proclamé; et en mémoire de cet événement , il consacra sa charrette à ce dieu. Le nœud qui attachait le joug au timon , est le fameux nœud gordien, qui, selon Forac^, promettait l'empire de l'Asie à celui qui le pourrai^ délier.

Midas, fils de Gordius, lui succéda. Il com- j'^«* mença à policer les Phrygiens , encore ignorans et barbares ; et il régla le culte pubUc conformément aux cérémonies religieuses , qu'il avait luimême apprises d'Orphée. On a remarqué que les réglemens qu'il fit à ce sujet contribuèrent à l'affermissem<ent de son autorité.

Vers ce temps , c'est-à-dire aux environs de la sortie d'Egypte , commencèrent vraisemblablement dans l'Asie .mineure une multitude de petits royaumes , dont il ne reste aucun souvenir. Mais les Phrygiens , les Lydiens et les Troyens sont des peuples fort connus , et la monarchie des derniers parait avoir été assez considérable.

Dans le temps de la guerre de Troie, ou environ. Argon, arrière -petit- fils d'Alcée, dont Hercule était père , régna sur les Lydiens. Ses descendans , dont on n'a pas la suite , conservèrent cette couronne pendant plus de cinq cents aijs. Gygè$

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j.ïf "*•'•"* l'usurpa , après avoir ôté la vie à Candaule , le dernier des Héraclides , et la transmit à ses enfans. Alyate était son an'ière-petit-fils.

La guerre , que Cyaxare fit à ce prince, durait depuis six ans , lorsqu'une éclipse de soleil , prédite par Thaïes de Milet , effraya les deux armées, et fit faire la paix. Alyate chassa les Cimmériens. Il se rendit maître de Smyrne; et il fit pendant onze ans la^erre aux Milésiens, uniquement pour leuj enleverJeurs moissons, ne leur faisant d'ailleui*s aucun autre dommage : vraisemblablement il les voulait punir de quelque injure qu'il en avait reçue.

Je Nawî^o- ^^^ ^^ tcmps coiximenccnt les conquêtes de «osor II. Nabuchodonosor II , fils de Nabopolassar . Inquiet de l'agrandissement des Babyloniens , Néchao avait armé contre eux, et leur avait enlevé la Palestine et la Syrie, après avoir défait Josias, roi de Juda , qui lui refusait un passage par la Judée. Nabuchodonosor recouvra ces provinces et en conquit de nouvelles. Vous savez , Monseigneur, la captivité des Juife, la pi'ise de Jérusalem, celle de Tyr après un siège de treize ans , et les dévastations que ce conquérant fit dans l'Egypte. Il laissa le gouvernement de ce royaume à Amasis, qui s'était soulevé contre Apriès ou Aphrée, petitfils de Néchao.

NsJ^uchodonosor mourut après un règne de qua^ rante-trôis ans , laissant une monarchie plus vaste

ANCIENNE. l4l

que pujpante, et qui fut la conquête des Perses , lorsque Cyrus, leur roi, se fut joint à Astyages , fils et successeiu* de Cyaxare.

Les commencemens de ^yrus et de l'empire hi.to^w™i^ des Perses sont très-obsclirs. Nous savons que '*"""** Cynis, ayant vaincu les Babyloniens , marcha contre leur allié , Crésus , fils et successeur d'Alyate; qu'il lé défit à Thymbrée, prit Sardes, capitale de Lydie, soumit l'Asie mineure, subjugua la Syrie et l'Arabie, et se rendit maître de Babylone. D'ailleurs nous savons mal les circonstances de tous ces événemens : c'est pourquoi je me bornerai à faire quelques observations sur la manière dont se faisaient alors les conquêtes.

