‹ Œuvres completesChapitre 22 sur 72 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Observations sur les Perses et sur les Grecs au temps de Darius, fils d'Hystaspe.

Xl ne faut pas juger de la puissance des Perses J^i'**^".;]^; par les conquêtes qu'ils ont faites. Ils ont vaincu CpiîdMalîit* les peuples amollis, uniquement parce qu'ils n'étaient pas amollis eux-mêmes; et, s'ils ont eu quelque supériorité dans la manière de faire la guerre, ils ne l'ont eue qu'avec des peuples chez qui l'art militaire n'avait fait aucun progrès , et qui , comme eux , n'avaient jamais combattu qu'avec de grandes armées.

Il y avait près de quarante ans que Cyrus^ était mort , lorsque Darius porta ses armes dans l'Attique. Les Perses, qu'Hérodote représente trèsprompts à se corrompre , avaient commencé à prendre les moeiu*s des nations vaincues. ConfDUdus avec elles, il ne leur restait que le nom du peuple conquérant ; et les armées perses étaient en effet des armées de M èdes , d'Assyriens , de Babyloniens, d'Égyptiens, etc. Ce n'étaient plus ces

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soldats qui, ivres des succès d'un chef victorieux, étaient portés à tout oser, et qui combattaient pour se partager les dépouilles des monarchies les plus opulentes ; c'étaient des âmes mercenaires .et corrompues, qu'aucune espèce .de gloire, aucun appât de butin n'encourageait.

tâ^fn\^p""ÏMf Athènes était libre. On armait pour lui donner i!ïr*iMiK»\.* ' des fers : on armait dans le moment qu'elle venait de secouer le joug des Pisistratides, et où par conséquent elle sentait plus que jamais le prix de la liberté.

A ce motif, le plus puissant qui puisse armer des citoyens, ajoutons qu'Athènes était alors dans toute sa force, Le luxe n'avait pas encore énervé les mœurs; les Athéniens étaient durs à la fatigue, comme ils étaient intrépides à la vue du danger. Tous étaient soldats : ils pouvaient même au besoin armer jusqu'à leurs esclaves, et compter sur eux; parce que les esclaves dans cette république étaient traités avec humanité, )et que la loi les protégeait contre un maître qui se serait montré injuste à leur égard.

Les Lacédémoniens avaient le même amour de la liberté, le même courage, la même intrépidité. Plus endurcis encore que les Athéniens, ils n'étaient que soldats. Ils n'avaient pour police qu'une discipline toute militaire; et cette discipline , que Lycurgue avait établie , «'était perfectionnée depuis ce législateur.

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Il est vrai que jusqu'alors les Athéniens et les .vû*?"^ïfëc! Spartiates n avaient point eu de succès briUans : mais les guerres qu'ils avaient faites étaient plus instructives que toutes celles des Assyriens , des Babyloniens , des Mèdes et des Perses. Il est naturel que dans, de petites républiques tous les citoyens s'appliquent à perfectionner l'art militaire : ils y sont portés par l'amour aie la liberté, et par la considération attachée à la défense de la patrie. Ils le perfectionneront par conséquent , et d'autant plus , que , faisant la guerre avec de petites armées, il leur sera plus facile d'imaginer les moyens d'en régler les mouvemens. Ils feront des observations sur la discipline, sur les campemens , sur les marches, sur le choix des armes, sur les ordres de bataille , sur les situations les plus avantageuses pour livrer un combat. Ils s'éclaireront par leurs fautes : ils s'éclaireront par la conduite des ennemis; et les découvertes qu'une république aura faites seront bientôt communes à toutes les autres.

Mais , dans des monarchies telles que celles de iin«»;*t*itpa»

* . perfectionna en

TAsie, le souverain qui ne fait la guerre que pour lui , qui la conduit seul , lui-même , ou qui la conduit par ses courtisans, se contentera de la faire comme on l'a toujours faite. Il lèvera de grandes armées : il tombera avec tout le poids de ses forces ; il comptera sur le nombre : il ne connaîtra pas d'autre règle; et, dans l'impossibilité de remar-

quer ses fautes , il ne s'instruira pas tnétne par ses revers. »

Vous voyez , Mon^igneur, que les Perses n'avaient que l'avantage du nombre : et cet avantage loi'squ'il est seul n'est rien. IL est vrai que les Grecs de l'Asie mineure avaient été subjugués : mais ce n'est pas une raison de craindre pour les Grecs de la Grèce proprement dite.