Nous avons vu, Monseigneur, un temps où les ^^^ eor^JiSÎ c^quérans ne prenaient les armes que pour dé- ^"•*** "*«*«•• vaster des provinces qu'ils ne se proposaient pas de conserver , et ils revenaient couverts de gloire , lorsque chargés des dépouilles des nations vaincues , ils traînaient après eux un grand nombre de captif. Par cette conduite, ils firent plus qu'ils n'avaient projeté : ils reculèrent leurs fi*ontières, moins parce qu'ils avaient eu l'ambition de dominer sur les peuples voisins^ ({ue parce que ces peu{)les, continuellement épouvantés, s'empressèrent à leur donner toutes sortes de marques de soiunission. C'est ainsi vraisemblablement que se forma la première monarchie des Assyriens.

Les dévastations ayant subjugué les provinces ,

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il était naturel que ces conquérans féro^ imaginassent que les dévastations étaient encore le meilleur moyen de les conserver. Ils voyaient qu'un peuple épuisé ne pourrait briser ses fers , qu'il n'oserait le tenter , et que par conséquent soii épuisement assurait sa servitude. Ils bornèrent donc toute la politique à ruiner les pays qu'ils voulaient retenir sous leur domination. Voilà pourquoi la suite des victoires n'offre que des massacres , des villes détruites, des nations exterminées. Cet usage barbare était si général, que le vainqueur qui égorgeait le vaincu , paraissait user de ses droits, et la captivité était de sa part comme une grâce.

Une preuve qu'on ne connaissait pas d'autre moyen pour conserver les provinces conquis^ , c'est que dans ces siècles où une place, environnée de murs et située un peu avantageusement, pouvait soutenir un siège de plusieurs années , on n'imagina pas de fortifier les frontières pour prévenir le soulèvement des peuples , ou pour défendre l'empire contre l'étranger. Le pays était ouvert, et une victoire amenait l'ennemi jusqu'à ta capitale, où le* monarque attendait le mém« sort qu'il avait fait subir à d'autres. mvl^'t^lTér* Nous avons remarqué que les premières conquêtes ont été faites par des peuples eiTans ; et , ce qui parait le confirmer, c'est que, dans les siècles que noiis avons parcourus , tes grandes mo-

(uerrt tans arl

A.NGIENIIE. l43

tiatchies ont continué de faire la guerre comme ces peuplades la faisaient elles-mêmes.

Premièrement , un monarque commençait souvent une campagne sans plan , sans projet , sans savoir où il porterait ses- armes. C'est ainsi que Nabuchodonosor II marchait contre Jérusalem , sans le savoir lui*méme. Il consulta le sort lorsqu'il fut arrivé dans un endroit où deux chemins aboutissaient^ et le sort tomba sur Jérusalem.

En second lieu , il parait que les Asiatiques ont été des siècles avant de savoir diviser une armée en différens corps. Cyaxare , selon Hérodote , est le premier qui y ait pensé. Les armées , auparavant , combattaient donc confusément et sans ordre.

Enfin les armées étaient moins des corps de soldats, que des peuplades, où 1q nombre des femmes et des enfans pouvait être égal à celui des combattans.

Les Assyriens , les Babyloniens , les Mèdes et les Egyptiens , faisaient donc la guerre à pqp près comme les Scythes faisaient des irruptions. Voilà pourquoi ces anciennes monarchies étaient d'autant plus faibles qu'elles étaient plus vastes ; et il ne faut pas s'étonner si elles tombent avec la même facilité qu'elles s'élèvent. L'empire appartenait alors aux peuples qui étaient plus endurcis à la: fatigue. C'est par cette raison que les Perses

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l'obtinrent , et j'ai peine à croire que Cyrus fut un grand général.

En effet , Monseigneur , l'art militaire peut se perfectionner dans des républiques , telles qu'Athènfes et Lacédémone , parce qu'elles font la guerre avec de petites armées , et que l'amour de la liberté attache une grande considération au métierdesarmes.Voilàlesseules causes qui peuvent concourir au progrès de cet art. Il n'en pouvait donc pas faire dans des monarchies telles que celles des Assyriens ou des Babyloniens , et j'ajoute qu'il ne pouvait pas en avob fait davantage parmi les Perses , puisqu'avant Cyrus ce peuple ne s'était fait aucun nom por les armes , et qu'il avait même été conquis par les^ Mèdes. Il est vrai que ce conquérant est représenté , dans la Cyropédie , comme un grand général ; mais c'est une des raisons qui me fait croire que Xénophon n'a voulu faire qu'un roman. En effet il n'est pas vraisemblable qu'un grand capitaine se soit formé tout seul et tout à coup , parmi des peuples aussi peu expérimentés que les Perses ; cela est d'autaat moins vraisemblable , que ce conquérant n'avait pas besoin de talens supérieurs pour vaincre des ennemis toutà-fait ignorans daiis l'art militaire ; et ce qui ne l'est pas encore , c'est l'himianité et la générosité que montre , après la victoire , le Cyrus de la Cyropédie. Il contient ses soldats, il empêche le sac des villes^ il respecte la valeur dans l'ennemi qui

se défend , et il semble occupé à épargner le sang des vaincus.

Voilà un caractère bien différent de celui des monarques de l'Asie. Mais ce qui n'est pas moin^ étonnant , c'est que le héros de Xénoplioh joint les lumières aux vertus. Grand homme d'état , il connaît l'art de manier les esprits ; affable et d'un accès facile , il sait descendre jusqu'au dernier de % ses sujets sans s'abaisser ; il sait récompenser avec un seul mot ; il sait faire un refus sans déplaire ; il a des amis , et il vit familièrement avec eux , sans en être moins respecté. En un mot , il ne se croit sur le trône que pour veiller au bonheur des peuples , et il donne tous sçs soins à les rendre heureux. Il est bien difficile d'imaginer que ce soit là le Cyrus des Perses.

Cambyse ayant succédé à Cyrus , son père , camb^îT* ^* arma contre l'Egypte. Il employa quatre ans aux préparatifs de cette guerre , et il la commença lorsqu'Amasis , qui venait de mourir, laissait la couronne à son fils Psamménite.

Peluse , qui était la clef de l'É^pte , aurait pu ^ s^s *"•»•»« l'arrêter ; il s'en rendit maître par stratagème ; il défit Psamménite , marcha à Memphis , qui ne fit pas une longue résistance , et toute l'Egypte se soumit. Psamménite ne régna que six mois. Cambyse lui avait d'abord conservé la vie ; mais ce prince ayant voulu remuer , il le fit mourir.

Voilà tous les succès de Cambyse. On remarqua

Yll. 10

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bientôt en lui des accès de démence, et son règne ne fut plus qu'une suite d'extravagances et de cruautés. Il perd une grande partie de son armée , qu'il conduit contre les Éthiopiens , à travers les déserts , et sans précaution. Cinquante mille hommes qu'il envoie contre les Âmmomens , périssent sans qu'on sache comment. U pille les temples de Thèbes^ et les brûle. Arrivé à Memphis, lorsqu'on célébrait la fête du dieu Apis , il blesse cet animal avec son poignard , il fait fustiger les prêtres , et ordonne de tuer tous ceux qui' célébraient cette fête. Il (ait assassiner son frère Smerdis , patce qu'il le voit en songe sur le trône ; et parce que Méroé y qui était tout à la fois sa femme et sa soeur , ne peut refuser ses larmes à ce prince , il lui donne un coup de pied , dont cette princesse, alors enceinte , meurt. Pour montrer qu'il a la main sûre dans le vin , il bande son ain:; contre le fils de Prexaspe , et déclars^nt qu'il en veut au cœur , il le lui perce. Prexaspe cependant était de ses courtisans celui auquel il montrait le plus de confiance. Le lendemain , il fit mourir sans raison douze Perses. Enfin il n'y avait presque pas de jour qu'il ne sacrifiât des victimes à sa fureur.

umageSrocr U retouruait à Suse , sa capitale , lorsqu'arrivé en Syrie, il apprit que Smerdis avait été élu roi. Ce Smerdis était un mage , frère de Parisithe , à qui Cambyse avait confié le gouvernement pour

dis.