Pourquoi ict AmoUis uaT le luxe que les richesses avaient in- ■ll^«u^*îiî troduit, les Ioniens et les Eoliens étaient arrivés "*** à leur décadence. Crésus les avait déjà rendus tri-

butaires : et ({uoique avant ce roi ils fussent indépendans , ils n'en étaient pas plus propres à défendre leur pays. Hérodote remarque que si les Cimmériens ne firent pas des conquêtes sur eux, c'est que ces barbares ne songeaient pas à en faire, étant armés pour piller plutôt que pour ptendre des villes; et lorsqu'il nousapptoid qii'Alyate chassa les Cimmériens , il ne dit rien à cette occasion ni des Ioniens qi des Éoliens. Tout cela prouve que les Grecs de l'Asie mineure n'avaient plus le même amour de la liberté que les Grecs de la Grèce proprement dite , ni par conséquent le même courage.

Après la prise de Sardes par Cyrus , ils députèrent à ce conquérant pour lui offrir de passer sous son empire, aux mêmes conditions qu'ils avaient été sous celui de Crésus. Ce prince, offensé de ce qu'excepté les Milésiens ils s'étaient tous jus-

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qu'alors refîisés aux sollicitations qu'il leur avait faites 9 rejeta leur offre, et voulut les conquérir. Ils ne lui parurent pas même assez redoutables pour faire par lui-même cette conquête : il la laissa à ses généraux.

Cependant ils n'étaient pas à mépriser. I Js avaient un reste de liberté qu'ils voulaient défetidre, et on les aurait plutôt exterminés qu'assujettis. Les Phocéens,assiégés les premiers, se défendirent avec courage : il s'expatrièrent pour éviter le joug, s'enAarquant avec leurs femmes, leurs enfans, leurs effets^ et n'abandonnant aux Perses qu'une ville déserte. • On voit donc que , s'il était facile à Cyrus de conquérir de' pareils peuples, il ne lui était pas aussi facile de les réduire tôut-à-fait en servitude. Ils pouvaient se soulever, s'il appesantissait le joug, et il fallait qu'an lieu de s'arroger sur eux une souveraineté immédiate , il se borqât à être le protecteur des tyrans que les factions leur donnaient. Alors il assurait sa domination , et prévenait les révoltes. C'est aussi le parti qu'il paraît avoir jw^is. Ainsi , comme les tyrans furent maîtres chacun daâs leur ville, parce que les Perses les protégeaient , les villes se trouvèrent sous. la domination des Perses, parce qu'elles avaient des tyrans. Lorsqu'Aristagoras voulut les soulever , son premier soin fat de leur rendre la liberté. Elles eiu'ent des succès : elles se défendirent pendant six ans ; et , si elles succombèrent ,

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ce fut moins par la supériorité de leurs ennemis ,

que par les dissensions qui dissipèrent leur ligue

mal concertée.

Il 11V1.Î1 pM La difficulté que Darius avait eue à les réduire,

GoëîiHwGwtt et les ménagemens qu'il avait à garder avec elles,

de U Grèce pro. , 1 • /• • » »•! m

prementdite. auFaicut pu lui tau^c comprendrc qu il ne sumsait pas d'armer pour conquérir la Grèce. En effet , les Athéniens et les Spartiates étaient bien plus difficiles à soumettre que les Grecs de l'Asie mineure. Sur ceux-ci il pouvait tomber avec toutes ses forces. Après une défaite , ses armées n'étaient pas sans ressources. Elles avaient des retraites assurées : feUes se recrutaient facilement; et çe^ peuples, sur qui il pouvait retomber une seconde fois , une troisième, qu'il pouvait même attaquer avant qu'ils l'eussent prévu , auraient enfin suc* combé sous le nombre, et auraient été subjugués, parce qu'ils auraient été exterminés.

Mais les Athéniens et les Spartiates prévoyaient l'orage qui se préparait dans Féloignement. La barrière qui séparaif la Grèce de l'Asie , ne permettait à Darius ni de tomber tout à coup sur eux , ni de se retirer facilement après un échec , ni de revenir promptement avec de nouvelles forces. Il s'exposait à des pertes d'autant plus grandes, que ses armées étaient trop nombreuses pour n'être pas sans ressources après une défaite : . et il semble que , pour échapper au joug , les Grecs n'avaient besoin que d'une seule victoire.

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La barrière qui sépare là Grèce de l'Asie , les progrès des Grecs dans l'art militaire et le caractère des Athéniens et des Spartiates , voilà donc les causes qui rendaient la conquête de la Grèce difficile aux Perses , c'est-à-dire à de grandes armées, composées d'Assyriens , de Mèdes, d'Égyptiens, etc., et conduites par des chefs ignorans. Cependant Darius, qui jugeait de sa puissance par le nombre de ses soldats , s'exagérait la faiblesse des Grecs. Il les voyait déjà sous sa dénomination : il ne partait que de les punir; et, comme dans sa confiance il ne prévoyait aucun obstacle, il ne prenait aussi aucune mesure pour assurer le succès de son entreprise. Il en chargea Mardonius, son gendre , jeune homme sans expérience, qu'il avait fait satrape des provinces maritimes.

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