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le temps de son absence ^ et qui était mage luimême. Cambyse ne put pas punir l'usurpateur. Il mourut en Syrie , d'une blessure qu'il se fit avec son poignard, lorsqu'il ihoritait à cheval. Il a régné sept ans et quelques mois.

Cyrus avait cru devoir donner sa confiance ^^fJi''^!^]' aux eunuques , qui étant généralement méprisés , n'avaient d'autre intérêt que de» s'attacher à un prince qui faisait leur fortune, et qui leur donnait de la considération. De pareils ministres étaient bien plus nécessaires au faux Smerdis , qui n'osait pas se montrer en public, et il n'en eut pas d'autres. Déjà suspect, il le devint encore par cette préférence et par ses précautions à se cacher à ceux qui l'auraient reconnu. Ces soupçons parurent se confirmer, lorsqu'on crut voir dans sa conduite de l'affectation à s'attacher les peuples par des grâces. Otalies enfin , s'étant assuré de l'impostiu'e ^ forma une conspiration avec Darius et cinq autres seigneurs persans , et les deux mages furent égorgés.

Selon Hérodote, ces conjurés tinrent conseil ^^C^*^^. sur la forme qu'ils donneraient au gouvernement , d*Hy *iïîl! et ik ne se déterminèrent qu'après avoir pesé les ,

avantages et les inconvéniens de la démocratie , de l'aristocratie et de la monarchie. Mais il n'est pas vraisemblable que des Perses aient délibéré sur un pareil sujet ; les Grecs ne le croyaient pas , comtne le remarque Hérodote lui-même ; et je

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soupçonne c^t historien d'avoir saisi cette occasion pour dire ce qu'il pensait sur chaque espèce de gouvernement.

Les seignews Persans convinrent de se trouver le lendemain dans un lieu marqué , au lever du soleil , et de reconnaître pour roi celui dont le cheval hennirait le premier : ils croyaient que le soleil, le dieu des Perses, déclarerait par -là sur qui le choix devait tomber. A peine ils y arrivèrent , que le cheval de Darius se mit à hennir, parce qu'il avait passé dans ce lieu une partie de la nuit avec une cavale. C'est une précaution que l'écuyer de Darius avait prise, pour assurer la couronne à son maître.

Ce prince était fils d'Hystaspe, gouverneur de Perse. Sous prétexte qu'il ne pouvait veiller à la défense de l'état , s'il n'avait des revenus fixes et assurés, il imposa les provinces, qui juisqu'alors n'avaient payé que des espèces de dons gratuits. Il imposa néanmoins avec beaucoup de modération , parce qu'il eût été imprudent à lui de n'en pas montrer. Une pareille innovation aurait soulevé les peuples , s'il ne leur avait pas fait croire qu'ils paieraient moins à l'avenir, qu'ils n'avaient payé jusqu'alors. Il eut surtout l'attention de ménager les Perses , et il n'en exigea aucune espèce de tribut.

met^iKbyb^ Lcs Babylonieus , qui portaient impatiemment le joug, parce que le siège de l'empire avait été

nieoi,

AÎÏCIENNE. l49

transféré à Suse , se révoltèrent la cinquième \ année du règne de Darius. Ce prince assiégea Ba- ^ 5/o"»*«»^< bylone avec toutes ses forces. Il fiit vingt mois devant cette place ; et il désespérait de s'en rendre maître, lorsque Zopire la lui livra. Poiur exécuter ce dessein , Zopire , un des sept qui avaient conjiu^é contre le mage Smerdis, s'était lui-même coupé le nez et les oreilles, et il était allé offrir ses services aux Babyloniens , accusant Darius de l'avoir mis dans l'état où on le voyait , et ne paraissant respirer que la vengeance.

Darius abattit les murs de Babylone , et fit moiuîr trois mille habitans. Alors tout son empire étant soumis et tranquille , il crut que sa gloire demandait de lui qu'il fît la guerre à ses voisins , et il projeta de faire une irruption en Scythie, parce qu'autrefois les Scythes en avaient fait une en Asie.

Les Scythes étaient des peuples pasteurs, qui, sfîSÏÎ'*^*"'" sans demeure fixe , erraient dans de vastes pays incultes. Il était donc impossible de les subjuguer. Ils^i'avaient qu'à fuir pour vaincre ; et leur ennemi, dénué de tout, périssait sans combat. Par conséquent , autant il pouvait être avantageux aux Scythes de faire des irruptions chez les Perses , autant il l'était peu aux Perses d'en faire .chez les Scythes.

A la tête d'une armée de sept cent mille hommes, Darius part de Suse. Il passe le Bos-

1 5o HISTOIRE

phore de Thrace sur un pont de J^ateaux. Il est suivi d'une flotte de six cents vaisseaux , que lui ont fournis les peuples des côtes de l'Asie mineure et de l'HelIespont. Il arrive sur les bords de l'Ister, aujourd'hui le Danube : il passe ce fleuve, et laisse aux Ioniens la garde du pont , leur permettant de se retirer s'il n'est pas de retour dans deux mois. Ce terme était expiré, et Darius ne paraissait point encore. Pour combattre un ennemi qu'il n'avait pu joindre , il s'était engagé trop avant , et il n'avait pu revenir dans le temps qu'il avait projeté. Cependant les ioniens étaient sollicités par les Scythes à rompre le pont et à se retirer; et ils pouvaient , sans manquer à leurs engagemens , saisir cette occasion de secouer le joug des Perses. C'était l'avis des chefs, ^et surtout de MiUiade, Athénien, alors tyran de la Chersonèse de Thrace '. Mais Hystiée , tyran de Milet , leur ayant représenté qu'ils n'étaient maîtres chacun dans leurs villes que sous la protection des Perses, ils comprirent que leur fortune était liée à celle de Darius, et ils résolurent de l'attendre. Ce fut le saluée ce monarque, dont la conduite est un exemple

« Lorsque Pisistrate était tyran d'Athènes, Mlltiade, fils de Cypsèle, invité parles Dolonces, qui habitaient la Chersonèse de Thrace, à conduire une colonie chez eux, y alla avec les Athéniens qui le Touinrent suivre , et (iit choisi par ce peuple pour le gouverner. Il laissa ce royaume à Stésagoras, fils de Cimon , son frère de mère. Miltiade , dont il est ici question , était le neveu de Stésagoras , mort sans enfans.

ANCIENNE. l5ï

des entreprises imprudentes des conquérans d<e l'Asie.

Darius laissa Mégabyse dans la Thrace , pour en achever la conquête, et vint à Sardes, où il passa près d'une année. Alors, empressé de témoigner sa reconnaissance au tyran de Milèt , il s'engagea à lui acccwrder tout ce qu'il demanderait; et en conséquence il lui permit de bâtir une ville sur la rivière de Strimon en Thrace : ne considérant pas que , par la situation de cette place , Hystiée pouvait devenir assez puissant pom* protéger les peuples de cette coitfrée , et les soustraire aux Perses. Mégabyse lui ayant fait des représentations à ce sujet, il rappela Hystiée sous divers prétextes, et l'emmena à Suse, où il le retint.

Ayant ensuite médité une expédition dans les „on"*d«/*ki Indes , il équipa sur l'Indus une flotte , dont il donna le commandement à Scylax, Grec de Carie, le chargeant d'observer les bords de ce fleuve dans tout son cours , de passer dans l'Océan , et de venir en Egypte par la mer Rouge. Scylax exécuta parfaitement ces ordres, et aborda en Egypte trente mois après son départ. Sous Néchao , des Phéniciens avaient fait une navigation encore plus étonnante : car, après s'être embarqués siu* la mer Rouge, ils avaient fait le tour de l'Afrique, et ils étaient revenus dans la Méchterranée par le détroit de Gibraltar.

Il semble que Darius, instruit par les revers

iSa HISTOIRE

qu'il avait eus en Scythie, avait songé à prendre ses mesures avant de s'engager dans une nouvelle guerre : aussi fit-il la conquête des Indes. L'histoire n'a pas conservé les circonstances de cette expédition.

D^! Pendant cette guerre , une dissension , élevée à

OccAsion de la guerre oue Da-

[rêleTcrêcs. Naxe , île de la mer Egée , aujourd'hui l'Archipel, fit bannir plusieurs citoyens qui vinrent à Milet implorer le secours d'Aristagoras, gendre d'Hystiée, et gouverneur de cette ville. Aristagoras aussitôt forma le projet de conquérir Naxe, les autres Cyclades, l'île d'Eubée, et par ce moyen, de préparer aux Perses la conquête de la Grèce. Artapherne, satrape i[e Sardes, ayant approuvé ce projet, le fit goûter à Darius, son fi*ère. On fit donc tous les préparatifs pour cette entreprise , et on en donna la conduite au gouverneur de Milet. Elle paraissait devoir réussir, lorsque les généraux Persans , honteux de marcher sous les ordres d'un Ionien, la firent échouer, et rejetèrent la faute sur Aristagoras, qu'ils perdirent dans l'esprit d' Artapherne.

C'est dans cette conjoncture qu' Aristagoras médita de soulever les Ioniens. Il y fut même sollicité par Hystiée, qui, comptant sur la confiance de Darius, se flattait d'être chargé de réduire luimême les rebelles.

Pour déterminer les Ioniens à la révolte, Aristagoras leur rendit la hberté , abdiquant lui-même

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la tyrannie à Milet, engageant les tyrans des autres îles à remettre , à son exemple , l'aiitorité entre les mains du peuple , et chassant ceux qui s'y refusaient. C'est de la sorte qu'il forma une ligue, dans laquelle entrèrent les Grecs des îles, ceux qui habitaient en Europe sur l'Hellespont, et les Athéniens, irrités contre Artapherne, qui voulait rétablir Hippias. Ceux-ci fournirent vingt vaisseaux; Érétrie, ville d'Eubée, en donna cinq. Mais Cléomène , roi de Sparte , se refiisa aux propositions d' Aristagoras. Les Lacédémoniens furent plus prudens sous ce roi qu'ils ne l'avaient été , lorsqu'ils députèrent à Cyrus, pour lui dire qu'ils ne souffriraient pas qu'on fît aucun dommage aux Grecs de l'Asie mineure.

La première année de cette guerre , les confé- 5o4 »• ^rnn dérés firent voile pour Éphèse. Ils y débarquèrent, et marchèrent à Sardes, qu'ils réduisirent en cendres. Mais, lorsqu'ils voulurent regagner leurs vaisseaux, ilç furent attaqués par les Perses, et ils perdirent beaucoup de monde. Depuis cet échec , les Athéniens refusèrent leiu's secours aux Ioniens. Bientôt après, la ligue s'affaiblit encore davantage par le peu de concert des confédérés. Car les tyrans, chassés par Aristagoras, semèrent la division parmi eux ; et les Ioniens , ayant dans cette circonstance livré un combat naval, se virent abandonnés de leurs alliés , au moment même de l'action. Les Perses vainqueurs prirent Milet, 49«.

ruinèrent cette ville , et en transportèrent les habitans à Suse , d'où Darius lesenvoya sur les bords de la mer Rouge. Alors tout se soumit, les îles comme le continent; et la flotte des Phéniciens, ayant fait voile vers THellespont , fit une descente en Europe, où elle brûla les villes des peuples qui étaient entrés dans la révolte*

Miltiade, qui avait prévu Torage, s'était retiré à Athènes. Aristagoras périt dans une action : Artaphçrne fit mourir Hystiée, dont la trame fut découverte : et Darius songeait à se venger des Athéniens et des Érétriens. Cette guerre a diuré six ans.

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